I. l'oEUVKÉ de m. MILLER.4ND
Dans ce livre de bonne foi où j'ai dii montrer bien des côtés défectueux de notre situation présente, c'est avec une joie toute particulière que je puis louer sans réserves l'œuvre excellente jusqu'à présent accomplie au ministère de la Guerre par .M. Millerand. Depuis qu'il commande rue Saint-Dominique, M. Millerand n'a pris que des mesures dont l'ensemble est conforme aux intérêts de l'armée et aux aspirations du pays. Il s'est montré un ministre de la Guerre vraiment national.
En peu de semaines, M. Millerand a rendu confiance à l'armée. Avec un clair bon sens, il a su parfaitement distinguer ce qui dans l'œuvre de ses prédécesseurs était contraire à l'esprit militaire. En quelques décisions rapides, il a déjà fait justice d'une partie des aberrations plus haut signalées.
. . ^, ^ Or, ces résultats, M. Millerand
A quoi tient , , , ,
, , , „ X, les a obtenus simplement parce
la valeur de lac V o . • i
j «r mrn . ^ Q" en prenant possession de son
'f^ poste rue Saint-Domi nique, il a su se dépouiller entièrement de tout esprit politicien. Depuis qu'il est ministre de la Guerre, .M. Millerand n'a pas vu les intérêts d'une faction quelconque, il a considéré uniquement la France et il a compris cet élément capital du succès dans la période présente que toutes les réformes actuellement nécessaires doivent se faire en harmonie et avec le concours de l'opinion dominante du pays.
Au banquet de la presse militaire, le 6 mars 1912, M. Millerand constatait :
La presse est une collaboratrice de premier ordre, dont le rôle est important et atilc.
Les idées no manquent pas, mais il fant faire nn choix. En outre, il faut montrer an pnblic ce qu'il fant faire tout de suite, comment on pent le faire, ne pas le laisser s'emballer, car dans tontes les questions relatives à la préparation militaire, il faut de l'ordre et de lu méthode. Certes, l'opinion est la grande maîtresse, mais il faut que la presse fasse l'éducation de cette opinion.
Dans la presse militaire, il n'y a ni politique, ni religion, tou^ ne doirent plus aroir qu'une seule iilie, eomnn: l'année n'a pluj< qu'un devoir : serrir la patrie. Il faut oublier dans cette tâche sacrée tout ce qui peut dirisrr les patriotes et garder comme devise : La France avant tout. (Cité par La Patrie, 7 mars 1912.)
En rétablis.<;ant les retrîiites militaires, petit fait en luimême mais qui a causé tant de joie, M. .Millerand a permis aux sentiments populaires, depuis si longtemps comprimés, de se manifester enGn et de témoigner du véritable état d'àme de la France. M. Millerand d'îiillcurs a été vite récompensé de son initiative de ministre clairvoyant et vigoureux car il est présentement l'un des hommes les plus légitimement populaires de ce pays.
. , Comme nous Tavons vu (voir
., p. 176), M. Millerand a rendu ce
des reformes ^ , ■ i> i
.... ires ffrand service d organiser le
haut commandement à peu près
aussi complètement que le permet la Constitution en
vigueur.
Il a ensuite travaillé à éliminer la politique de l'armée,
à mettre Gn à la situation invraisemblable qu'il a trouvée
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en arrivant rue Saint-Dominique et que Le Temps {\d septembre 1911) caractérisait ainsi :
Dans le moment même où il fallait faire confiance à nos officiers pour leur perincltre d'utiliser an mieux les crédits consacrés à la défense nationale, la majorité an pouvoir les tenait en suspicion, les attaquait dans leur presti(j;e et les énervait dans leur foi... Le retour à une plus juste appréciation des choses était nécessaire pour nuiinlenir intacte la force française, et fatal parce que rien ne justifiait une pareille uu'prise... Il faut que, dans l'avenir, les ministres se décident à accepter, comme valables les notes des chefs et ne les fassent plus contrôler, sous des prétcxtrs ridicnles, par des ;|ens sans qualité, sinon sans mandat. Il faut aussi que les officiers désignés et reconnus par leurs pairs comme des hommes de valeur ne soient pas arrêtés dans leur carrière, ainsi qu'il est arrivé trop souvent, ne fût-ce que, pour citer un exemple, au «{énéral auquel on vient d'attribuer un des postes les plus itnportants de l'année, auprès du ({énéralissime, après lui avoir fait marquer le pas sans nuttif sérieux.
Puisque la France oublie ses malheurs intimes, qu'elle exige des politiciens qu'ils respectent dorénavant les bons serviteurs de la patrie, en évitant de les soumettre à un régime de brinuules qui aurait pu provoquer les pires réactions. Qu'ils soient définitivement abolis les jonrs abominables où un ministre de la (inerre osait dire à la tribime du parlement : u L'avancement des ofGciers est entre les mains des députés. »
Nous avons constate (voir paye 322) comment M. Mil- Icrand, conformément aux désirs du pays, a résolument abrogé les instructions de M. Messimy et soustrait, enfin, les ofïîcicrs à la surveillance des préfets.
Dans une circulaire aux commandants de corps d'armée, M. Afiillerand a dit excellemment :
La préparation à la guerre doit être l'objet des efforts constants et opiniâtres de tous.
LES SOLUTIOXS 5«1
J'entends, a (l<^claré encore M. Millerand, d'une part, qu'à tous les deyrés de la hii^rarchie le classement des officiers pour l'avancement au choix, la désignation des postes, les tableaux de concours d'oflicc, etc., etc. ne soient établis que d'après les capacités militaires ou les services rcndas, de façon à ce que ce soient seulement les plus aptes, les plus qualifiés qni occupent les postes dont dépend en partie la défense nationale et qui reçoivent les récompenses dues aux serviteurs du
pays
D'autre part, j'entends exiger de tous les officiers un loya-' lisme républicain complet. J'ajoute qu'il est des situations spéciales, au «jonvernement de Paris par exemple, ou encore dans les directions du ministère, où ce loyalisme doit être plus net que partout ailleurs et d'autant pins exigé que la situation est plus haute.
Mais cela dit, ce n'est que d'après le seul mérite que doivent s'opérer l'avancement des olïieiers et la désignation du haut commandement, en dehors de toute question religieuse on de parenté. On ne peut rendre un officier responsable des croijances ou des opinions de sa fantille : ceci ne peut entrer en ligne de compte .
C'est dans cet esprit que j'ai signé toutes les nominations que j'ai faites depuis mou arrivée rue Saint-Dominique : c'est dans le même esprit, qu'avec le gouvernement tout entier, j'arrêterai les nominations futures. (Cité par Le Petit Journal, i mars 1912.)
Ce langage, et ces mesures quoique parfaites de droiture et de bon sens, ont eu le don d'exaspérer certains ofûciers républicains, mais, comme on sait, cette épithète désigne surtout un petit nombre de « prébendistes n qui ont cru que le qualificatif de " bon républicain « les dispenserait d'être avant tout des militaires.
Le Temps {6 février 1912) n'a laissé à ceux-ci aucune illusion.
Les jérémiades des militaires politiciens doivent cesser. Qu'ils accomplissent leur devoir et qu'ils nous fassent grâce
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de leurs convictions. La seule qu'on leur demande, c'est d'avoir la vertu nécessaire pour travailler au salut de la patrie.
C'est là non seulement rintérét de la patrie, mais aussi celui de la République que n'oublie pas d'ailleurs M. .Vlillerand comme certains de ses adversaires le prétendent.
Le 4 mars 1912, M. Millerand a envoyé cette circulaire aux commandants de corps d'armée :
Mon attention a été appelée sur lu propu({ande à laquelle se livre en ce moment dans l'armée le groupement royaliste dit L'Action française, notamment par l'envoi à des généraux commandants de corps d'armée d'un imprimé ainsi intitulé : Le programme rotjnl, accompatjiné d'une proclamation aux Français.
J'ai riioiuieur de vous prier de me signaler les actes de propagande qui auraient pu ou pourraient se produire de la part de ce groupement, dans l'étendue de votre commandement. (Voir L'Écho de Paris, 13 mars 1912.)
Certains organes d'opposition ont voulu s'émouvoir de cette circulaire. Ils ont tort. M. Millerand a été conséquent avec lui-même. S'il a le devoir d'empêcher l'action néfa.ste de.s officiers politiciens dits u bons républicains « , il doit aussi s'opposer à toute propagande dans l'armée au profit de prétendants dynastiques. Il n'y a pas de gouvernement au monde qui j)uisse tolérer qu'on se serve de l'armée contre lui.
Dans l'ordre matériel, M. Millerand a remédié à certains maux urgents. Les ouvriers de nos établissements militaires sont l'objet d'une surveillance rendue nécessaire par les tendances anarchistes de quelques-uns. Les sections spéciales de discipline ont été réorganisées dans un sens qui a mis un terme au scandale d'Ouessant (voir page 117) et qui permet de renvoyer en Afrique les u fortes têtes » les plus intraitables. M. Millerand a encore fait voter, à la fin de mars 1912, par le Parlement le projet de loi en vue de
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restreindre considérablement le nombre des condamnés de droit commun admis dans l'armée. Les apacbes vont donc enGn repasser la Méditerranée.
Une circulaire a mis un terme à la concession fàcbeuse d'un précédent ministre qui avait autorisé les sousofGciers à se mettre en civil. Rappelant que le port de l'uniforme est un « honneur, et un u devoir ", M. Milleraud a restreint la faculté de porter la tenue civile les dimanches et jours fériés et seulement aux seuls sous-officiers mariés à solde mensuelle.
Le 5 mars 1912, M. Vlillerand a déposé sur le bureau de la Chambre le premier projet de loi portant organisation de l'aéronautique militaire. Ce projet vraiment étudié et sérieux dote la quatrième arme d'une organisation autonome. Il crée un réjjiment d'aéronautique, fait entre les dirigeables et les aéroplanes une équitable répartition des crédits, crée lunité d'aviation dénommée : escadrille d'avions. La réalisation pratique de ce projet prévoit, en 1912, une dépense de 22 250000 francs. (Voir Le Temps, iy mars 1912.) Depuis, deux circulaires du ministre (voir Le Malin, 28 mars 1911) ont réglé l'admission des ofGciers et des hommes de troupe dans les services de l'aviation militaire actuellement en plein travail d'organisation et de perfectionnement.
M. Millerand a encore fait faire un pas décisif à la question des troupes noires qui languissent depuis quelques mois. (Voir page 474.) En mars 1912, après entente avec le ministre des Colonies, il décida la constitution en Afrique occidentale d une brigade de réserve formant un a réservoir n de 5 000 hommes, destinée à fournir la relève des bataillons sénégalais de l'Afrique du Nord (Algérie, et Maroc). Le ministre se propose, en outre, d'augmenter prochainement l'effectif sénégalais dans ces deux régions.
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