VI, POLR OLE LE VOTE SOIT VÉRITABLEMENT UNIVERSEL
Le futur Parlement français ne sera jamais une représentation fidèle et vraie de la nation tant que le vote ne sera pas réellement universel et sincère. L'universalité du vote peut être obtenu au moyen de certaines réformes.
^ V,- * • I'« première condition du vote
Le vote obligatoire. ' , , ,., ,, 1 1-
universel, c est qu li soit obii<]atoire.
Le nombre considérable des abstentionnistes en France (voir p. 630) rend cette mesure indispensable. Est-il admissible d'ailleurs qu'un citoyen puisse se désintéresser du sort du pays au point de ne pas même exprimer ses préférences sur ceux qui sont chargés de procéder à sa gestion? Le vote n'est pas seulement un droit, il doit être envisagé comme un devoir au même titre que le service militaire. Mais il est évident que le vote ne deviendra effectivement obligatoire que si, comme en Belgique, où il est en vigueur, des sanctions très sérieuses assurent l'application de cette obligation légale.
Seuls les électeurs dans l'impossibilité matérielle absolue dûment constatée d'aller voter sont dispensés de déposer leur bulletin dans l'urne. Une amende frappe les abstentionnistes sans excuse valable. Xe pourrait-on pas décider chez nous que cette amende serait proportionnelle au chiffre des impôts payés par le délinquant? Par ce procédé, on arriverait à réprimer la faute de l'abstentionniste proportionnellement à l'intérêt qu'il a à la bonne gestion des affaires de la nation?
LKS SOLLTIOMS 653
Après le voU' oblijiatoire, se pose Le vote plural. ... . .11 •
la question du vote plural qui, en
raison de son équité, senjble devoir être adopté dans une
démocratie vraiment éduquée, oryanisée, consciente de
toutes les réalités sociales.
Comme nous l'avons déjà remarqué, les députés ont à représenter non pas seulement les électeurs inscrits, mais toute la nation, donc aussi les femmes et les enfants. Far conséquent, il semble tout à fait logique de donner d'abord une voix à cbaque électeur puis ensuite une seconde voix à cliaque électeur, père de famille. Cette seconde voix étant représentatrice de la quote-part d'intérêt de la femme et des enfants à la bonne gestion de la collectivité sociale. Le vote du chef de famille sera particulièrement justifié tant que le vote des femmes n'existera pas chez nous.
On peut encore soutenir qu'il faudrait attribuer une voix à l'électeur muni de certains diplômes d'Etat. Une démocratie comprenant l'intérêt que comporte pour sa bonne direction l'influence des élites intellectuelles s'honorerait en adoptant le principe du vole capacitaire. Aucune raison sérieuse ne permet de le combattre, si ce n'est des objections d'ordre non pas démocratique mais démagogique.
Enfin, il faut prévoir un prochain Le vote • n * * • ■ 1 *
avenir. Il est certain qu en voulant des femmes. , , ^ ^ . . .
rendre le sulirage vraiment universel, on aboutira logiquement au vole des femmes. C'est là un problème politique qu'on ne peut plus traiter par de simples plaisanteries. Etant donnée la place de plus en plus grande que prennent les femmes dans lindustrie et dans la vie économique, il n'y a pas de bon argument qui permette de leur refuser le droit de suffrage.
Peut-on prétendre que la femme n'a pas son mot à dire
sur des charges publiques dont elle supporte aussi sa part?
Les craintes qui ont été exprimées sur le droit du vote concédé aux femmes n'ont pas de fondement sérieux. Des colonies anglaises ont accordé le droit de suffrage aux femmes. Il n'en est résulté aucune révolution dans la vie publique. Dans des régions des États-Unis où les femmes votent, les conséquences de cette réforme ont été plutôt satisfaisantes. Dans ces divers pays, le seul résultat général qu'on a pu constater du vote des femmes a été de rendre insensiblement la législation plus compréhensive et plus large. Peut-on dire que ce soit là un mal?
Un peu partout, dans le monde d'ailleurs, même eu Chine, l'idée du vote des femmes est en progrès. Il sufût de regarder ce qui se passe de l'autre côté de la Manche. Grâce à leur remarquable organisation, à leur volonté, à leur opiniâtreté, les suffragettes anglaises sont sur le point de faire triompher leurs revendications en dépit de tous les obstacles. Seules leurs récentes et excessives violences ont retardé leur succès. Comme en Angleterre le nombre des femmes adultes dépasse de un million celui des hommes, il est hors de doute qu'elles aboutiront, et avant qu'il soit longtemps. Déjà, elles ont cause gagnée auprès d'un certain nombre de ministres actuels. Sir Edward Grey, Lloyd George, lord Haldaneau début de décembre 1911 se sont déclarés publiquement partisans du vote des femmes.
Sir Edward Grey, le chef du Foreign Office de George V, parlant à V Horticullural Hall, à un meeting organisé par la Womem Libéral Fédération , n'a pas hésité à dire :
Tant que les femmes n'auront pas le droit di^ voter, les hommes pourront parler autant qu'ils voudront de di'mocratie et de gouvernement du peuple par le peuple, cela n'empêchera pas que la représentation du peuple sera absolnment incomplète. Ia-s femmes D'ont-ellos pas une part pour le moins aussi
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grande que cflU- des hommes dans le succès et la pruspérité dn pays?
Puisque les femmes rendent au pays de grands services, elles doivent pouvoir faire entendre leurs voix. (Voir Le Matin, 17 décembre 1912.)
Or, étant donnée la pénétration universelle des idées, croit-on qu'une réforme aus.si considérable que le vote des femmes restera localisée en Angleterre? Il est im|)o.><sible de le penser raisonnablement. Kn France, le mouvement en fa\eiir du vote des femmes a déjà abouti à certain résultats. Déjà, les femmes \otent pour les élections aux tribunaux decommerce et aux conseils de prud'hommes. Des projets de loi demandent que le suffrage législatif leur soit égalemeut conféré.
La conséquence du vote des femmes chez nous serait vraisemblablement d'incliner plus encore le législateur à renforcer les lois qui protègent la mère, l'enfant et la famille. C'est là «n résultat dont on ne pourrait que se féliciter.
.assurément, en France, nous ne sommes point encore préparés à l'idée du vote des femmes. La question traînera donc encore sans doute plusieurs années. Lorsqu'elle prendra un caractère plus aigu, peut-être, pour la trancher, pourrait-on adopter chez nous le procédé que conseille Théodore Roosevelt aux États-Unis, c'est-à-dire instituer un référendum féminin. Si les femmes en majorité dema«.ndent le droit de vote, il est probable qu'en présence d'une pareille manifestation, les hommes se rendront galamment à l'expression d'un désir dont le temps ne fera que démontrer la légitimité.
Quoi qu'il en soit, tout en faisant la part de nos préjugés actuels, considérons que l'extension du droit dévote aux femmes est du domaine de l'équité électorale et du prochain avenir. Envisageons donc cette hypothèse sans parti pris et sans animorsité.
6S6 LA CRISK FRAXCAISE