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ET LA DIPLOMATIE KT FAISONS LEUR .ALLIANCE

Nous abordons ici une question capitale pour Tavenir de notre politique extérieure. Il est intolérable que les financiers influent sur les directions générales de notre politique étrangère comme certains ont tenté de le faire dans ces dernières années.

Un correspondant parisien de Ija Dépêche de Toulouse a été jusqu'à affirmer que le coup d ".Agadir a été machiné d'accord entre les groupes français et les groupes allemands, pour briser les ré.sistanccs de l'opinion française, pour imposer cette politique financière à la France (la coopération économique franco-allemande en Afrique) dans l'intérêt de l'industrie allemande et de quelques courtiers français de finance. (Cité par L'Action française, 10 janvier I9I2.)

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li y a malheureusement du vrai dans cette information. 11 faut, au plus vite, revenir à une situation normale. C'est le quai H'Orsay qui doit exercer une action sur les financiers et non subir la leur.

Un gouvernement réparateur veillera donc à ce que les financiers restent à leur place, ce qui est indispensable si nous voulons éviter à l'avenir les humiliations et les fautes que nous 4cvons à l'ingérance des financiers dans notre politi(|ue étrangère. (Voir p. 302.) Ceci n'implique pas d'ailleurs l'idée d'une hostilité quelconque contre les financiers, car en même temps qu'il fera en sorte que la hiérarchie des influences soit observée, un gouvernement avisé cherchera à réali.'^er l'alliance de notre épargne et de notre diplomatie. Toutes deux sont à même de se rendre de mutuels services et de leur entente pourrait résulter d'immenses résultats pour l'influence française au delà des frontières.

J'ai montré (voir p. 334) sous quelle forme une partie de l'épargne française travaille contre la France. La question se pose de savoir si, dans les délicates conditions actuelles de la politique internationale, l'Ktat français doit laisser librement drainer l'épargne française au profit de l'étranger ou intervenir, soit quand cette épargne est dirigée vers des entreprises nettement douteuses qui peuvent constituer une escroquerie, — comme le récent emprunt du Paraguay, — soit quand cet argent français doit servir à vitaliser une industrie étrangère nettement rivale de la nôtre, soit enfin quand un État étranger prétend émettre en France de grands emprunts et que notre argent ainsi obtenu doit servir finalement à des armements dirigés contre la France ou ses alliés.

, . ^, . Deux opinions sont en présence.

Les deux thèses. , ^r r, ■ ^ •

La Neue Frète Presse a soutenu la

thèse que raliiauce de la finance et de la diplomatie est u abominable i .

Lorsque l'Etat hongrois, dit la \eue Frète Presse (13 septembre 1910), offre un emprunt au publie français, les banques et les banquiers qui négocient à ce sujet, n'ont à s'occuper que du cours auquel il est offert et de l'avantage que le public peut trouver, en présence des conditions faites, à confier son capital à l'Etat hongntis.

Le Budapesti Hi'rlap (27 juillet 1910) soutient :

La question de savoir si l'argent à emprunter est employé h des armements ne regarde en rien l'opération financière ellemême.

D'après cette thèse, la France ne doit pas même examiner si l'argent qu'elle prête à des États étrangers servira à des buts politiques on non.

En France, certains financiers partagent ce point de vue. Au nom de la liberté des aflaires, ils réprouvent l'ingérence diplomatique de l'Ktat français, mémo quand il s'agit de l'émission d'un emprunt d'Etat étranger.

Cette opinion ne résiste pas à l'examen.

I^a Mette Freie Presse, qui s'indigne de voir la France tendre à faire l'alliance de la finance et de la diplomatie, ne trouve aucun blâme pour le gouvernement de Berlin qui, loin de pouvoir influencer en Allemagne autant de capitaux à exporter qu'il en existe en France, ne manque pas une occasion de faire servir l'argent allemand à sa diplomatie et réciproquement?

Veut-on des exemples? Une information de la Vossische Zeitung du 12 janvier 1010, nous apprend que, lorsqu'il fut question pour le Crcusot d'obtenir en Serbie une importante commande, aussitôt le ministre allemand à Belgrade intervint et demanda « une commande immédiate

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de matériel de chemin de fer et, dans le cas d'un refus, déclara que l' Allemagne empêcherait l'emprunt serbe d'être roté à Berlin " .

De même, au début de 1911, le «jouvernemenl allemand, pour des raisons purement politiques, décida de fermer son marché Bnancier aux titres du chemin de fer américain Milvaiikec, Chicayo, Saint Paul. A cette occasion, le n)inistrc alors en fonctions, M. Delbruck, déclara :

Il no faut pas que les placements à IVtranger nuisent an développement de nutre industrie, non pins qu'aux besoins de l'Empire on des ct.-miiiunes. Par conséquent, il est légitime que l'Ktnt interrienne pour interdire à la Bourse l'introduction de certains papiers. (Voir L'Kcho df Paris, 12 février 1911.)

Or, le ministre allemand de toute évidence avait raison .

En soutenant cette opinion, le ministre allemand a défendu la seule théorie des rapports entre la finance et la diplomatie qui soit conforme au bon sens.

De tout temps, l'argent a été le nerf de la guerre, mais les conditions de notre civilisation moderne ont immensément étendu son pouvoir. L'action de l'argent d'un peuple est devenue permanente. Il serait absurde et même criminel pour une nation de ne pas tirer parti d'un pareil élément en sa faveur, dès le temps de paix.

Or, l'épargne française est une puissance formidable. Bon an, mal an, elle met plus de deux milliards à la disposition des étrangers.

Xe tombe-t-il passons le sens commun que le gouvernement de Paris a le devoir impérieux d'intervenir et de protéger le petit épargniste quand il voit drainer des capitaux français en faveur d'entreprises étrangères qui ne sont parfois que de vastes escroqueries? Mais il y a mieux à faire.

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p Pourquoi donc l'exportation de

nous permettrait "^' ^^P^*^"'' "'^ deviendrait-elle pas

l'énormité de "° '^""^" ^^^""^^^ * °^*^^ ^^P^^"

matie?

notre épargne. , ^

La France, c est un tait, est devenue le banquier du monde. Tous les Ktats empruntent ou voudraient emprunter chez nous. Pourquoi nos prèls à des pays étrangers ne nous serviraient-Us pas à obtenir des commandes en faveur de notre industrie?

N' est-il pas élémentaire, en outre, puisque nous avons le choix des prêteurs, que notre argent ne serre pas aux romlnnaisons politiques et militaires de nos adversaires éventuels?

Comment, les yrandes puissances s'imposent des sacrifices considérables pour qu'eu cas de guerre la victoire sanctionne les efforts continus, intenses et minutieux de leur préparation du temps de paix, la France possède seule sur le continent l'incomparable privilège d'avoir par ses exportations de capitaux un puissant moyen d'action permanent et non seulement elle ne s'en servirait pas, mais encore elle armerait contre elle ses adversaires natuturels ! Or, nous commettons cette folie.

Ce qui est tout à fait désolant, dit Le danger \\, |e députt- .^jani, c'est que les capi-

des prêts taux allemands (qui seront contre nous

à rAllemagne. l'Ame de leurs corps d'armée) sont ali-

mentés par des capitalistes français...

Il est triste de penser qu'en cas de guerre, une très grande quantité des balles qui viendront frapper nos fils auront été fondues avec de l'aryent français...

Oui, nous avons le nerf de la guerre, nous l'aurions dix fois plus puissant si nons n'étions pas si bêtes. (Voir La France militaire, citée par L'Action française, 31 juillet 1911.)

N'est-il pas encore évident que le prêt à l'Allemagne de sommes importantes, même à court terme, présente cer-

tains dangers. D'abord des relations financières étendues impliquent entre débiteur et créancier une certaine confiance qui vraiment n'existe pas encore à un degré sufûsant entre la France et l'Allemagne. Sans doute, lors de la crise frano-allemande de septembre 1011, on a pu faire rentrer les sommes prêtées à court terme à l'Allemagne. Mais que serait-il arrivé si la guerre avait éclaté quelques jours après lincident d .Agadir?

Certains financiers prétendent que, grâce aux crédits consentis à l'Allemagne, nous exerçons sur sa situation économique une j)re.»;sion utile à l'action de notre diplomatie. C'est possible tant que Berlin n'est pas décidé à jouer la grande partie. Mais le jour où les directeurs suprêmes de l'Allemagne seront résolus à la guerre, on ne nous donnera pas des mois pour réfléchir, pour nous préparer, pour faire rentrer nos capitaux. Le grand état-major allemand mettra en mouvement la formidable machine militaire et nos emprunteurs d'outre-Kbin garderont notre argent en attendant l'issue des combats.

„ ^ Mais il n'y a pas d'ailleurs en jeu

Notre épargne, . . - ,. r • ••

que nos intérêts français, il v a ceux nos alliances ! ,,. . . . *

de nos allies et amis, et nos ententes. „ , ,.i . , ,.

Feut-on nier qu il existe un lien

entre les grandes opérations financières internationales d'un pays comme la France et sa politique extérieure générale après l'inquiétude soulevée tant en Angleterre qu'en Russie par les récents projets d'emprunts d'Ktat hongrois et austro-hongrois? (Voir p. 340.)

A Londres et à Saint-Pétersbourg, on fut stupéfait de la tentative d'emprunt 1909-1910.

Le 11 août 1910, le Novoïé Vrémia disait :

Ouvrir le marché français à rAutriche-Hongi-ie, c'est l'ouvrir à la Triplice et précisément dans un but militaire. Ce

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serait un étonnant exemple que do voir Paris fournir Berlin et Vienne d'obus el d'enyins qui finiront plus tard par exploser snr des territoires ne dépendant pas de la Triplice.

La Voix de Moscou (22 août 1910) ajoutait :

L'emprunt hongrois est surtout dicté par des nécessités militaires; il serait non seulement élranye, mais presque absurde que la France aiguise de ses propres mains le ylaive diriyé contre elle.

La nécessité d'un lien entre la diplomatie et les finances s'est encore manifestée lors des négociations relatives à l'emprunt ottoman de la fin de 1910. Lorsque Djavid Bey échoua à Paris, il essaya de réussir à Londres avec le concours de Sir Ernest Cassel. Or, bien que l'action ne soit pas aussi facile au gouvernement de Londres, parce qu'il n'a pas son avis à donner sur l'admission à la cote comme le gouvernement de Paris, par simple solidarilé politique avec la France, lex Anglais refusèrent tout concours financier aux Turcs.

Dès le 23 septembre 1910, le Daily Mail disait :

Nos amis de France peuvent se tranquilliser : aucun emprunt turc ne trouvera asile chez nous si le gouvernement et l'opinion publique peuvent empêcher la chose. L'expérience nous a appris que ce sont là les deux facteurs qui influencent le plus l'attitude des capitalistes.

L'attitude de Londres et de Pétersbourg a été analogue lors de la tentative d'emprunt austro-hongrois d'un milliard à la fin de 1911.

Dès que la Neue Freie Presse annonça que l'Autriche, rencontrant des difficultés à Paris, négocierait peut-être un emprunt à Londres, le Times, du 30 décembre 1911, dans son supplément financier, publia cette note significative :

La Cité a accoeilli avec une surprise mêlée de désapprobation

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le bruit rctélc^yraphié de Vienne qn'une tentative était faite pour ni\({ocier nn emprunt autrichien à Londres.

Il est évident qu'il existe des personnes toutes prêtes à se lancer dans une opération de ce yenre moyennant une commission suffisante, bien qu'elles sachent que les sommes recueillies seraient dépensées d'une manière qui ne saurait être approuvée dans ce pays.

\ous pensons cependant que ces gens ne sont pas nombreux, car les considérations auxquelUs nous venons de faire allusion ne manqueraitnt pas d'injluencer les capitalistes britanniques... Il est bien possible que nous n'entendions plus parler de cette affaire maintenant qu'elle a été livrée à la pubHcité. (Voir Le Matin, 30 décembre 1911).

C'est en effet ce qui arriva.

Le NovoU l'rémia du 17 décembre 1911 (vieux style) ne fut pas moins explicite.

Maintenant ce sont les diplomates autrichiens qui s'occupent

de compléter les fonds de l'alliance austro-allemande.

On assure que .M. Cuillaux leur a promis son concours et que l'emprunt austro-hongrois sera admis sur le marché français.

Voici ce que cela signifie. L'industrie austro-hongroise qui se trouve dans une situation difficile se relèvera grâce à l'argent français. L'armée austro-hongroise sera renforcée au moyen des mêmes ressources. L'.Autriche-Hongrie achèvera ses armements grâce aux économies françaises.

En cas d'un malentendu nouveau entre la France et une des puissances de la Triplice, l'.Autriche-Hongrie n'aura plus besoin d'un secours financier de la part de l'Allemagne. L'.AUemagne de son côté sera en mesure d'utiliser toutes ses ressources pour ses propres besoins.

Ce conjlit aigu sera-t-il dirigé contre la France elle-même ou contre ses amis ou alliés ? La question est indifférente, car en Jin de compte les insuccès de ses amis se répercutent sur cette même France En procurant des ressources à l'alliance austroallemande, la France forgera une arme contre elle-même On

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dit que M. Caillaiix ne pouvait que consentir à l'admission de l'emprunt austro-hongrois sur le marchi^ français. En effet, assure-t-on, les banques françaises pourraient placer cet emprunt directement sans bruil, de façon privt'e, sans recourir à la cote officielle de la Bourse... Mais c'est une erreur de soutenir que les banquiers sont en mesure d'assurer le succès d'un yrand emprunt étranger directement cl sans bruit, sans le concours du peuple et contrairement à son sentiment et à sa volonté. Ces banquiers disposent non de leurs disponibilités propres mais de l'épargne nationale. Sans l'admi.ssion à la cole officielle, il est impossible de réaliser un emprunt important en France. Aussi, le refus d'admettre les nouveaux titres austro-hongrois sur la Bourse française équivaudrait à un échec de cet emprunt...

Porter remède à l'anémie austro-hongroise avec l'or français ce serait rompre l'égalité réciproque des forces dans les deux groupements politiques européens (Triplice et Triple-Entente), et par conséquent créer des conditions défavorables au maintien en quelque sorte automalique d'une paix équitable. .Malgré toutes les sympathies et tous les concours que la France a trouvés auprès des autres membres de la Triple-Entente, elle ne serait pas sortie si facilement de la crise qu'elle vient de traverser, si elle s'était dépouillée de ses ressources en les plaçant dans des emprunts autrichiens et hongrois.

Non seulement les sentiments patriotiques, mais les simples intérêts des masses françaises nationales épargnantes doivent engager la France à se retenir d'armer avec ses propres moyens la monarchie riveraine du Danube.

Le Daily Mail (30 décembre 1911) conclut dans le même sens :

L'Angleterre et la France doivent considérer que l'Autriche est liée à l'Allemagne par une alliance formelle...

On demande donc au peuple français et au peuple anglais de trouver de l'argent pour des armements qui peuvent être utihsés contre eux, des armements qui nécessiteront des contrearmements, de nouvelles dépenses et de nouveaux efforts pour eux Dans de telles circonstances, les financiers anglais doivent

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à leur pays et à la Triple-Entente de ne rien/aire pour aggraver ta rivalité des armements.

u Pas d'argent pour la guerre « doit être leur devise. Ils peuvent plus que toute autre classe, plus que hs hommes d'Etat préserver la paix en gardant une attitude raisonnable et résoluf.

Le lien entre la Gnance et la diplomatie apparaît aux Anglais avertis si fort et si étroit dans les conditions actuelles du monde que lo Times, le plus perspicace des organes britanniques en politique étrangère, n'a pas hésité lors de la tentative d'emprunt austro-hongrois, Cn 1911, à exprimer la crainte que M. Caillaux par des combinaisons flnancières ne fît dévier la politique étrangère de la France et ne la liât « peut-être pour la durée d'une génération contre la volonté du peuple français n . (Cité par Le Temps, I" janvier 1912.)

Évidemment, on dira : Si les Russes et les Anglais ont parlé ainsi, c'est qu'ils y ont intérêt. Certes, la Kussie a intérêt à ce que l'épargne française ne serve pas à armer r.^ntriche-Hongrie, alliée de Berlin; d'abord pour n'avoir pas à combattre éventuellement un adversaire plus redoutable et ensuite pour qu'un changement de la politique générale française ne fasse pas perdre à l'empire des tsars la précieuse faculté de trouver en France l'argent dont il peut avoir encore besoin.

L'Angleterre également a intérêt à ce que l'épargne française ne facilite pas les armements navals de l'Autriche-Hongrie dans la Méditerranée, évidemment dirigés contre elle, d'accord avec l'Allemagne. La Grande-Bretagne a encore intérêt à ce que l'argent français n'aille pas vitaliser l'industrie allemande qui est la principale concurrente de la sieune.

Tout cela est vrai et certain, mais quoi de plus naturel? Toute la politique étrangère ne consiste-t-elle pas à

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grouper, pour les mieux défendre, les intérêts communs?

Or, dans le domaine que nous étudions, les intérêts supérieurs français que nous avons examinés plus haut ne s'orientent-ils pas dans le même sens que ceux des Russes et des Anglais? Evidemment oui.

Nous conclurons donc : faisons Talliançe de notre Gnance et de notre diplomatie.

« * . ,• Mais comment, dira-t-on, enipê-

Comment réaliser ' ' ■

., ... , cher que 1 épargne française travaille

, „ . contre la France?

la finance et

, , ,. , ^. Faut-il, comme viennent de le de-

de la diplomatie.

mander quelques députés, dans une

proposition de loi déposée le 20 décembre 191 1, à la suite

de la tentative d'emprunt austro-hongrois et de l'emprunt

du Paraguay, décider que " les emprunts d'États étrangers

ne pourront avoir lieu qu'en vertu d'un décret délibéré eu

conseil des ministres " ?

11 est désirable qu'une solution aussi rigide puisse ne pas être adoptée. 11 existe d'ailleurs un procédé conciliant à la fois la liberté qu'il est nécessaire de laisser aux affaires, la protection de notre épargne et son utilisation en faveur de la politique extérieure de la France.

Ce procédé, ayant le précieux avantage de ne pas faire intervenir officiellement le gouvernement, on éviterait que le cabinet français ait à prendre des décisions publi(|ues pouvant paraître blessantes pour certains Etats ou donnant lieu à de fâcheuses interprétations. Ce procédé se résume fort simplement dans un accord bien réalisé entre le ministre des Affaires étrangères d'une part et les grands financiers de l'autre.

Pour en comprendre l'application pratique, il suffit de savoir comment on procède actuellement.

Jusqu'à présent, les États étrangers ou les étrangers qui

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désirent faire un grand emprunt chez nous commencent par se mettre en rapports d'ahord avec le consortium des grands banquiers et des grands établissements de crédit. Ceux-ci se préoccupent avant tout des garanties offertes par l'emprunteur et surtout des commissions et des courtages qui forment leur bénéGco et justifient leur intérêt à l'opération envisagée.

Une fois cet aspect de la question précisé et arrêté, on s'entend avec le ministère des Finances pour régler les formalités : droits de timbre, etc., et, en même temps, on demande la cote olGcielle à la Bourse et, par conséquent, le consentement du ministre des .-Iffaires étrangères.

Dans maintes circonstances, celui-ci s'est trouvé en présence de dispositions si complètement prises, d'intérêts si bien liés, de groupes si puissamment formés qu'il n'a pas pu repousser l'admission à la cote de la Bourse.

Or, pour obtenir le résultat souhaité, d'un accord entre la finance et la diplomatie, il suffirait que désormais cette méthode soit renversée et qu'ira/// que les financiers placent le ministre des .affaires étrangères en face d'un fait à peu près accompli, ils s'adressent d'ahord au quai d'Orsay pour savoir si le principe même de l'opération qu'ils ont en vue n'est pas actuellement contraire aux combinaisons de notre politique générale. Après, mais seulement après une réponse fa r ara /de, les financiers s'entendraient définitivement avec leurs solliciteurs étrangers et opéreraient le lancement de l'emprunt en FVance. De toute évidence, cette méthode pourrait fonctionner sans intervention officielle et publique du gouvernement, puisqu'elle n'impliquerait que quelques conversations discrètes entre le quai d'Orsay et les chefs peu nombreux de la haute finance.

Mais, dira-t-on, cette méthode ne peut fonctionner

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qu'avec le bon vouloir des grands financiers? D'accord, mais nous allons voir que ceux-ci ont un intérêt personnel à tenir compte des suggestions discrètes du ministre des Affaires étrangères. D'abord les financiers ont toujours avantage pour la défense de leurs intérêts à l'étranger à rester en contact amical avec le quai d'Orsay. En outre, ils se trouvent désormais en présence du mouvement d'opinion, naissant mais très puissant, qui s'est manifesté en France, à la fin de 1911, lors des tentatives d'emprunt austro-hongrois et d'emprunt du Paraguay. Us out pu apprécier la force de ce mouvement lors de la discussion qui eut lieu à cette occasion au Palais-Bourbon.

Un député socialiste, M. Voilin, ayant constaté que, sans l'intervention de M. Delahaye, député d'opposition, le gouvernement n'aurait rien fait pour empêcher l'emprunt du Paraguay qui |)araissait une escroquerie, M. Caillaux dut promettre qu'une instruction allait être ouverte et la Chambre, le 29 décembre 1911, par 522 voix contre, adopta un ordre du jour « invitant le gouvernement à prendre des mesures immédiates pour défendre l'épargne publique » .

Le dépôt du projet de loi signalé plus haut tendant à n'autoriser les emprunts étrangers en France qu'après un décret rendu en conseil des ministres eut lieu après ce vote.

Or, les financiers sont gens trop avertis pour ne pas comprendre qu'il est conforme à leur intérêt de tenir compte des tendances de l'opinion et qu'une simple entente préalable et discrète avec le ministre des Affaires étrangères est pour eux infiniment préférable à l'établissement d'une législation soupçonneuse et rigide qui porterait nécessairement atteinte à la liberté des transactions.

Quant au ministre des Affaires étrangères, dans ses réponses aux financiers, ii aura sans aucune idée préconçue à s'inspirer des circonstances. Toute proposition relative à un pays triplicien ne devra pas être nécessairement écartée a priori. C'est affaire de discernement. Par exemple, il y a en Autriche et en Hongrie de grandes villes slaves dont les tentatives d'emprunts n'ont pas lieu d'être repoussées en France pour des raisons politiques. D'abord, ces villes peuvent donner de sérieuses garanties. En outre, en aidant à leur extension, nous favoriserions la croissance d'éléments qui nous sont très sincèrement sympathiques et dont le renforcement ne peut que hâter l'évolution interne de l'Autriche-Hongric et par conséquent le moment où ce grand empire n'aura plus une politique extérieure aussi étroitement liée qu'actuellement à celle de Berlin.

Nous conclurons donc : l'alliance de notre finance et «fe notre diplomatie est indispensable. Elle devient possible si des relations permanentes existent entre le ministère des Affaires étrangères et les grandsfinanaers.

Pour donner des résultats considérables, sans inconvénients, ces relations ne demandent que de la discrétion, du tact et du discernement. On notera, enfin, que la méthode que nous préconisons n'aurait pas pour effet de diminuer l'activité de la haute finance, mais simplement de faire que cette activité s'exerce dans le même sens que nos intérêts nationaux.

En mettant cette méthode en pratique, on évitera les lourdes erreurs d'un récent passé et on obtiendra le résultat souhaité par M. Raymond Poincaré à la fin de sa déclaration ministérielle :

i^ Concilier, comme des forces jumelles et convergentes, cette puissance financière qui est d'un si grand secours pour la France, avec sa puissance militaire et navale. »

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Telles sont, semble-t-il, les tâches les plus indispensables qui s'imposent à un youvernemcnt réparateur immédiat dans le domaine civil. Il reste à examiner quel pourrait être son programme le plus uryent à remplir au point de vue de la défense nationale.

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