II. INDICES FACHEUX DANS l'oRDRE MORAL
Les progrès
de la pornographie.
Même ceux qui ne la font pas « à la vertu " et ont horreur des « Tartufes " sont obligés, en se plaçant au point de vue de l'intérêt national, de reconnaître le danger des progrès de la pornographie. A l'étranger, notre littérature par ses tendances trop sensuelles nous fait le plus grand tort en donnant de la France une idée complètement fausse. Dans certains pays, le Français est considéré comme incapable d'avoir une famille et de conserver à son mariage une dignité durable. En France même, les manifestations pornographiques sont devenues si abondantes qu'au conseil municipal de Paris, M. Marcel Habert a protesté, le 10 juillet 1911, contre l'immoralité sans limite de certains journaux qui, en raison de leurs
112 LA CRISE FRAXÇAISE
récits licencieux, contribuent à démoraliser la jeunesse française. Le conseil municipal a accueilli avec faveur les idées de M. Marcel Habert. Mais le préfet de police, M. Lépine, mis en cause, a dû répondre qu'en bien des cas il est désarmé et que le plus souvent le délinquant bénéficie d'une indulgence déplorable. (Voir Le Matin, 1 1 juillet 1911.)
Il y a le parquet, le juge d'instruction et l'avocat, il y a le tribunal et souvent la poursuite ne va pas jusqu'au bout. Au nom de la liberté de l'art, on fait signer des protestations par des noms connus et généralement la poursuite est arrêtée, le juge d'instruction qui la dirige ne se souciant guère de passer pour un puritain, un homme à idées étroites, un ennemi de l'art.
En réalité, rien de sérieux n'a encore été fait pour réprimer la pornographie. Les mêmes journaux bien connus continuent à publier leurs petites annonces scandaleuses, les mêmes exhibitions vicieuses sous toutes les formes ont lieu librement et la France conserve auprès des pharisiens étrangers la réputation bien assise d'être le pays le plus licencieux de la terre. Certes, les étrangers confondent les excès de quelques milliers de personnes avec le pays tout entier qui, dans l'ensemble, repousse ces aberrations. Mais, il faut bien le reconnaître, les apparences sont contre nous.
Notre théâtre ^***^^ théâtre ne donne pas aux
contribue à fausser étrangers une opinion plus juste de
,. „. . la France que notre littérature.
1 opmion ^
des étrangers ^^ Doumic, dans La Revue des
sur la France. Deux Mondes {\h \uï\\ci 1911), a fait
un réquisitoire justifié par le fait que notre théâtre s'attache de plus en plus à mettre sur la scène la peinture des milieux les plus tarés. On oriente
ainsi le goût du public vers les sujets les plus faisandés, sans qu'on puisse même invoquer le fameux prétexte de l'art, car il s'agit, en fait, de déformations systématiques de la réalité. Comme le dit Junius : u. Xotre société ne tient tout de même pas tout entière dans un ramassis de coquins ou d'apaches en habit noir, r (Voir L'Echo de Paris, 31 juillet 1911.)
Sans doute, mais comment empêcher les étrangers qui assistent à nos spectacles de nous juger par ce que nous leur montrons comme représentant la vie française?
j. , , A la place d'enfants, nous voyons
,, . très fréquemment des gamins de dix
ou douze ans, d'un égoïsme féroce, avertis sur tout ce qu'ils ne devraient pas encore savoir, et qui pensent parfois avec le cynisme de vieux criminels.
Cette disparition rapide de la naïveté charmante de la jeunesse se peut constater dans tous les milieux sociaux.
De toute évidence, elle tient aux lectures prématurées, aux fréquentations tàcheuses, à l'indifierence des instituteurs ou des parents qui pour avoir la paix cèdent à leurs enfants. C'est, en petit, dans la vie familiale, ce qui se passe en grand dans les cercles gouvernementaux : la capitulation du pouvoir devant les ennuis de la résistance nécessaire. Les lois sociales mal faites exercent aussi une pernicieuse influence. Par exemple, celles qui font obstacle à l'apprentissage amènent une partie des enfants du peuple à passer leur vie dans la rue. 11 résulte de toutes ces causes une véritable crise d'anarchie infantile. Même les gamins se mêlent du sabotage des voies ferrées. Le 25 juillet 1911, Auguste Téveneau, onze ans, tenta de faire dérailler un train entre les gares de Seignelay et Héry. Le 27 juillet 1911, Gabriel-Jean Teyseneau, âgé de douze ans, plaça un billot de bois sur la voie ferrée non loin de
114 LA CRISji FRA\ÇAISK
la gare de Maigaux. (Voir La Libre Parola, 31 juillet 1911.)
Le 9 août 1911 , on constata près de la gare de Cherbourg que deux Gis de transmission de signaux avaient été reliés ensemblp et immobilisés. Le coupable, un gamin de douze ans, qui jouait près de la voie avec plusieurs camarades déclara :
J'ai attaché les fils, pour faire arrêter les trains transatlantiques. Ceux-ci emmènent beaucoup de gens riches et nous avions l'intention de mendier et de récolter pas mal de gros sous. (Voir Le Journal, 12 août 1911.)
Le 19 octobre 1911, entre les Mureaux et Epone, le? fils des signaux furent emmêlés. Les coupables étaient trois gamins de onze, dix et neuf ans, Albert Guérin, René Paulie et Paul Le Gouverneur qui s'étaient amusés à jouer a au sabotage » . (Voir Le Petit Journal, 17 mars 1912.)
Quand des enfants en arrivent à un pareil degré de désinvolture, comment s'étonner d'en voir d'autres s'insurger contre tout ce qui les contraint?
A Morestel, dans le canton de Goncelin, près de Grenoble, les élèves de l'école primaire, mécontents de leur instituteur, arborèrent le drapeau rouge, le II octobre 1911. Soutenus par leurs parents , ils décidèrent de ne plus rentrer à l'école tant que l'instituteur n'aurait pas été changé. (Voii: Le Journal, 12 octobre 1911.)
Il ne se passe plus guère de mois maintenant, constatait Le Petit Journal (14 octobre 1911), sans qu'on ne nous signale des mutineries de ce genre dans nos écoles primaires. Pour un oui ou pour un non, parce que l'instituteur est trop sévère ou que le physique de l'instituteur leur déplaît, moutards et moutardes lèvent l'étendard de la révolte. Toute cette marmaille crie, piaijle, s'agite comme de vrais grévistes. On arbore le drapeau rouge; on parcourt les rues en cortège. Dernièrenient
LES FA|TS i|f
à Marseille, des écoliers en grève allèrent même tenter le débauchage des élèves d'antres écoles. Vous verrez qu'un dç ces jours, on en viendra à la chasse aux renards, contre les petits garçons qui veulent continuer à aller en classe.
En attendant ces galopins vous chantent V Internationale comme père et mère et même hélas ! avec père et mère... Car, trop souvent, comme il arrive, en ce moment, à Morestel, les parents se solidarisent avec les enfants et manifestent avec eux contre le maître d'école.
Cette méthode se retournera contre eux; qu'ils y prennent yarde. Quand leurs gosses auront bien chanté V Internationale et bien brandi le drapeau rouge à l'école, ils rechanteront cet hymme de haine et rebrandiront cette loque d'émeute au foyer familial... Tant pis pour les parents qui n'ont pas prévu cela! En rninant l'autorité du maître d'école, c'est leur propre autorité qu'ils ruinent en même temps...
Et puis, on s'étonne et l'on se plaint après cela des développements de la criminalité juvénile... Parbleu!... .\ qui la faute?
Les jurés de la dernière session des assises de la Seine de 1911 ont été tellement frappés du jeune âge de la plupart des inculpés qu'ils émirent le vœu :
Que la responsabilité entière et absolue des inspirateurs directs ou indirects et des applogistes des crimes, perpétrés ou non, soit nettement établie et poursuivie, et que cette responsabilité soit même considérée comme plus grave et punie beaucoup plus sévèrement que le fait lui-même. (Voir Le Petit Journal, 2 octobre 1911.)
Quant aux causes de cette criminalité, l'éminent avocat Henri-Robert les indique nettement. Ce sont la désunion des familles, le défaut de surveillance, les mauvaises lectures, l'alcoolisme, la publicité effrayante faite par les journaux à tous les criminels. (Voir ExceUior, 17 janvier 1912.)
m. i,A FRÉQUENCE ET LA GRAVITÉ DES SCANDALES FINANCIERS
Depuis longtemps, d'une façon presque périodique, de prodigieux scandales, déterminés par la passion effrénée de l'argent, éclatent dans notre pays. Le Panama est encore dans toutes les mémoires; bien d'autres ont suivi.
On se souvient que, pour faire Le milliard , , i ' ♦• j
accepter par les masses 1 action de des Congrégations, ,, '^ ^ , i - x- i-
^ ^ 1 Etat contre les congrégations reli-
gieuses, on lança dans les milieux populaires la formule du « milliard des congrégations » , grâce auquel on créerait les retraites ouvrières.
Rarement gouvernement jeta à la foule apprit plus grossier, plus démoralisant et plus mensonger? Qu'a-t-il pu entrer du fameux milliard dans la caisse des retraites ouvrières, alors que le milliard lui-même s'est évaporé, volatilisé pour tant de raisons? Le milliard se réduira finalement à 60 millions environ, a déclaré M. Emile Combes luimême, au Sénat, le 26 mars 1912. Au seul point de vue économique, la liquidation des congrégations a été une énorme erreur. Elle n'a eu d'autre résultat que de faire baisser dans des proportions considérables le prix d'un grand nombre d'immeubles dont la valeur résultait précisément de leur destination spéciale. Aussi, quand les ventes ont pu être réalisées, elles l'ont été dans la plupart des cas pour presque rien.
Peut-on encore considérer comme un succès d'avoir tué l'affaire si française de la Chartreuse, d'avoir anéanti tout le bien qu'elle faisait à la région de Grenoble et de l'avoir contrainte à émigrer en Espagne?
En réalité, seuls les avocats, les avoués ont tiré avantage des liquidations. Au 31 décembre 1906, les honoraires des avocats se montaient déjà à plus d'un million et
cependant la plupart des avocats n'avaient eu ni dossier à étudier, ni plaidoirie à faire. En général, ils n'eurent qu'à déclarer s'en rapporter à la justice du tribunal. Quant aux liquidateurs, l'affaire Duez a prouvé que certains d'entre eux se sont livrés à un véritable brigandage qui, quoique aisé à constater, a pu durer plusieurs années sans l'ombre d'une répression du pouvoir central.