II. LA CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DU TRAVAIL (c. G. T
Grâce à cette discipline retournée contre la nation, u Etat dans l'Etat s'est constitué en France. Ce second Et; a pour idédl proclamé de détruire le premier et en atter dant de ne lui laisser aucun répit. La C. G. T. est, en effe devenue chez nous le grand état-major de la guerre civil et du c( chambardenient » général. Après s'être ct"éée so disant pour aider les tl-availleurs sur Ife terrairi économiqu<
elle est devenue au premier chef une organisation politique de combat, toujours en vedette et toujours en bataille.
„ . La C. G. T. a progressé surtout
Croissance , ,, , ., • , ^,
, , „ pendant les dernières années. D après
de la C. G. T. ui i * « •
son bilan moral et linancier pour
rcxcrcice 1908-1910, en 1908, la C. G. T. comptait
2 580 syndicats comprenant 284 32J membres. En 1910, la C. G. T., comprenait 76 fédérations englobant
3 012 syndicats et 357 814 membres.
On constate ainsi une augmentation de 73 493 syndiqués en deux ans.
«x,- j j. X- La C. G. T. mène contre l'Etat et
Méthode d action , . , , „ , . , ,
- la société actuelle une véritable guerre
de guérillas. Tous les prétextes lui sont bons pour soulever sur les points les plus divers du territoire des troubles qui facilitent sa propagande et obligent à mobiliser de nombreux soldats qui, — bénéfice anarchiste supplémentaire, — sont détournés de leur instruction militaire normale.
Ainsi, dès que les manifestations suscitées par la vie chère ont commencé à l'automne de 1911, la C. G. T. est entrée en campagne. L'arrivée de ses émissaires aggrava aussitôt la situation. (Voir page 82.)
- ,.,, . L'organisation de la C. G. T. est
Les délègues a^ -u e i ui
, , „ „ d ailleurs tort remarquable,
de la C. G. T. . *
La Convention a eu jadis ses
délégués aux armées ; la C. G. T. a, elle aussi, ses délégués
dont la tâche consiste, en profitant des circonstances, à
aller partout organiser la grève et l'anarchie.
Voyons comment opère le citoyen-délégué.
Dans un faubourg de Maubeuge, à Ferfière-le-Grand, se
trouve une grande usine métallurgique dont M. Delatre est le directeur. Le 2 septembre 1911, un peu avant midi, un homme monté sur une bicyclette arriva à l'usine et demanda à voir le patron, se disant délégué de la C. G. T. M. Delatre, prévenu et devinant la cause de la visite, donna des ordres et l'homme fut introduit aussitôt.
Alors commença la scène suivante, qu'on imaginerait illustrée par un tableau de Jean Béraud. Dans le bureau sévère, mais cossu du gros industriel, deux hommes étaient en présence : le patron bien vétn, aux allures correctes, et le délégué de la C. G. T. qui, lui, était vêtu d'un large pantalon, d'une cotte, et chaussé d'espadrilles.
M. Delatre pria son hôte de vouloir bien s'asseoir et, ceci fait, il lui demanda le but de sa visite.
— Je viens, lui dit l'homme, vous prier d'interrompre immédiatement le travail dans votre établissement.
— Pour quelle raison? demanda courtoisement M. Delatre.
— Nous avons décidé la grève générale du bassin de Maubeuge.
— Ah! très bien, reprit l'industriel... Vous êtes du pays?
— Non, je suis de Saint-Quentin, et j'arrive ici, délégué par laC. G. T.
— Ah! parfaitement; mais c'est que nous sommes en ce moment en train d'écouler la fonte de deux hauts fourneaux ; voudriez-vous nous autoriser à achever ce travail?
Après un moment de réflexion, le délégué répondit :
— Oui, pour la fonderie, nous n'insisterons pas. Mais, n'est-ce pas, il est bien convenu que cette concession est une entente de vous à moi?
M. Delatre s'inclina, avec un sourire sans doute, puis il risqua :
— Mais quelles sont les causes du mouvement?
— Nous protestons, déclara l'homme, contre la cherté des vivres, et nous voulons la libération des femmes en prison.
— Pensez-vous, demanda pour finir l'usinier, que je puisse reprendre le travail lundi?
— Cela me semble prématuré, fit avec une petite moue le
délégné de la C. G. T., car je dois vous dire que, d'ici quelques jours, on en verra de drôles.
Sur ces mots, l'entretien prit fin. AI. Delatre reconduisit le visiteur jusqu'à la porte ; puis il donna l'ordre à ses 1 200 ouvriers de cesser le travail. (Voir L'Echo de Paris, 4 septembre 1911.)
Voilà où en sont arrivés les patrons. Sachant ne pouvoir compter sur aucun secours gouvernemental, ils s'inclinent non sans courtoisie devant les organisateurs de la révolution; cette méthode, après tout, étant moins périlleuse pour eux que celle qui consisterait à défendre leur incontestable bon droit.
Les efforts, les agissements, la Contre le patronat. ^ ^. . ^ n n ^ a * i
tactique de la C. G. T. donnent la
conviction que cette organisation ne cherche nullement l'amélioration loyale et réelle du sort des ouvriers, mais qu'elle travaille uniquement au u chambardement « social.
A la C. G. T., il n'est question ni de légalité, ni d'accord. Le contrat de travail est considéré comme sans valeur. Seuls les ouvriers ont des droits, seuls les patrons ont des devoirs, car ils sont de simples exploiteurs.
C'est ce qu'enseigne le catéchisme rouge répandu dans le monde ouvrier et qui reflète l'esprit de la C. G. T.
D. — Qu'y a-t-il de commun entre les esclaves, les serfs et les salaries ?
R. — Qu'ils sont tous dans la servitude, qu'ils doivent travailler très dur et vivre avec le minimum de bien-être.
D. — N'y a-t-il pas cependant quelque différence entre eux?
R. — Si, l'entretien de l'esclave et du serf était assuré, celui du salarié ne l'est pas. Quand le salarié n'a pas de travail, il meurt de faim.
D. — Les salariés peuvent-ils se libérer?
R. — Oui, les salariés pourront se libérer quand ils le voudront.
D. — Que devront-ils faire pour cela ?
R. — S'organiser fortement dans les syndicats et envoyer au Parlement des représentants qui renverseront le système actuel. (Voir Le Travailleur de TOues^ Saint-Nazaire, 16 décembre 1911.)
Comment fait-on marcher tant de braves travailleurs naïfs? En les berçant de cette illusion.
Ayant supprimé le salariat et par conséquent le patronat, ce sera par nos syndicats, par nos fédérations d'industries que se répartira la richesse sociale. A force de luttes, le prolétariat, affranchi par lui-même de ses dieux et de ses maîtres, proclamera l'Egalité de l'Homme dans un monde régénéré.
Ce sera dans la Grande Confédération Général du Travail que se manifestera ce beau mouvement de solidarité humaine. Par ses Maisons du Peuple où resplendiront les sciences et les arts, l'humanité sans frontières oubliera vite qu'il ait existé des tyrans. (Voir l'image d'Epinal publiée par la Fédération nationale des Travailleurs de l'Industrie du bâtiment.)
Le résultat de la propagande de la C. G. T., c'est encore cette chanson vendue sur les boulevards, intitulée : J'ai eng. . . l'patron !
Il fut un temps, dit Clément Vautel dans Le Matin (14 décembre 1911), où la vie paraissait bonne en France. Alors on chantait le vin, l'amour et le tabac ; aujourd'hui, nous chantons : J'ai eng... l'patron!... C'est le progrès.
Lg^ Q Q n- Mais ce n'est encore là que le
organisation P^*'* ^^*^ ^^ '^ question. En dépit
révolutionnaire. ^^ '^" *^*'"^' ^^ ^ ^ "^ ^«* »^^°*
tout une organisation politique révolutionnaire et antinationale.
A Dunkerque, 29 janvier 1912, elle mobilise 500 ouvriers du port aux cris de : "A bas l'armée ! « en faveur du discipli-
naire Rousset. {Voir L'Echo de Pans, 30 janvier 1912.) Lors du procès antimilitariste du Sou du Soldat (janvier 1912), elle tente une grève générale de la Fédération du bâtiment. (Voir Le Matin, 6 janvier 1912.)
A la réunion tenue salle de TEgalitaire, le 15 septembre 1911, les délégués des syndicats adhérant à l'Union décidèrent de convoquer leurs organisations dans le plus bref délai, " afin d'étudier htàtivement les dispositions à prendre pour rendre la grève générale effective en cas de guerre « . (Voir L'Echo de Paris, le 16 septembre 1911.)
Peu après M. Georges Dumoulin, trésorier de la C. G. T., tenait dans une conférence à Mouzon, dans les Ardennes, les propos suivants :
Camarades, nous répondrons à Tordre de mobilisation par la grève générale, le sabotage des voies ferrées et de Ions les moyens de transport, ainsi que des divers organes de transmis- .sion. S'il fant que nous fassions la guerre, nous la ferons chez nous, et non aux Alleimands, qui ne nous ont jamais rien fait de mal. (Voir Le Temps, 12 janvier 1912.)
Or, à ces paroles correspondent des faits montrant la puissance d'organisation de la C. G. T. Le 1 1 février 1912, elle a pu, sans obstacles, rassembler une foule énorme pour faire des obsèques du disciplinaire Arnoult une manifestation antimilitariste d'une violence inouïe.
Permettre de se développer à une organisation puissante qui se livre à d'innombrables manifestations de cette nature, n'est-ce pour un gouvernement laisser préparer librement une sorte de suicide national?