‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 149 sur 191 · II. — CE QUI RESTE A FAIRE POUR l' ARMÉE · texte numérisé non relu

II. — CE QUI RESTE A FAIRE POUR l' ARMÉE

Mais en matière de défense nationale, rien n'est fait tant qu'il reste à faire.

^ ,.,.,. Maintenant que M. Millcrand arcs-

La stabilité , , . . y . , ,

, , taure le principe de considérer avant

, ^ tout les nécessités militaiies en noni-

commandement. i co ■ ^ i

niant les olliciers a un poste quelconque, il est à souhaiter qu'on mette un terme à l'instabilité du haut commandement qui peut être néfaste dans certains cas. En trois ans, du 1" mars 1009 nu 1" mars 1912, le 13' corps aura vu se succéder à sa tète trois généraux, le 9* corps, quatre généraux. (Voir L'Echo de Paris, 8 janvier 1912.)

Or, un commandant de corps d'armée ne peut déployer toute sa valeur que s'il connait à fond les qualités individuelles des principaux officiers sous ses ordres. Ce n'est pas en un an qu'il est possible d'arriver à cet égard à un résultat sérieux. M'est-ce pas l'évidence même?

. j 1 , . Au moment où j'écris ces lijnies,

A propos de la loi , , , , •• " .

j j une loi des cadres est en proiet.

des cadres. , , . r j

Elle peut remédier aux lenteurs de

l'avancement dans une certaine mesure mais il faudrait que ce soit sans augmenter le nombre de nos unités squelettes. Le problème à résoudre est d'ailleurs singulièrement complexe, car la conception nationale de notre armée, différente de celle régnant oiitre-Hhin, nous place en présence de nécessités difficiles à concilier.

En Allemagne, la force de l'armée est dans l'armée active mobilisée avec le moins de réserves possible dans ses ra/ir/s.

En France, au contraire, la force de l'armée est dans les réserves.

Il nous faut donc beaucoup d'officiers actifs pour encadrer nos réserves. Mais si nous voulons doter tous nos officiers actifs de commandements correspondants à leurs grades, nous créons alors trop d'unités pour notre contingent relativement restreint, en raison de notre faible natalité.

Nous aboutissons ainsi à avoir, comme à présent, des unités squelettes insuffisanunent dotées en hommes, ce qui rend très difficile d'abord de donner aux soldats de deux ans une instruction militaire sérieuse et ensuite ne permet pas aux officiers d'apprendre à manœuvrer des unités normalement constituées.

D'autre part, en rai.son des lenteurs de l'avancement et du désir qu'on a de donner une satisfaction légitime aux officiers, certains ont tendance à créer encore de nouvelles unités afin d'avoir des possibilités d'avancement, mais alors on accroît par là même le nombre des unités squelettes et on affaiblit, en réalité, la force de l'armée. La loi des cadres à faire, qui est dans une large mesure une loi d'avancement, est donc des plus[ délicates à établir. Voici longtemps d'ailleurs qu'on y songe.

Comme l'a expliqué M. le lieutenant-colonel Debon dans son livre : Faut-il transformer l'armée française? (Lavauzelle, 1912) dès 1002, M. Maurice Berteaux, en qualité de rapporteur du budget de la guerre, constata déjà que nous avions beaucoup trop de cadres d'officiers et de sous-officiers pour le nombre des hommes incorporés.

Eu 1907, M. Messimy, alors rapporteur du budget de la guerre, nota, lui aussi, que nous n'avons que des unités ou squelettes ou gonflées artificiellement avec des recrues affaiblies, des malingres. Il concluait qu'il faudrait supprimer des centaines de compagnies dans notre infanterie afin de n'avoir que des unités vivantes permettant de donner

à l'armée active une instruction militaire sérieuse et de préparer de bons cadres pour les réserves. Or, au lieu de procéder à des concentrations, on a fait le contraire.

La loi des cadres de l'artillerie du 24 juillet 1909 a augmenté le nombre de nos batteries sans les doter d'un nombre sullisant d'hommes et de chevaux d'attelage pour une solide instruction militaire. M. Messimy, contrairement à ses propres idées de rapporteur du budget de la guerre, a proposé un nouveau projet de loi des cadres de l'infanterie qui augmenterait encore dans des proportions considérables le nombre des officiers en augmentant celui des compagnies squelettes. Le lieutenant-colonel Debon souhaite donc que l'esprit de décision et de jugement dont a fait preuve M. Milleraud s'applique à la future loi des cadres de l'infanterie. 11 ne faut pas oublier « qu'en guerre ce n'est pas avec un grand nombre d'unités qu'on bat l'ennemi, mais bien avec des corps d'armée vigoureux, bien instruits, bien commandés par de vrais chefs et conducteurs d hommes que l'on obtient la victoire décisive.

«N'ayons donc pas toujours en tête la folie du nombre; la France aura pendant longtemps plus d'hommes pour tenir tète à tous ceux qui voudraient l'attaquer et la battre ; mais à une condition, c'est que toutes nos forces valides, armée active et réserves, soient et dès le temps de paix, sainement instruites en vue de la guerre seule. » (Lieutenant-colonel Lebon. (Voir Le Matin, 8 février 1912.)

„ , ,, Le ministre de la Guerre a encore

Quelques réformes , , ^ ••

,, , , une œuvre importante a accomplir

d ordre moral ...

en abrogeant toutes ces circulaires

néfastes dont il a été fait plus haut a exécuter. ,,, , ,. , . oT^ oi*

1 enumeration (voir p. 310, .514,

324) et qui ont systématiquement introduit la. politique et

la division dans le corps des officiers, des sous-officiers,

l'indiscipline et le mépris de la hiérarchie chez les soldats. On pourrait même mieux faire. II ne suffit pas d'empêcher que des primes soient données aux mauvais soldats, il faudrait, en outre, que le service militaire accompli d'une façon particulièrement satisfaisante devint une cause de supériorité utile pour les jeunes soldats rentrés dans la vie civile. A ce point de vue, le rétablissement de la mention du certificat de bonne conduite sur les livrets militaires semblerait ne pouvoir présenter que des avantages.

Il faut surtout et au plus vite revenir sur le décret du 25 mai 1910 qui a réservé au chef d'unité le droit de punir et dont les effets néfastes ont été déjà signalés. (Voir p. 325.)

I/intérét supérieur de l'armée, donc du pays, demande que le droit de punir soit restitué à tous les officiers et sous-officiers, peut-être même aux caporaux. En effet, depuis la mise en vigueur du décret du 25 mai 1910, le caporal n'a plus aucune supériorité morale qui le relève à ses yeux. Sa situation est devenue à la fois si difficile et si ridicule que de nombreux caporaux ont rendu leurs galons. Le malheureux caporal, en effet, continue à avoir tous les tracas et toutes les responsabilités inhérentes à son grade comme autrefois mais il n'a plus comme jadis les droits attachés à ses galons de laine qui lui donnaient le sentiment d'être déjà quelqu'un et l'encourageaient à bien faire son service (1).

Exerçons

les cadres destinés

Il y a dans notre organisation

militaire une lacune peu connue

~~ mais qui avant une réelle impor-

aux mitrailleuses j •* , *^

, , . tance demande a être signalée. Les

de la reserve. .^ .„ ... ' , .

mitrailleuses destinées a nos regi-

(1) Pendant l'impression de ce livre, M. Miilerand a rétabli, le 2i mars 1912, le droit de punir. Grâce à cette nouvelle décision du ministre de la Guerre, la crise qui pesait si lourdement sur l'armée semble de plus en plus devoir toncher à sa fin

ments de réserve existent, mais ce matériel ne rendrait presque aucun service car les cadres destinés à manœuvrer ces mitrailleuses, cadres qui sont représentés par les adjudants de bataillon de l'active et des mitrailleurs-réservistes, ne sont jamais exercés. Or, la mitrailleuse est un instrument de guerre remarquable, mais d'un emploi délicat. Son mécanisme peut s'enrayer facilement, surtout si l'on n'en use pas judicieusement, et le tir de cet engin, en raison de sa précision même, ne donne des résultats utiles que s'il est dirigé par un chef de section ayant de cette arme une très sérieuse pratique.

Pour remédier à l'état de choses actuel, on a bien essayé de verser dans les sections des régiments de réserve, lorsque cela a été possible, des sergents et des caporaux ayant fait des stages à Chàlons comme mitrailleurs, mais on aboutit alors à cette situation stupéGante : des caporaux ou des sergents connaissant leurs fonctions quand les chefs de sections (adjudants de bataillon) l'ignorent.

^ , . La plaie de l'insoumission qui

Contre la marée '. ., , . , , ,.,.

, , nous priverait le lour de la mobili-

montante ' •'

, „. . . sation de près de 50 000 hommes

de l'insoumission. '

(voir p. loi) est devenue si profonde qu'il n'est plus possible de la tolérer davantage. Le mal est si grand tjue seul un traitement énergique pourra avoir des résultats pratiques.

Le colonel Rivet, chef du recrutement de Seine-et-Oise, comme conclusion d'un très remarquable rapport adressé au gouverneur militaire de Paris, a indiqué nettement la voie à suivre.

... Tout citoyen qui déserte le drapeau national ou qui, sciemment, se dt'robe aux cliaige.s militaires par nu acte d'insoumission, se met en rif'volle contre la loi, et comme tel, mérite qu'on se montre inexorable à son égard.

On devrait toujours avoir présent à la pens<^e que la loi de recrnlement est la base de l'arnu-e. Tout individu qui s'y soustrait conunet une faute que la loi apprécie eouinu' un simple délit. A mon avis, esquiver les obligations militaires devrait êlre considéré conuuc nn crime même en temps de paix. Le coupable devrait être priré de ses droits civiques ; son nom devrait rtre affiché non seulement dans toutes les communes de son canton, mais encore dans sa résidence effectire, et l'Etat devrait être autorisé par une addition à la loi sur le recrutement de l'armée, à aliéner les biens que pourraient posséder Us insoumis et déserteurs.

Les uns et tes autres devraient être exclus pendant un temps déterminé de toutes fondions publiques et de tout emploi rétribué par l'Etat, les départements ou les communes. (Cité par le sénateur Charles Humbert. (Voir Le Journal, 9 juillet 1911.)

En attendant que le Parlement vote la loi rendue nécessaire par le scandale croissant de l'insoumission, loi qui pourrait être inspirée des idées du colonel Rivet, l'administration de la guerre devrait employer les moyens dont elle dispose pour prévenir et réprimer l'insoumission et la désertion. Comme le sénateur Humbert l'a montré (voir p. 161), elle est très loin d'avoir utilisé ces moyens; de ce chef, elle a une part de responsabilité considérable et très directe dans l'intolérable état de choses actuel.

La réforme des conseils de nuerre La reforme des . . , , , V ,

., , qui est préparée va demander la

conseils de guerre. ^, ^. ,. .- n • i

plus grande attention. Il importe

de ne pas perdre de vue que le nouveau projet de loi qui

va venir en discussion a été conçu sous l'influence des

idées qui depuis douze ans nous ont fait commettre toutes

nos finîtes graves en matière militaire, politique et sociale.

En effet, ce projet diminue considérablement les pénalités

pour les soldats. 11 prévoit, en outre, que les condamna-

tions militaires bénéûcieront de tous les adoucissements qui ont été introduits dans notre système pénal. D'une façon générale, il tend donc à diminuer considérablement les moyens de maintenir la discipline dans l'armée, car il est empreint des idées d'humanitarisme et de sensiblerie auxquelles nous devons Textension de la criminalité dont le pays tout entier est aujourd'hui effrayé.

Qu'on adoucisse l'ancien code militaire trop sévère à certains égards ce serait parfait, mais il serait vraiment étrange, (ju'au moment même où nous constatons les résultats néfastes de l'humanitarisme, nous commettions la faute insigne de procéder à une réforme des conseils de guerre dans un esprit qui serait en contradiction formelle avec les volontés actuelles de la nation.

« . ^„ L'espionnajie se fait chez nous

Contre l'espionnage. ^ ,,". , ,, ,,

avec une désinvolture intolérable

(voir p. 163). Il s'agit d'abord d'appliquer automatiquement et auplus vite les articles de nos lois qui visent l'action des agents étrangers et ensuite de les renforcer, car leur insuf'Gsance notoire nous met dans uu état d'infériorité manifeste à l'égard de l'Allemagne.

Comme le demande le général Maitrot dans Le Correspondant, il faudrait en finir avec tous les espions allemands établis à l'état sédentaire chez nous, notamment dans la région frontière et qui sont susceptibles d'entraver notre mobilisation. A ce sujet, Kmile Hinzelin a rappelé très judicieusement dans Le Petit Journal (28 mare 1912) ce qui s'est passé avant 1870.

A la veille de la déclaration de guerre, en effet, la France était pleine d'Allemands. Dans les fabriques, dans les usines, voire dans les brasseries, ofûciers, soiis-officiors et soldats d'outre-Rhin avaient trouvé un emploi doublement fructueux.

Us étndiaiont particulièrement la réjjion de l'Est, jusque dans ses moindres sentiers et ses moindres ressources. Ils partirent, au moment où la guerre fut déclan'c.

Ils devaient revenir chez nous le mois suivant, presque tous en costmne de uhlans, de dragons ou d'artilleurs.

On les vit alors aussi hautains et grossiers qu'ils avaient été humbles et Oatteurs...

Et toute la France de se dire : a On ne m'y prendra plus. « Pendant quelques années, la France se garda. Ses portes ne furent plus grandes ouvertes. .Mais la France est d'humeur si tok^rante, si bienveillante, si hospitalière! Peu à peu, les enseignes allemandes reparurent dans les rues. Bientôt, les .Allemands eux-mêmes recommencèrent à s'introduire dan» les maisons. Ce fut un envahissement patient, muet, adroit, méthodique.

.Aujourd'hui, les usines, de plus eu plus nombreuses dans la région de l'Est, regorgent d'étrangers. Des marchands ambulants, à l'accent germanique, se promènent autour de nos forts ou dans les défilés de nos montagnes... Plus d'un vien.x patriote qui conserve l'image du passé s'écrie : u On se croirait revenu en 1869. '^

Il y a cependant, entre cette époque et la nôtre, une différence importante, laquelle constitue encore un progrès dans l'invasion allemande.

Voici cette différence.

D'après l'enquête d'an ami sûr, nous pouvons affirmer que presque toutes les fermes isolées échelonnées le long de la frontière et, d'ordinaire, construites sur des positions stratégiques, sont habitées par des .Allemands. Certes, les propriétaires de ces fermes ne se rendent nul compte de ce qui se passe. Leurs anciens fermiers étaient parfois en retard. Que l'année soit bonne ou mauvaise, leurs fermiers actuels apportent leurs écus avec une exactitude... toute militaire. Rien ne dispose mieux nn propriétaire en faveur d'un fermier.

Et puis, dès que se forme quelque vague soupçon, il se dissipe si vite dans cette réflexion : .1 Que veut-on que ces gens-là espionnent? C'est une manie absurde que de voir des

572 LA CRISE FRAMÇAISE

espions partout. » Sans duuto, mais n'est-ce pas une habitude dangereuse que de ne voir d'espions nulle part?

Pourtant, nous l'avouons bien volontiers, les fenniers en question n'espionnent pas. Que font-ils? Ils occupent un lieu de ravitaillement. Ils tiennent à la disposition de leurs compatriotes des provisions de vivres et de fourrages pour le cas où Guillaume II, de son quartier gi'uéral situé au château d'Urville-Iès-Mctz, donnerait Tordre d'une attaque soudaine avec ou sans déclaration de guerre.

Si la France prenait l'offensive, ces fermes cacheraient aisément des combattants isolés, chargés de retarder la marche en avant et de provoquer des accidents sur les routes, sur les chemins de fer, sur les ponts, sur les travaux d'art de tout genre.

Cette situation, nous ne la révélons sans doute qu'à im petit nombre de nos lecteurs. Elle n'a rien de mystérieux. Elle n'en est pas moins dangereuse.

Et pourtant, il est si facile de prendre un arrêté d'expulsion contre un étranger. On en a pris pour de vaines raisons poHtiques. Pourquoi hésiterait-on, quand l'intérêt et même le salut de la patrie sont en cause?

Or, on se contente (rinscrirc sur le carnet B, tenu dans chaque brigade de yendarmerie, les étrangers suspects au point de vue national et qui devraient être arrêtés à la mobilisation. Mais c'est là une mesure tout à fait insuffisante. Il suffit pour s'en convaincre de se représenter quelle sera la tâche colossale incombant aux gendarmes au moment de la mobilisation, surtout dans l'Est. Aurontils le temps matériel de courir dans les campagnes après les inscrits du carnet B, qui, bien entendu, ne les attendront pas? En supposant même qu'ils soient tous arrêtés par les gendarmes, ceux-ci disposeront-ils de locaux suffisants pour les u mettre à l'ombre » dans des conditions donnant toute sécurité contre les risques d'évasion?

Là, encore, nous pouvons nous inspirer de ce qui se fait outre-Rhin. En Allemagne, la répression de l'espion-

nage est impitoyable. Très fréquemment la cour d'Empire de Leipzig rend des jugements sévères, presque toujours d'ailleurs à huis clos.

Nos voisins de l'Est viennent encore de renforcer leurs mesures préventives contre l'espionnage. Même les commandes pour l'armée transmises à l'industrie privée sont entourées de précautions, notamment la fabrication des appareils radiotélégraphiques, des instruments d'optique de précision, des machines électriques, des projecteurs, des aéroplanes, des ballons dirigeables et des machines pour les navires.

Les industries qui fournissent les deux ministères de la Guerre et de la Marine viennent d'être invités à imposer la plus stricte discrétion à leur personnel, sans préjudice de la surveillance constante dont ils doivent s'entourer. (Voir Le Temps, :^0 décembre 1911.)

La question de la protection contre La question du i- . j -. i

1 espionnane des étrangers pose la contre-espionnage. ■ . /, , . " '

question de 1 espionnage en notre

faveur à l'étranger car les deux problèmes sont intimement liés.

Avant l'Affaire Dreyfus, le service de l'espionnage et celui du contre-espionnage, l'attaque et la défense dans cette branche de la sécurité nationale, se trouvaient concentrés au ministère de la Guerre, à la section de statistique, autrement dit au service de renseignements.

Cette organisation était pralùpiement bonne.

il est certain, et de nombreux faits sont là pour le prouver, que la recherche des renseignements militaires secrets à l'étranger ne peut produire tous ses résultats que si celui qui en a la charge et la responsabilité, dirige en même temps le contre-espionnage sur le territoire national. Pratiquement, il n'est pas possible de séparer les

deux ordres de recherches qui chevauchent perpétuellement l'un sur l'autre. Cela tient à trois raisons principales : tout d'abord le chef du service des renseignements a une police à lui qui surveille ses propres agents. C'est une précaution iudi.spensable vis-à-vis de la plupart de ceux-ci. En second lieu, il est assez commun, étant donnés les milieux dans lesquels peuvent se recruter un grand nombre d'agents, que l'on tombe, sans les chercher, sur des agents étrangers. D'autre part, enfin, un agent de renseignements est fréquemment amené par ses relations à découvrir des individus suspects, à la solde du gouvernement voisin. La frontière des deux services : renseignements et contre-espionnage est donc mal définie. Aussi, les deux services se pénètrent-ils mutuellement et à chaque instant.

Il n'est pas douteux cependant, au point de vue légal, que si la recherche des renseignements militaires appartient à l'état-major de l'armée, seul capable de le diriger utilement, c'est-à-dire au ministre de la Guerre, le contreespionnage ou la surveillance des menées étrangères en France incombe à la Sûreté générale, donc au ministre de l'Intérieur, seul responsable de la sécurité publique en temps de paix.

Néanmoins et jusqu'aux premiers mois de 1899, le contre-espionnage avait été dirigé et assuré presque exclusivement par le service de renseignements de l'état-major de l'armée. C'était une solution de fait qui s'était établie peu à peu sans reposer sur aucuu fondement légal, et à laquelle avait été amené le colonel Saudherr par la pratique mènjc de ses fonctions.

Le contre-espionnage de Sandhcrr avait obtenu d'ailleurs des résultats importants. Il avait pu mener à bien notamment les affaires Thomas, Boutonnet, Greiner, Borupt, Schwartz, etc., mais il est juste cependant de

LES SOLITIONS 57»

recoQDaitrc que le coIoDel Sandherr avait uni par donner à son service de contre-espionnage une importance peutêtre exagérée. Des deux attributions de la section de statistique, celle-ci était la plus importante. Il est certain que la recherche des renseignements à l'étranger aurait dû avoir le pas sur le contre-espionnage et qu'en ce qui concerne celui-ci on aurait pu faire appel plus souvent à la Sûreté générale. Avant 1889, cette administration marchait d'ailleurs très volontiers lorsque la section des renseignements, dite encore de statistique, du ministère de la Guerre l'en priait et lui fournissait les éléments d'une affaire.

Quoi qu'il en soit, l'idée qui consiste à réunir les deux services : espionnage et contre-espionnage étant pratiquement juste, il était dobc conforme à l'intérêt national qu'un seul chef fût donné aux deux services. En outre, on conçoit difficilement comment ce chef pourrait ne pas être un militaire. Un fonctionnaire de la Sûreté, en effet, peut parfaitement, et avec une grande habileté, diriger le contre-espionnage, mais il ne peut diriger la recherche des renseignements à l'étranger, partie essentiellement technique, qui exige un ])rofessionnel. Donc seul un offlcier peut être apte à diriger les deux services et c'est ce qui avait lieu avant 1889.

Il est à remarquer que cette confusion entre les attributions régulières et légales des deux services de la Sûreté générale et de la section de statistique n'avaient cependant jamais amené de conflit jusqu'à l'.Affaire Dreyfus. Les différents directeurs qui s'étaient succédé à la Sûreté générale avaient tous eu pour l'œuvre du colonel Sandherr une réelle admiration. Tous s étaient appliqués avec le plus grand soin à correspondre aux demandes de la section statistique. Un certain nombre de commissaires dépendant du ministère de l'Intérieur étaient attachés à

576 LA CRISE FRANÇAISK

cette section et, en fait, ne recevaient d'ordres que d'elle, c'est-à-dire du ministère de la Guerre.

Les fonctionnaires de la police, les préfets eux-mêmes, en particulier dans les départements de la frontière, avaient reçu à plusieurs reprises des instructions formelles pour agir toujours en union avec le service de renseignements militaires. Les fonctionnaires de la police savaient si bien l'importance qu'attachait leur administration aux services rendus au ministère de la Guerre, qu'ils considéraient, comme la meilleure condition d'avancement ou de récompense, le fait de voir leur zèle signalé au ministère de l'Intérieur par la section de statistique.

Lorsque prit naissance la campagne révisionniste à propos de Dreyfus, les premiers symptômes d'une attitude nouvelle de la Sûreté générale ne lardèrent pas à se manifester. Un certain nombre de fonctionnaires de cette administration sentirent soudain leurs susceptibilités s'éveiller. Ils trouvèrent étrange que le ministre de la Guerre leur fît parvenir des instructions, à eux, agents de l'Intérieur. Les petites rancunes, les amours-propres froissés, les jalousies se coalisèrent contre celte section de statistique dont on sentait l'autorilé faiblir et qui n'avait plus la forte incontestée d'autrefois, ni pour imposer sa direction, ni pour récompenser ceux qui la servaient. Cette hostilité, d'abord contenue par le directeur de la Sûreté générale, s'accentua vers la fin de 1808 à une époque où les partisans de Dreyfus gagnaient visiblement du terrain.

Enfin, dans les ])remiers mois de 1899, la Sûreté générale revendiqua pour elle seule le droit exclusif de s'occuper du contre-espionnage et demanda à la section de statistique de renoncer en conséquence à la surveillance des menées étrangères en France qu'elle avait organisée.

En somme, la Sûreté générale revendiquait un droit qui, incontestablement, lui appartenait légalement. En

LES SOLUTIONS STT

outre, pour exercer ce droit qui était en même temps un devoir, elle demanda (|ue la section de statistique lui versât une annuité sur les tonds qui lui étaient alloués par le budget de la guerre.

Il était bien difûcile de déterminer, même d'une façon approximative, ce que le contre-espionnage avait jusqu'alors coûté annuellement à la section de statistique. Beaucoup, le plus grand nombre même d'agents de ce service, s'employaient également à la recherche des renseignements militaires. Il n'était pas pratiquement possible de taire le départ dans les sommes qui leur était allouées entre ce qu'ils touchaient pour une branche de leur service et ce qu'ils touchaient pour l'autre. Ce départ eutil été possible, qu'on ne pouvait songer à diminuer le traitement de ces agents. Pour la plupart dévoués et consciencieux, ils n'étaient pas responsables de ce changement d'organisation et ne touchaient guère plus que ce qui était indispensable pour \ivre suivant leur condition sociale et leur milieu.

D'ailleurs, le budget modique de la section de statistique (480 000 francs par an) ne permettait déjà qu'avec peine de faire face aux charges indispensables.

Quoi qu'il en soit, satisfaction complète fut donnée à la Sûreté générale. Dès le commencement de 1899, la section de statistique cessa de s'occuper elle-même du contre-espionnage et versa à la Sûreté générale pour assurer ce service une certaine mensualité.

Un commissaire spécial de police fut néanmoins lai.*^sé à ce moment à la disposition de la section de statistique. Son rôle consistait surtout à assurer les relations de la Sûreté et de la section de statistique.

La nouvelle organisation fut consacrée par une convention entre les services du ministère de l'Intérieur et ceux du ministère de la Guerre. Cette convention n'est pas

connue, bien que plusieurs allusions y aient été faites dans certains documents du procès Dautriche et de l'enquête de la Chambre criminelle. Elle comprend naturellement des engagements réciproques. Rien de précis n'a été divulgué à ce sujet.

Ce qu'on sait, c'est qu'après 1889, quand elle eut organisé son service de conlre-espionnage, la Sûreté générale établit un système régional de surveillance. Un certain nombre de circonscriptions territoriales furent créées. Elles avaient comme centre une agglomération importante au point de vue militaire, un port, une grande place, un établissement comme Bourges ou le Creusot, une localité présentant un intérêt particulier à la mobilisation, etc. Ces circonscriptions avaient à leur tête un commissaire spécial de la Sûreté générale. Aujourd'hui, les brigades mobiles créées, il y a deux ou trois ans, paraissent avoir absorbé cette organisation qui n'a duré qu'un temps.

Quant à l'espionnage, le service des renseignements s'en occupe, mais en raison même du régime delà séparation actuel, l'initiative et la liberté d'action de la section de renseignements du ministère de la Guerre ont été fortement réduites. 11 en résulte que son rendement est beaucoup plus maigre que par le passé, malgré le dévouement dont continue à l'aire preuve son personnel.

En somme, nous avons bien une organisation satisfaisante au point de vue légal, mais non pas au point de vue du rendement maximum possible du service des renseignements et de la surveillance des espions qui jouissent chez nous d'une liberté vraiment excessive.

11 serait donc hautement désirable qu'une formule pût être trouvée pour que les deux services : espionnage et contre-espionnage puissent à nouveau se trouver sous une direction militaire, puisque telle est la condition du succès.

„ ... La France peut-elle rester 4 mois

Remédions ^ ,

... .^ , par an avec une armée de première

a la lacune capitale ^. a t v n ,e * 'a •♦ a

.... ligne dont 1 eflectii est réduit de

, , moitié? Plus haut (voir p. 166), ou

de deux ans. ^ *^ '

a vu le danger de cette situation et

quel expédient on a dû employer en 1911 pour y remédier pendant la crise franco-allemande. Comment peut-on combler cette lacune capitale de notre loi militaire? La solution n'est pas facile. On a proposé d'appeler le contingent à d«s périodes différentes de l'année, mais on se heurte à des difficultés matérielles de casernement et d'instruction. II y a une première solution qui consisterait à appeler " les bleus >• en août et septembre, au moment où les autres soldats se trouvant en manœuvres, les casernes sont vides ; on gagnerait ainsi deux mois. Pour gagner les quatre mois nécessaires, on a proposé de créer des corps d'instructeurs spéciaux. Peut-être alors pourrait-on appeler la classe en juin. Pendant juin et juillet, les recrues seraient envoyées dans des camps d'instruction, pendant août et septembre dans les casernes devenues vides en raison des manœuvres. Mais, dans les deux cas, on se heurterait à l'objection résultant de ce qu'ainsi on appellerait les recrues à la caserne à une époque de l'année où leur présence serait très utile chez elles pour les travaux des champs. C'est là un inconvénient des plus sérieux assurément, il est toutefois infiniment moins grave que de laisser la France à demi désarmée le tiers de l'année. Quelle qu'elle soit, il faut une solution.

in. LA M.4RINE

- , Dans la marine, les lacunes res-

L œuvre .

, „ , tent graves, mais il est luste de

de M. Delcasse. , ,

reconnaître qu actuellement on tra-

vaille dans toute la mesure possible à les réparer.

M. Delcassé a continué rue Royale l'œuvre de relèvement de la marine commencée par l'amiral Boue de Lapeyrère.

Il a nommé une commission de réorganisation du personnel présidée par l'amiral Germinet qui a fait d'excellente besogne. Grâce à elle, le rendemcMit du matériel sera amélioré étant confié à un personnel plus instruit et mieux préparé. Désormais fa spécialisation sera obligatoire poulies officiers. Le haut commandement de nos flottes de la Méditerranée est organisé. 11 reste encore une certaine indécision sur le commandant en chef de nos forces navales réunies. « Jamais ensemble de mesures aussi réellement militaires n'avait été étudié dans notre marine. " (Voir L'Opinion, 6 avril 1912.)

M. Delcassé a encore travaillé à expurger les équipages des apaches susceptibles de les gangrener.

Dans une circulaire du 23 octobre 1911, il rappelait aux commandants de nos escadres :

Ceux de ces hommes qni, .soit pju- 1' effet d'une nature rebelle à toute discipline, soit par leur mauvais esprit se montrent incorrigibles, doivent, ainsi que des circulaires antt'rienres le rappellent, être consid(V(^s comme se trouvant dans les circonstances exceptionnelles pr<!'vae8 an para«{raphe l"dc l'article 351 du d(<cret du 17 juillet 1908, modifié le â;i détemhre 1910, et sont susceptibles d'être destinés aux sections .spéciales, sang avoir préalablement encouru toutes les sévérités du pouvoir disciplinaire quel que soit le temps de service qui leur reste à faire

Vous voudrez bien rappeler aux conunaiidants placés sous vos ordres qu'ils ont pour devoir d'user laryement de celte faculté et les assurer que je suis ré.solu à sanctionner, comme je l'ai, du reste, toujours fait, les propositions d'envoi aux sortions spéciales formulées par les conseils de discipline. (Voir Le Petit Journal, 24 octobre 1911.)

Dans le même esprit, en février 1912, M. Delcassé donnait l'ordre d'étudier les mesures destinées à empêcher l'incorporation dans les équipages de la flotte de jeunes gens de la classe ayant subi une condamnation correctionnelle quelconque ou ayant été condamnés comme ayant agi sans discernement. (Voir Le Petit Journal, 8 février 1912.)

M. Delcassé a, enfin, mis les officiers en garde contre l'indulgence excessive qui a été l'une des conséquences de ces dix dernières années d'aberration et a été néfaste pour la discipline.

Certains hommes ont obtenu des notes de valenr générale comprises entre 16 et 20, nialgn'' de toutes récentes et parfois très graves punitions pour ivresse, scandale, absence illégale, etc. Je ne pnis admettre que Ton considère comme parfait, excellent, ou même très bon un homme qui se rend coupable de telles fantes, et a fortiori celni qui récidive: c'est mal reconnaître le mérite des bons serviteurs, et c'est anssi les décourager que de différencier à peine leur valenr générale de celle des serviteurs médiocres. L'échelle de notation est assez étendue pour permettre d'exprimer la valenr respective de chaqne homme.

Les officiers qui, systématiquement, ponr des raisons de sentiment, coteraient entre 15 et 20, iraient directement à rencontre du but poursuivi, qui est d'assnrer nne sélection sérieuse de laquelle dépend entièrement la valeur de la maistrance.

Je vous prie, ajoata le ministre, de rappeler aux officiers placés sous vos ordres l'importance primordiale que j'attache à cette question. Je n'hésiterais pas à prendre des sanctions vis-àvis de ceux d'entre eux qui ne se conformeraient pas aux dispositions très nettes de l'article 432 de l'arrêté dn 30 juillet 1910, et j'attire particolièrement à ce sujet votre attention sur le dernier alinéa de cet article.

Uu des devoirs les plus élevés du commandement, c'est d'appliquer, au point de vue de l'avancement, la maxime : u .4 chacun

selon ses mérites « , la valeur de notre maistrance ne pouvant être que ce que les officiers eux-mêmes la font. " (Voir Le Temps, 30 janvier 1912.)

Mais le grand service qu'a rendu à la marine et au pays M, Delcassé a été de faire aboutir, il faut le reconnaître, grâce à son influence personnelle au Parlement, le programme naval en suspens depuis si longtemps.

„ ,. . , Plusieurs projets de programmes

Nos divers projets i i. • .

j navals lurent successivement prcde programmes , , ., , . . i

, sentes par le conseil supérieur de la navals. * ^

manne.

1" Sous l'impulsion de M. de Lanessan, un premier

projet fut présenté, relatif à l'organisation de la flotte, se

bornant à demander la construction de :

6 cuirassés d'escadre de 14 865 tonnes

5 croiseurs cuirassés de 12 500 —

28 contre-torpilleurs de. . ." 305 —

112 torpilleurs.

26 sous-marins,

mais dans les motifs exposés au Parlement, le ministre expliquait que le Conseil supérieur de la marine consulté avait arrêté, ainsi qu'il suit, le programme minimum qu'il considérait comme nécessaire à la France.

28 cuirassés d'escadre soit 4 escadres à 6 unités.

et 4 cuirassés de remplacement.

24 croiseurs cuirassés soit 8 divisions à 3 navires. 52 contre-torpilleurs.

263 torpilleurs.

38 sous-marins.

2" Loisque M. Thomson fit voter les 6 Danton, en 1906, il communiqua à la Chambre l'avis du Conseil supérieur de la marine demandant cette fois, en raison des arme-

LES SOLUTIOMS 5>=3

mciits navals allemands, pour la composition de la flotte française :

34 cairassés.

18 croiseurs cuirassés de première classe.

18 croiseurs cuirassés de deuxième classe. 6 éciairears.

109 contre-torpilleurs.

170 torpilleurs.

131 sous-marins.

3° M. Picard, successeur de M. Thomson, provoqua à .son tour de nouvelles délibérations du Con.seil supérieur qui établit le programme suivant :

45 cuirassés.

20 éclaireurs.

60 contre-torpilleurs d'escadre.

84 torpilleurs.

64 sons-marins.

4" L'amiral Boue de Lapeyrère tenant compte de la situation parlementaire et financière réduisit ces demandes au programme que M. Delcassé, grâce à sa ténacité, vient de faire voter par la Chambre, le 13 février 1912, par 452 voix contre 72 et par le Sénat le 29 mars 1912.

Ce programme, dont l'urgence Le programme ...,." , , , ^ ,

, j .«.n était indispensable en présence des

naval de 1912. , ... .i i.

progrès considérables accompus

par les marines rivales, était en souffrance depuis près de deux ans. Mous devenions la risée du monde, après avoir laissé tomber notre marine au cinquième rang des puissances maritimes.

M. Pelletan et le Parlement, constate Le Temps (30 mars 1912) étaient responsables de cette situation, car la loi de

r)Hk LA CRISK FRAIVÇAISE

11JU7 contenait une restriction considérable du pouvoir du ministre de la Marine; u si bien que, pendant les trois années qui suivirent, aucun navire important ne put être mis en chantier. I.a défense navale était subordonnée à une telle procédure devant le Parlement qu'on pouvait absolument désespérer de son avenir >' .

Le vote du programme naval de 1912 constitue un réel progrès en ce sens, qu'il affirme ^ un principe trop longtemps méconnu chez nous : celui de la constitution régulière de nos forces navales à l'abri des fluctuations des idées ministérielles et aussi des variations nerveuses de la politique du Parlement. Un programme est chose de longue haleine et c'est son exécution en quelque sorte automatique que procure le projet de loi » . (Voir Le Temps, 30 mars 1912.)

La situation est maintenant changée au bénéfice de la nation. Comme le dit M. Chautemps dans son rapport :

Alors qu'une loi, loi spéciale on loi de finances a été jusqu'ici nécessaire pour permettre au ministre d'ordonner la mise en chantier d'un cuirassé, il faudra désormais une loi pour empêcher ou simplement retarder la construction d'nne nnilé du programme. (Cité par Lr Temps, 30 mars 1912.)

M. Delcassé a exposé ainsi en quoi consiste le programme naval et les avantages qu'il lui trouve.

Le programme naval soumis an Sénat, après avoir re<,ii l'approbation de la grande majorité de la Chambre, comprend :

28 cuirassés.

10 éclaircurs.

52 torpilleura de haute mer.

94 sou.s-marins.

10 bâtiments pour les destinations lointaines.

Ktant donné les bfttiments déjà construits ou en construction, l'effort à faire pour exécuter ce programme se résume en la cons-

truction de 16 cuirassés, 20 torpilleurs, 50 sons-marins; il faudra cependant y ajouter le cuirassé destiné à remplacer la Liberté.

A l'origine, le programme devrait être exécuté en 1922; les progrès dans la construction ont permis d'abréger la durée d'exécution ; l'échelonnement des mises en chantier peut être fait tous les vingt mois.

La France ne peut pas fermer les yeux aux efforts des puissances étrangères et y rester indifférente. Hier encore, le gouvernement allemand déposait un projet de loi qui comporte un relèvement des crédits anciens; l'Italie vient de mettre en chantier deux cuirassés, et elle se prépare à eu commander deux autres; l'Autriche va construire quatre cuirassés.

\ous n'avons pas pensé qu'il y avait lieu d'augmenter le nombre des cuirassés prévus au programme ; mais il importe d'avancer leur exécution, qui doit être terminée en 1919. La dépense totale n'est pas accrue, mais elle est répartie sur un moins grand nombre d'exercices.

Elle est au total de 1 320 millions, comprenant les stocks de rechange et l'approvisionnement à terre. Il faut prévoir le remplacement de la Liberté, soit 64 millions.

\ous arrivons à ime dépense de près de 1 400 millions à répartir en huit ans. Le gouvernement n'a pas voulu recourir à l'emprunt pour couvrir les dépenses normales de la défense nationale, et il a prévu huit années bndgétaires différentes, mais oscillant autour de 180 millions.

Ce qu'il fant avant tout, c'est une construction régulière, sans à-coups.

J'ai réglé les travaux des ports sur l'accélération des constructions navales.

Ces divers travaux représentent une dépense totale de 120 millions, soit 15 millions pendant huit ans.

Je n'essaye pas d'atténuer l'effort financier demandé au pays, mais voyez ceux de l'Angleterre, dos Etats-Unis, de l'AUemagne. Il est indispensable pour donner à ce pays la sécurité de vivre et de travailler.

Le réduire, ce serait réduire l'influence de la France dans le conseil de ses amis et de ses alliés.

586 LA CRISE FHA\ÇAISK

Ce n'est pas la France qni mène le train dans cette course anx gros bateaux et aux gros bataillons ; notre amour-propre le cède à l'intérêt. \ous voulons une flotte qui soit de nature à défendre les intérêts vitaux du pays là où ils doivent être protégés.

Dans la Manche et l'Atlantique, nous pouvons nous contenter d'une défense attentive et vigilante, mais cela n'est pas sufGsant dans la Méditerranée ; notre flotte doit y assurer les communications, en étant prête à courir sus à qui menacerait de les couper.

On chercherait vainement aujourd'hui une puissance qui soit, dans la Méditerranée, l'ennemie nécessaire de la France ; mais c'est dans sa force propre qu'une nation doit chercher la garantie de la paix. Cette garantie sera fortifiée par le programme qui vous est soumis. // n'est pas intangible, et il sera modifié si les événements l'exigent; mais il a l'avantage qu'il donne à la marine cette charte, cette constitution dont l'armée a été dotée; il la met à l'abri de l'arbitraire ; il fixe la composition de la flotte française; il en assure le rajeunissement et l'amélioration progressive; il permet le perfectionnement de l'outillage; il donne une construction économique, méthodique et rapide. (Voir Le Temps, 30 mars 1912.)

„ ^ , Dès le 30 mars 1912, le capi-

Comment les ... • , n

,„ , . ^ tame de vaisseau en retraite, L. Per-

ÂUemands jugent . , ,. . , i ^

sius, publia dans ie Berltner Taqenotre programme ,, , , , , ^

^ niait une étude sur les récentes naval par rapport ,„ . , , ,.

. , reiormes de la marine iraucaise et sa

a leur propre . . „ , ' , . .

situation actuelle. Les appréciations situation maritime. , ,, ,. , , '^f,

qu elle contient sont dépourvues

(rindulgence, mais elles ont l'avantage de permettre à certains égards une comparaison de notre situation avec celle de l'Allemagne.

L'avenir matériel de la puissance maritime française est assuré d'une façon modeste. Il y a plus d'une année, l'amiral Boue de Lapeyrère, prédécesseur de M. Delcassé, a prononcé la

phrase si connue : lii France veut-elle oui ou non avoir une marine? Peu de temps après, il quitta le ministère. Depuis douze mois, le nouveau ministre de la Marine dirige les destinées de la marine. On espérait beaucoup de lui. On voyait en lui l'ange sauveur de la flotte de la République, un nouveau J.-B. Colbert. Mais le mauvais destin poursuivit M. Delcassé depuis sa récente entrée au ministère. Il ne faut pas lui faire l'injustice de lui reprocher les innombrables accidents qui sont survenus. Les conséquences de la manvaise méthode de la u jeune école», le perpétuel changement dn ministre de la Marine, l'économie exagérée et les menées socialistes en sont responsables. On ne peut réprimer nn senrire devant le joyeux optimisme de M. Delcassé.

Il a expié assez durement ses hâbleries de la revue de Toulon. La catastrophe du cuirassé Liberté, les différentes collisions, les actes d'indiscipline sur les navires et dans les arsenaux ne sont pas encore oubliés. En février, les débats à la Chambre sur le budget de la marine furent pénibles pour lui. Et cependant ses demandes furent regardées comme nécessaires, il obtint 340 millions, 8 de plus que l'année passée. Mais il sait que l'habituelle économie doit régler sa conduite.

Il est fort dangereux de mépriser son adversaire. La comparaison entre les flottes allemande et française ne peut faire admettre les flères paroles de l'amiral Bienaimé pendant les <ltbals. .\ nos 15 dreadnonghts, la France ne peut en opposer que 2. On ne peut compter les Danton à cause de leur faiblesse d'armement parmi les dreadnoughts. Le drapeau tricolore ne flotte encore sur aucun navire de ce type quand nous en avons 1) dans notre flotte de haute mer.

D'après les propres déclarations de M. Delcassé, on ne peut sérieusement tenir compte que de 11 cuirassés vieux modèle, tandis que l'-Allemagne peut au moins mettre en ligne 20 navires du même modèle. La flotte française manque complètement de croiseurs cuirassés modernes et de croiseurs protégés pendant que nous en avons un grand nombre et en fort bon état. En ce qui concerne la qualité, le matériel français n'est dépassé par personne, l'artillerie possède une grande supériorité, grâce à

58R LA CRISK FRANÇAISE

l'uiiilé de calibre, la puudre serait la meillenre du monde si elle était préparée avec soin. Il faut re^^arder ces déclarations avec scepticisme lorsqu'on les examine avec compétence.

Les plus récents navires de guerre français type Danton sont regardés comme manques. Leur armement pesant, leur diversité de calibre ont été appréciés différemment à lu Chambri'. Le matériel entier représente une carte d'échantillons de tous les modèles. L'homogénéité n'existe pas. Dans aucune marine n'existe une telle diversité de calibres, 30,5, 24, 7,5 et 4,7 centimètres, tandis que, par exemple, la flotte anglaise n'a que deux sortes de calibres 30,5 et 10,2 centimètres.

Au nord, contre l'Allemagne, la France se contente de torpilleurs et de sous-marins. Sa suprématie dans la Méditerranée est loin d'être assurée si elle se trouve en face desjlotles alliées de l'Autriche et de l'Italie. Actuellement, elle possède encore une légère supériorité. Mais pendant que la France n'a sur chantier que 4 dreadnougJits, 1' lulrirhc en a déjà 2 en seixicc et l'Italie 4. (jCS deux puissances ont déjà projeté la construction de 2 nouveaux navires de ce type. Le nouveau budget do la mariiio française prévoit la construction de 3 cuirassés dans l'année, dont im comme remplaçant de la Liberté. En outre, il envisage la mise en chantier de quelques torpilleurs et sous-marins. La France, si elle ne veut pas descendre comme puissance maritime de la 4* à la 5* place, doit faire de sérieux efforts.

Avec l'adoption du nouveau programme français, l'état de la marine est le suivant : 28 navires de combat, 10 navires extramétropoUtains, 52 torpilleurs et 94 sou-s-marins. La différence avec le programme allemand est grande : 28 navires de combat vis-à-vis des 58 nôtres (plus 3 prévus par le projet).

Pour l'avenir, il s'agit seulement de .savoir si M. Delcassé parviendra à régénérer la marine française. S'il n'a pas à compter avec de nouveaux coups du sort, avec de nouvelles collisions, de nouvelles explosions ou de nouvelles émeutes, peutêtre pourra-t-il oser, dans quelques années, se présenter devant la Chambre avec un programme qui ne soit pas d'une insuirisance ridicule. Mais il faudra au trente-huitième ministre de la Marine et de la RépubHque française une immense énergie, et

punt-étrc devra-t-il aassi ne plas se griser à l'éloquence de ses disconrs improvisés.

u En niariiu-, rien ne s'improvise n, a dit le vice-amiral Anbe.

Il y a dans ces critiques une part d'exagération. La sévérité du jujjcment sur notre type Danton est évidente. Le Temps (1" avril 1912) le prouve ainsi :

... Si le cuirassé français n'est pas nn dreadnought, les cuirassés allemands .««ont des dreadnoughts, ratés, si ratés que si ['.Allemagne voulait opposer à nos six Danton ses six premiers dreadnoughts, la salve française serait dans une rencontre de 18 480 kilos contre une salve allemande de 15840 kilos.

Mais ce qui est terriblement vrai dans ce que dit le capitaine de vaisseau Persius et ce qui doit être retenu, c'est qu'au Nord, contre i Allemagne, la France se contente de torpilleurs et de sous-marins.

Le programme naval de 1912 et

flotte répondent-ils

à toutes

nos nécessités?

Quels sont actuellement les avantages et les faiblesses du nouveau

la répartition de la ' J* ,. r . ,. ». •

Lommel a lait remarquer M. Monis

au Sénat, ce programme est « relativement modeste n .

11 ne comporte pas la construction de scouts, c'est-à-dire de bâtiments vraiment éclaireurs, réclamés par le Conseil supérieur de la marine. De sorte que nos escadres seront toujours aveugles. Elles seront difficilement renseignées sur les mouvements de l'ennemi, tandis que celui-ci le sera pour les nôtres. Il y a là une véritable mïèviov'iièc^nt, peut-être, pourront compenser, dans une certaine mesure, les progrès de l'aviation marine.

Par comparaison avec TAllemagne, notre programme naval de 1912 est notoirement insuffisant.

La Io({ique voudrait que uous ayons deu\ armées navales très puissantes, une dans chaque mer, la Manche-Océan et la Méditerranée. Si l'on ne veut pas actuellement posséder deux flottes d'égale importance, une au nord, une au sud, au moins devrions-nous nous inquiéter de répartir nos navires au mieux de nos intérêts. Cette question a une importance capitale. (îomme le fait remarquer M. de Lauessan, avec la répartition actuelle : « En fait dans la Manche et surtout dans l'Atliiiitique, la défense du pays sera remise aux soins de l'Au'jIeterre (Voir l.a Dépêche de Brest. Cité par Le Matin, 12 avril 1912.)

Voilà qui est singulièrement grave, car si le concours naval anglais ne peut pas être donné instantanément, — et nous avons constaté (voir page 465) que le cas peut se produire, — (jue se passera-t-il? La guerre prochaine avec l'Allemagne commencera par un coup foudroyant. Si la France doit combattre seule, quelques heures après l'ouverture des hostilités, nous verrons surgir, dans la mer du Nord et la Manche une puissante escadre allemande composée aujourd'hui de 18 cuirassés, précédée par 4 magnifiques croiseurs cuirassés (dont le dernier Von lier Tonn de 19 000 tonnes), 9 petits croiseurs rapides et d'une centaine de contre-torpilleurs tout neufs de (100 à 1 500 tonnes.

Qu'avons-nous en ce moment à opposer à cette force?

Notre escadre du Nord est composée de 6 cuirassés sans aucune valeur militaire, dits u chavirables » [Saint- Louis , Charlemagne, Bouvet, Camot, Jauréguibcrry, Gaulois.)

Dans ces conditions, notre escadre serait livrée aux deux alternatives suivantes : ou fuir le combat, en cherchant à rejoindre la flotte de la Méditerranée, ou s'enfermer dans la rade de Brest, où elle serait bloquée. Dans les deux cas, elle ne servirait à rien.

LES SOLUTIOMS 591

liH France perdrait ainsi toute offensive dans le Nord, verrait ses forces maritimes diminuées d'une escadre ; sa base d'opérations serait reculée jusqu'en Méditerranée.

Nos m/vires de commerce ne pourraient plus circuler dans r Atlantique , ni dans la Manche, condition capitale de notre racitaillenient (voir page 504), tandis que la flotte commerciale germanique continuerait librement sou tralîc sous la sauvegarde de la flotte militaire allemande.

Il faut donc, au plus rite, défendre notre point faihle, en organisant dans le Nord, si nous ne pouvons y avoir une escadre importante comme celle des « Danton » , de si puissants et de si nombreux sous-marins et torpilleurs que nous restions maîtres de la Manche et de l'Atlantique, conditi( n inéluctable de notre victoire dans la proclutine guerre.

Nous en remettre uniquement à l'Angleterre de notre protection dans le Nord constitue une faute impardonnabb'. Nous ne doutons pas de la loyauté anglaise, mais nous avons vu (p. 465) que le concours britannique peut ne pas être immédiatement efûcace. A propos d'un élément aussi capital de notre défense, nous ne devons compter que sur nous-même.

Pourquoi donc n'aurions-nous pas une troisième escadre de baut bord dans le Nord? Contre cette idée on objectera notre u entente " d'aujourd'hui avec l'Angleterre, le rôle que cette grande puissance navale jouerait dans une prochaine guerre, la nécessité d'avoir des forces importantes dans l;i Méditerranée, d'assurer atout moment la communication de nos possessions d'Algérie et de Tunisie, etc.

Mais des marins fort distingués font remaïquer que, dans aucuns des cas considérés, rien ne vient détruire la thèse d'une escadre importante dans le Nord. Si l'Angleterre se joint à nous, dès le début de la guerre, la maîtrise de l'Atlantique est assurée aux forces navales alliées. Il nous suffira alors de laisser dans le Nord quelques croi-

seurs-cuirassés en couverture et de donner Tordre à notre escadre de Brest de rallier la Méditerranée.

En tout cas, avec les deux autres escadres séjournant dans le Midi, notre flotte est assez puissante pour empêcher que nous soyons inquiétés de ce côté. L'arrivée de notre escadre de Brest assurerait notre suprématie et rendrait la lutte tout à fait impossible aux alliés de TAllemaf^ne.

Ce qui est lerlaiti, c'est qu'à l'heure actuelle, In répartition de 110$ flottes ne nom offre pas les garanties même les plus essentielles.

11 «Ml est de nicme de la répartition de nos petits navires. Nous avons des flottilles de sous-marins et de torpilleurs à Dunkerque, Calais, Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort, Toulon, Bizerte, Ajaccio, Oran, Alger.

Pourquoi ne supprimerait-on pas les flottilles de Rochefort, de Lorient et d'Alger se demandent d'excellents offlciers? Ces flottilles, assurent-ils, n'existent qu'à la demande des députés et des autorités de ces ports qui devraient d'ailleurs eux-mêmes disparaître, c'est-à-dire être supprimés de la marine.

La guerre se fait par masses. Il importerait donc, puisque l'ennemi c'est l'Allemagne, de concentrer en attendant mieux à Dunkerque, Calais, Cherbourg, un grand nombre de torpilleurs et de sous-marins, qui garderaient le Pas-de-Calais.

Dans la Méditerranée, étant donnée l'entente avec l'Angleterre, nous n'avons rien à faire à proximité de Gibraltar, trois passages sont importants pour nous : le canal entre la Corse et la Provence ; les bouches de Bonifacio et le canal de Bizerte-Sicile.

Les flottilles d'Alger et d'Oran sont inutiles, celle de Toulon est beaucoup trop importante. Il faudrait plus de bâtiments à Ajaccio, Bonifacio, Bizerte, et ne pas oublier le reste de la Corse.

LES SOLUTIONS 5i8

Ces flottilles ainsi massées joiicrnient un rôle considérable en temps de jjuerre. Dans l'état actuel, elles sont trop éparpillées pour porter à l'ennemi les coups formidables qui seraient nécessaires.

En réalité, le programme naval qui vient d'être voté ne nous fera rien regagner du rang perdu par la faute de certains ministres et d'une politique néfaste. Ce programme une fois rempli, en effet, en raison des efforts de nos rivaux, le premier janvier 1920, la France n'occupera même plus le cinquième rang, où elle est déjà tombée. Et gve se sera-t-ilpassé d'ici là?

On conclura donc que le programme naval qui vient d'être voté est un programme minimum, un programme d'attente, un effort tout à fait provisoire. On ne peut vraiment le considérer que comme un premier échelon de ce qui nous est indispensable.

D'après des officiers de marine Le programme naval . ' . ^ t . i i-.-

^ ^ . qui coimaissent bien les conditions

qu'il nous faudrait. .^.^ . . , i-.

^ militaires de la politique européenne,

il nous faudrait le plus tôt possible revenir aux décisions

du Conseil supérieur de la marine de 1900.

45 cuirassés répartis en 5 escadres à 8 unités, plus

5 cuirassés de remplacement.

14 croiseurs cuirassés (ce qui est à peu près le chiffre actuel.)

20 scouts.

60 grands destroyers, de 700 à 800 tonnes

84 torpilleurs.

64 sous- marins.

C'est ce programme qu'il faut reprendre, encore qu'il nous laisse inférieur à l'.^llemagne.

En tout cas, dans la Méditerranée, notre flotte doit être au moins égale, c'est un minimum, aux flottes réunies de

594 LA CRISE FRAMÇAISE

l'Autriche et de l'Italie. L'Angleterre concentre ses forces autour de la métropole. C'est donc à nous qu'incombe la tâche de maintenir la maîtrise dans la Méditerranée. Avec le programme voté à Paris et les armements décidés à Vienne et à Rome, notre flotte sera rapidement iusufGsante pour tenir tête à la flotte austro-italienne. Le programme de 1912 ne nous donne pas de garanties, même à cet égard.

Or, si pour l'armée de terre, une question capitale se pose, celle des effectifs, qui sont d'autant plus nombreux que la population est plus considérable, le relèvement ou la création d'une marine dépend de tout autre cJwae. C'est, avant tout, une question d'argent.

Si nous ne pouvons pas avoir une armée blanche aussi nombreuse que celle de nos voisins, nous pouvons nous constituer une flotte aussi forte que celle de V Allemagne parce que nous sommes plus riches et que, comme nous l'avons constaté (voir p. 483), les armements navals ne constituent nullement une perte d'argent pour k pays.

„ , . Si les effectifs n'ont pas, en ma-

Nos besoms . , » . ,

rme, la même importance que dans en personnel. i. , ., r . .

1 armée, il laut cependant avoir un

personnel sufGsant pour assurer le fonctionnement convenable de toutes les unités, ce qui n'est pas notre cas actuellement.

Voyons ce qui serait nécessaire pour la flotte de combat, seulement pour celle qui vient d'être votée par le Parlement :

28 ciiira8sé.s à 950 hommes 26 600

10 croiseurs cnirassc^s à 720 hommes. . . 7 200

52 cuntrc-torpilleurs à 70 hommes .... 3 640

94 sous-marins à 25 hommes 2 350

Relevés indispensables (congés, décès,

maladies, etc., etc.) 10000

49 790 hommes.

LES SOLLTIOX'S 595

Une nation comme la nôtre pourrait facilement trouver régulièrement 50 000 hommes pour le u service de mer n , mais pour cela il faudrait abandonner les anciens errements et se lancer dans une voie nouvelle.

Nous ne sommes plus au temps de la marine à voile. Tous les navires en bois étaient à peu près semblables ; il suffisait d'avoir passé sa jeunesse sur un bateau de pèche et d'avoir navigué au long cours, pour rendre des services sur uu navire de guerre, le lendemain de son arrivée. Seuls, les " canouniers " devaient avoir une instruction spéciale, et encore le bagage d'artillerie technique était-il faible à cette époque.

Aujourd'hui, chaque matelot doit recevoir une éducation spéciale. Les cuirassés sont devenus des organes mécaniques de précision, très difficiles à manier. Il faut des mécaniciens, des torpilleurs, des électriciens, des canouniers. Le tir demande un long apprentissage. On compte que, pour faire un bon spécialiste, il faut plus d'une année, question d'argent encore, et aussi de bonne organisation dans le recrutement du personnel. C'est ce à quoi s'emploie, d'ailleurs, M. Delcassé, ainsi qu'il a été signalé plus haut.

. Or, chez nous la question du per-

A propos , . , ^ ,. , , „

, ,,. . ^. sonnel est intimement liée a celle

de 1 inscription , ,,. . . .. ^

de i inscription maritime. On commantime. . . ,. . , ,

prend que jadis on ait créé cette

organisation qui, pendant de si longues années, fut la gloire de la marine française.

Contre des avantages spéciaux, elle assurait le concours de toute une population exercée aux choses de la mer.

Ces avantages sont entre autres : droit exclusif de se livrer à la pêche, certitude de jouir d'une retraite, droit de fournir seul les équipages de la marine marchande, etc.

5&6 LA ChISE FRANÇAISE

Mais cette œuvre, édifiée par Colberl, on plutôt par Seignelay son fils et successeuf, paraît maintenant arrivée à son terme.

Le défaut capital de cette institution est que les inscrits sont, en majeure partie, insuffisamment instruits par leur vie de pêcheurs pour rendre aujourd'hui à In marine des services ayant une qualité spéciale.

La loi de l'inscription maritime, quoique retouchée il y a peu d'années, n'a pas du reste fait disparaître les abus depuis lonjjtemps signalés. Klle admet encore, comme inscrits, une foule de gens qui naviguent exclusivement sur les rivières, les étangs et ne rendent aucun service, même à la marine marchande. Or, par un effet étrange, tandis que l'inscription maritime fournit, à peine, la moitié des marins dont notre flotte militaire a besoin, elle garantit en temps de guerre contre tout service un nombre considérable d'inscrits maritimes.

En effet, la loi sur l'inscription maritime stipule, très nettement « que les inscrits sont dispensés de tout autre service public que celui de l'armée navale ». Comme résultat, à la mobilisation, apr(^s que tons les services de la flotte jiuront été pourvus, il restera inutilisés de 45 000 à 50 000 inscrits environ, âgés de moins de cinquante ans !

D'autre part, comme il faut beaucoup de temps pour instruire les marins des différentes spécialités, le service de deux ans ne peut donc être appliqué dans la marine. Les marins doivent être aujourd'hui " gens de métier n .

C'est pourquoi, il nous faut des engagés à longs termes et contractant des rengagements.

Or, au 1" janvier 1912, sur 39 000 marins, il y avait 25 000 engagés et 14 000 inscrits maritimes seulement.

Dans ces conditions, il est facile de se rendre compte que, ni la marine de guerre, ni la marine de commerce,

LKS SOLUTIONS 597

n'ont intérêt à la conservation de Tinscription maritime qui ne correspond plus aux nécessités actuelles. Les contribuables auraient, eux aussi, un avanta«{e véritable à sa suppression, car elle coûte au minimum une quinzaine (le millions de francs par an. Voici Ion<^temps d'ailleurs que la question est à l'étude. Il faut qu'elle aboutisse, car la suppression de l'inscription maritime permettrait, en outre, de relever sensiblement nos effectifs de l'armée de terre. Comme on Ta vu, la mobilisation de la totalité do nus forces uavales laissera sans emploi de 45 à 50 000 inscrits. Il serait donc normal et lo<{ique de verser tout simplement dans les différents corps de troupe de l'armée l'excédent des ressources en hommes affectés, théoriquement mais non pratiquement, à la flotte. Le chiffre en vaut la peine. Cette solution a été déjà depuis longtemps préconisée mais elle n'a pas encore été adoptée, uniquement en raison de l'opposition des intéressés, soutenus par leurs représentants au Parlement. Là encore, donc, on constate l'action néfaste des politiciens d'arrondissement venant se mettre en travers des intérêts généraux du pays.

La question se trouve à nouveau posée par le projet de loi sur le recrutement de l'armée de mer dont le Parlement est saisi depuis plus d'un an.

Étant donné que, d'après ce projet, le ministre de la Marine serait libre de demander annuellement, à son collègue de la Guerre, l'affectation d'office à l'armée de mer d'hommes en quantité suffisante pour compléter les effectifs, il résulte que, par l'effet de cette seule disposition, le problème serait résolu ; le régime militaire devenant ainsi le même pour tous les Français, qu'ils soient destinés à l'armée de mer ou de terre. En outre, ce projet de loi permettrait de développer les engagements volontaires conformément aux nécessités de la marine.

Il convient d'ajouter que les inscrits maritimes sont

très hostiles à ce projet. Au dix-neuvième congrès de la Fédération nationale des syndicats d'inscrits maritimes qui a eu lieu, en décembre 1911, à Saint-Malo, l'ordre du jour suivant a été adopté :

Considérant que cette soi-disant réforme alBrnie la supériorité de l'élément militaire sur le civil ou plutôt le considère comme plus intéressant et plus méritant, qu'elle lui accorde ses faveurs au détriment de l'autre, au mépris de l'éyalité des citoyens français et de la justice, qu'elle dénie en partie le droit à la vie de ceux d'entre les marins qui en ne voulant accomplir que la période légale de service militaire sont convaincus de mieux servir les intérêts généraux du pays et de l'humanité, qu'elle modifierait la loi du 14 juillet 1908 (demisoldes) obtenue par les navigateurs après une lutte de vingt ans, qu'enGn elle tend à détruire l'inscription maritime :

Réclament la suppression des articles :

1" Etablissant les levées périodiques, les levées permanentes à l'âge de vingt ans étant conservées ;

2» Versant au recrutement de la guerre une partie du continent d'inscrits maritimes (art. 10, 23, 24, 26) ;

3" Mettant l'inscrit levé en demeure d'opter pour le service de deux ans ou pour un engagement de quatre ou cinq ans (art. 22) ;

4° Réservant les emplois civils à tous ceux qui ont fait plus de deux ans de service;

5" Réservant sur tous les navires subventionnés un certain nombre de place aux engagés. (Voir L' Ouest-Eclair, 17 décembre 1911.)

Dans ces conditions, il est certain que la discussion du nouveau projet de loi n'ira pas tout seul au Parlement.

11 faut vivement souhaiter que ce soit la solution conforme à l'intérêt général qui triomphe. Il y va de l'avenir de la marine française.

, , Au point de vue des arsenaux.

Ports et arsenaux. ^ . , , . , « » r •

nous avons considérablement a taire.

Sans être technicien, il suffit de visiter nos ports de guerre pour constater à quel point ils sont encombrés de vieilleries inutilisables, mal distribués, mal agencés et incontestablement inférieurs à des ports étrangers : Portsmouth et Kiel notamment.

Nous avons, en Europe, 5 arsenaux : Cherbourg, Brest, Lorient, Uochefort, Toulon et 3 établissements : Ruelle, Indret, Guérigny. Enfin un 6* arsenal, en Tunisie, Bizerte où la main-d'œuvre est surtout militaire, ce qui ne la fait pas marcher plus mal.

Deux de nos ports seulement, Toulon dans la Méditerranée et Brest à l'entrée de la Manche peuvent vraiment servir de point d'attache à des armées navales, parce que seuls ils sont susceptibles d'offrir aux grands cuirassés modernes la sécurité contre l'ennemi du large, les moyens de réparations, d'entretien et de ravitaillement.

Mais l'un et l'autre offrent le grave inconvénient de pouvoir être facilement bloqués, parce qu'ils n'ont qu'une entrée. Brest, surtout, a ce défaut au plus haut degré, à cause de l'étroitesse et de la longueur de son goulet.

Il est par conséquent indispensable que Toulon et Brest soient pourvus de ports auxiliaires, bien situés pour reposer ou ravitailler les navires qui seraient mis dans l'impossibilité de rentrer dans le port principal.

Dans la Méditerranée, nous avons, répondant admirablement à ce desideratum, Bizerte, mais il faudrait mieux protéger le port et l'arsenal, surtout du côté de la terre et outiller davantage les ateliers.

Dans la Manche, un seul port, celui de Cherbourg pourrait servir d'auxiliaire utile à Brest, mais il n'est protégé que par une digue fortifiée, par-dessus laquelle l'ennemi peut bombarder les navires sur rade.

Quant à Lorient et Rochefort, ils devraient disparaître de la marine, comme ports militaires. Lorient n'a qu'une

600 LA CRISK FRANÇAISK

rade étroite, mal abritée contre le large, et insuffisamment profonde. Malgré les petites améliorations qu'on pourrait y apporter, les cuirassés du type Danton ne pourront jamais remonter la rivière en pleine charge qu'un jour par mois, et encore! Pour utiliser Kochefort, il faudrait des travaux énormes et très coûteux.

Ne répartissons pas tous nos crédits entre ces cinq ports de guerre. Il est nécessaire de frapper un grand coup, d'améliorer les arsenaux réellement utiles et d'abandonner franchement les autres. De ce nombre est Hochefort et Lorient. Ce dernier ne devrait être conservé que comme port de construction avec ua état-major et un personnel (les plus réduits.

Enfin, dans tous les ports, il faudrait améliorer l'outillage qui est démodé à un degré inouï. Nos arsenaux ont ignoré les machines électriques jusque dans les dernières années. Partout, faudrait munir nos ateliers d'installations u dernier cri » .

- Les bassins demandent des trA-

Bassins.

vaux urgents. Aucun de nos ports

n'est en état de remplir convenablement le rôle qui lui

reviendrait en temps de guerre.

L'accroissement des unités de combat a fatalement une grande répercussion sur l'outillage des ports, notamment en ce qui concerne les u cales de radoub » . Or, à l'heure actuelle, nous manquons de bassins pour caréner et réparer les monstres nouveaux. Il faudrait achever au plus vite les quatre formes de Brest et les deux de Cherbourg.

Il faudrait en prévoir deux de plus à Toulon qui en auraient ainsi quatre et deux à Kizerte. Kn outre, Lorient, port de construction, devrait posséder, lui aussi, deux formes pour l'achèvement des grands cuirassés, après leur lancement.

Mais, pour toui» ces travaux, les crédits manquent tou-

jours. On les exécute également trop lentement. On met eu France plus de temps à construire un bassin de radoub qu'un cuirassé de 23000 tonnes.

Il est encore d'autres travaux indispensables à exécuter dans nos ports. Les nouveaux cuirassés risquent de s'échouer en rade de Toulon faute de profondeur. Un drajjatje immédiat des fonds s'impose donc.

A Brest, il faut fermer la ' rade abri » , afin d'empêcher la houle d'y pénétrer. A Cherbourg, la partie Est de la rade est encombrée au voisinage de l'île Pelée, par un banc de sable indispensable à supprimer.

La question des ouvriers des La question ^ , j , . i i i

arsenaux est une des taches les plus des ouvriers . - » ^ • i i • • » j

diinciles qu ait a rester le ministre de des arsenaux. i .. . »• . . . / .

la Marine. \ous avons constate (voir

p. 134) que nos arsenauxsont de véritables foyers d'anarchie.

La marine entretient, dans la métropole, plus de 25000 ouvriers, et cela ne suffit pas! Elle est obligée, chaque année, de faire appel à l'industrie privée pour la construction de ses bâtiments.

Les arsenaux militaires anglais occupent bien aussi une moyenne de 25 000 ouvriers, mais il n'y en a guère que 6 à 7 000 qui soient permanents, les autres sont des auxiliaires que 1 on embauche ou licencie, suivant les condi* tions du travail.

Si les ouvriers des arsenaux s'étaient syndiqués pour la défense de leurs intérêts professionnels, c'eût été parfait; mais ils ont profité de l'autorisation pour faire de l'agitation politique, pour injurier les chefs, etc. C'est par la menace, l'intimidation et le chantage, qu'ils prétendent obtenir du gouvernement l'amélioration de leur sort. Ils ne sont pas aussi payés que dans l'industrie privée, il est vrai, mais ils jouissent d'avantages appréciables :

secours, jours de repos et de congés payés, retraite. En outre, ils ue travaillent que huit heures, théoriquement, en réalité, sept heures, quelquefois six heures et demie. Quant à la production, elle est d'une faiblesse singulière.

A Toulon, on travaille le moins possible. L'arsenal est considéré comme une sorte de maison de retraite anticipée précédant la vraie, la définitive. C'est cet état d'esprit qui explique que nos arsenaux mettent plus de temps à construire un submersible de 400 tonnes que l'Angleterre ou r. Allemagne à construire et faire entrer en service un cuirassé de 25 000; cela parce que les contremaîtres n'ont plus d'autorité et que les ouvriers ne leur obéissent plus, comptant sur l'indulgence du Parlement.

L'esprit des syndicalistes des arsenaux est encore caractérisé par ce fait scandaleux que raconte Le Temps (19 mars 1912) :

Deiu ouvriers de l'arsenal de Cherbourg étaient surpris, il y a un mois, sortant fraudulensement des matières dérobées dans les services dont ils dépendaient. Ils ont été condamnés pour vol par le tribunal maritime, mais les peines ont été suspendues par la loi de sursis. Le préfet maritime n'a pas voulu perriiettre leur rentrée à l'arsenal, ce qni est de toute justice.

Ces deux ouvriers étaient membres du Syndicat dis travailleurs réunis du port de Cherbourg , autrement dit le syndicat rouge de l'arsenal, dont le titre n'aurait certainement pas paru à propos dans cette affaire si ce groupement n'avait voulu faii'c acte de solidarité avec les deux voleurs. Il vient, en effet, de publier le procès-verbal de sa dernière séance dans lequel on lit :

Le bureau fera le nécessaire pour demander un secours pour deux camarades qui ont eu la loi de sursis denant le conseil de guerre et se voient mis à la porte de l'arsenal par ordre préfectoral; le nécessaire sera fait auprès du ministre.

Le syndicat estime sans doute que les vols perpétrés par les deux ouvriers ne leur ont pas assez rapporté et qu'ils ont droit à une compensation.

Un pareil état de choses nVst-il pas intolérable et le ministre de la Marine n'a-t-ii pas pour devoir absolu de se faire obéir?

Comment pourrait-il faire pour obtenir ce résultat?

Voici l'opinion d'bommes qui pensent uniquement a l'intérêt de la marine.

Maintenant qu'on amis, tout récemment (10 mars 1912) à Paris, un amiral à la tète de la Direction générale, comprenant les constructions navales, l'artillerie, etc., il faudrait aussi que, dans les ports, un contre-amiral ou un capitaine de vaisseau soit mis à la tète de l'arsenal, avec tous les services sous ses ordres. Il communiquerait avec la Direction générale de Paris, et donnerait lui-même des instructions au\ divers chefs de service.

La marine, étant une institution militaire, doit appartenir aux militaires et non aux corps auxiliaires.

Il est regrettable que la réforme de M. Delcassé ne vise que l'administration centrale. Dans les arsenaux, c'est le vice-amiral Préfet maritime qui commande en chef. Il a sous ses ordres, un contre-amiral, chef d'état-major, et un major général. Celui-ci devrait être en temps de paix le directeur de l'arsenal puisque, en temps de guerre, il le serait de par les règlements. Mais actuellement, pendant la paix, il ne dirige guère que la police de l'arsenal. Le vrai Directeur dans la pratique est l'ingénieur, chef du service des constructions navales. Chaque chef de service est d'ailleurs son maître. De là des retards, des rivalités dont les conséquences sont néfastes.

Une direction unique est donc nécessaire, indispensable, sinon les abus et les erreurs du passé se reproduiront toujours, pour le plus grand dommage de la marine. Nos arsenaux ont besoin d'une ré/orme radicale, d'un commandement absolument militaire, avec un chef responsable. En Allemagne, il en est ainsi. Si nous adoptions ce

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système, la discipline reuaîtrait vite et avec elle rautorité des directeurs, des contremaîtres et des surveillants.

Mais, en même temps, il faudrait être constamment équitable et assurer aux ouvriers des arsenaux toutes les t'ois qu'ils le méritent le meilleur salaire possible. La fermeté n'exclut pas la bienveillance ni la justice, au contraire.

Bien entendu, la remise en ordre des arsenaux comporte l'expulsion des quelques douzaines d'anarchistes connus qui s'y trouvent. Aucun argument ne peut être invoqué en leur faveur. Ces cléments de sabotage et de trahison doivent être éloignés sans délai des instruments de la défense nationale.

Quant à la militarisation des ouvriers des arsenaux que la majeure partie des offlciers de marine estime comme une condition nécessaire du travail et du bon ordre dans nos établissements militaires, mesure dont les ouvriers ne veulent pas, il faut noter qu'elle pourrait ne toucher qu'un nombre relativement restreint d'ouvriers.

En effet, tous les ouvriers des arsenaux qui sont employés aux cnnsIrucUous neuves peuvent continuer à être payés aux pièces comme dans la grande industrie. Par conséquent, leur rendement en travail est susceptible d'être excellent et il l'a été dans les dernières années, ainsi que l'ont prouvé la construction rapide de nos grosses unités.

La militarisation ne s'appliquerait qu'aux ouvriers travaillant à réparer lajlotte déjà construite, où, le travail aux pièces n'est pas possible.

Il suffît de visiter un de nos ports de guerre pour se convaincre que l'état de chose scandaleux actuel ne saurait se prolonger. Des pertes de temps incroyables et systématiques, des gabegies s^ns excuses ont pour prétexte les réparations faites à la flotte. C'est donc seulement pour le groupe d'ouvriers affectés à ces réparations que la militarisation s'impose.

LES SOLUTIO.VS mS

Toutes les fois qu'il a été (juostion de cette mesure, ceux qu'elle peut toucher font aussitôt intervenir leurs députés qui marchent avec d'autant plus d'ardeur que la perte de leurs électeurs impliquerait peut-être leur brusque disparition du Parlement.

Ces démarches politiciennes ont pu avoir de l'influence sur un tjouvernement politicien, elles devraient rester sans effet sur un gouvernement véritablement national.

Comme le fait remarquer M. Chantemps, l'ancien ministre, la situation des ouvriers des arsenaux n'est pas si terrible qu'ils veulent bien le dire.

Débuter à 4 francs par jonf pour huit heures d'un travail qui n'a rien d'acharné, avec donze jours de vacauices payés, les frais de traitement en cas de maladie et une retraite d'nn minimum de 600 francs après vingt-cinq ans de service, ne sont-ce pas là des conditions d'existence, si modestes qu'elles soient, qu'envieraient la majorité de nos travailleurs de la terre ?I^ Parlement est d'ailleurs disposé à faire mieux encore, et il est tout prêt notamment à donner des allocations supplémentaires aux ouvriers chargés de famille. (Xoir L'Evénement, cHv par Le Matin, 21 février 1912 )

Mais, en échange de ces avantages, la nation a le droit d'exiger des garanties, elle aussi, de ceux à qui elle confie le soin de sou matériel naval. Que la question de la militarisation soit donc sérieusement étudiée et si elle est vraiment reconnue comme nécessaire qu'on l'applique sans délai. Les préférences de quelques milliers d ouvriers ne doivent pas peser un atome quand il s'agit de l'intérêt supérieur et de la sécurité du pays.

Telles semblent, en raccourci, les nécessités les plus urgentes de la défense nationale : Si les pages qui les concernent ont quelque valeur, je tiens à en reporter tout l'honneur aux excellents Français qui ont bien voulu m'aider à me documenter et à dégager des idées nettes.

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