IV. — l'appel a la violence
A mesure que l'affaiblissement du pouvoir central et tutélaire se manifeste, les signes de la civilisation disparaissent. L'appel à la violence, à la force, cet vllima ratio des sociétés primitives, devient chez nous d'un emploi de plus en plus fréquent.
p L'habitude s'introduit peu à peu
dans le pays, constate Le Temps (6 mai
et action du-ecte. mnx j -..i >
1911), de recourir aussitôt qu on croit
avoir un sujet de plainte à l'action directe. Les Pataud et autres
syndicalistes n'en ont plus le monopole. Les hommes sérieux,
des propriétaires, des bourgeois emploient à tout bout de champ
les procédés révolutionnaires préconisés par la C. G. T.
Dès qu'une commune ou un département désapprouve une
mesure administrative ou législative, on organise une petite
insurrection en règle, avec refus de l'impôt, refus d'obéir aux
réquisitions militaires, drapeau rouge, chant de V Internationale ,
insultes aux préfets, sous-préfets et antres agents du pouvoir
central, sans oublier au besoin les attentats contre les personnes
et les propriétés, le pillage et l'incendie.
La violence au nom ^'"'^ ^'^PP^^ ^ ^^ violence tend à
de l'Humanité. ^^ généraliser et, aberration prodi-
gieuse, au nom de l'Humanité et du progrès social!
Le citoyen Baritaud, arrêté pour propagande autimilita-
liste à l'aide de l'œuvre du Sou du Soldat, déclara au juge d'instruction M. Boucard :
Nous sommes des humanitaires qui cherchons le bien de nos camarades. Xous estimons que les soldats ne sont pas faits pour tuer leurs frères. Xous avons horreur du sang.
Mais, cette horreur du sang ne gêne nullement les amis de M. Baritaud pour assommerlesjaunes qui veulent travailler.
M. Boucard répondit d'ailleurs au citoyen Baritaud en lui montrant une lettre d'un des soldats subventionnés par le Sou du Soldat, lettre dans laquelle on lisait :
Je sais bien de quel côté le moment venu le sang devra couler. (Voir Le Malin, 13 juillet 1911.)
Comment un homme dont les méninges sont encore en bon état peut-il se laisser séduire, même un instant, par les « bêlements " humanitaires que nous prodiguent les protagonistes de la société future, alors que toute leur doctrine sociale se trouve, en somme, résumée dans cette phrase écrite sur une carte postale saisie chez l'anarchiste Manhes soupçonné de sabotage?
Pour taincre les ennemis du prolétariat, il nous faut détruire, encore détruire, toujours détruire, car l'esprit destructeur est en même temps l'esprit constructeur. (Voir L'Écho de Paris, 16juUlet 1911.)
Cette dernière afGrmation montre l'effroyable inconscience et même l'infériorité cérébrale des partisans du progrès par la nolence. Que les anarchistes sachent détruire ! Personne ne le conteste. Mais qui donc nous prouvera qu'ils sont capables de reconstruire quoi que ce soit, alors que le citoyen Jaurès, malgré de multiples mises en demeure, est encore incapable de nous donner même une simple esquisse de la fameuse société future?