DE NOS COLONIES
Motre empire colonial est immense, nous avons donc un intérêt moral permanent à ce que nos fonctionnaires coloniaux pratiquent avec nos sujets indigènes une politique bienveillante et compréhensive de nature à leur faire apprécier u la paix française » .
, .,.„.. Mais cet intérêt prend une impor-
Le réveJ de 1 Asie , , ' . .^
, .,. . tance plus grande que jamais en
raison de la situation internationale.
Il est fort possible que les événements de Chine aient prochainement une répercussion fâcheuse en Indo-Chine, ou malheureusement certains « annamitophobes » ne font guère aimer la France.
De même, les idées panislamiques, auxquelles la révolution jeune-turque Apil 908 a donné une puissance d'expansion nouvelle, sont susceptibles de nous créer rapidement des difGcultés sérieuses dans presque toutes nos possessions africaines.
. . La guerre de Tripolitaine a créé
„ une situation particulièrement déli-
et au Maroc. . :
cate en Tunisie. La grève des tramways do Tunis a prouvé la force de cohésion des éléments musuhuans contre les Italiens que les Arabes ont systématiquement boycottés. Or, il y a en Tunisie des colons « arabophobes » qui voudraient pousser le gouvernement à la compression de l'élite indigène qui se crée peu à peu. C'est là une tendance singulièrement dangereuse, car son aboutissement fatal serait de tourner les .arabes à la fois contre nous et contre les Italiens II est cependant évident que nous avons intérêt à éviter l'insurrection de nos sujets annamites ou arabes qui ne manquerait pas de se produire en cas de guerre si notre politique coloniale paraissait comme anti-indigène. La récente insurrection de Fez n'est pas pour affaiblir la j)ortée de ces considérations au moment où il nous faut conquérir et organiser le Maroc.
^ , ,. Il convient donc que notre aou-
Education, mais non . , ^ y .
. .^ ^. vernement ait plus que lamais la
exploitation. ...
perception nette de cette situation et
pratique une politique d'assimilation progressive conforme à l'intérêt à la fois des indigènes et au nôtre propre. Le gouvernement doit donc décourager les tendances systématiquement hostiles aux indigènes de certains colons et surtout être impitoyable pour les exactions ou les abus commis par ses fonctionnaires.
Ce sera la meilleure manière de persuader à nos indigènes que nous voulons être auprès d'eux des éducateurs et non pas des exploiteurs.
Mais, en réalité, ce résultat ne sera atteint que lorsque nous aurons dans nos colonies des fonctionnaires sachant la langue de la région, ce qui n'est pas le cas, car un bon nombre d'entre eux n'ont été nommés que sur la recom-
mandation d'hommes politiques et on ne s'est «juère soucié de leur imposer la connaissance d'une de nos grandes langues indigènes, arabe ou annamite, connaissance dont l'obligation eut rendu impossible leur nomination.
Or, il y a là une reforme indispeusahle à faire. Il est inadmissible que nos fonctionnaires coloniaux continuent à être entre les mains d'interprètes souvent peu scrupuleux. Les représentants de la France doivent être à même de discerner directement ce qui se passe vraiment dans les cerveaux de nos indigènes asiatiques ou africains, au masque si diflicilement pénétrable. Kt cela n'est po.ssible pour un Européen que s'il connaît la langue du pays.
Sur la question des rapports avec nos sujets d'outremer, M. Paul Bourdarie dans La Renie liuli(jène émet des opinions documentées qui demanderaient à être prises en très sérieuse considération.