ENVERS LES INDIGÈNES
Des mécomptes graves nous attendent dans nos territoires d'outre-mer. Ce sera, certes, l'une des gloires de la troisième République d'avoir su profiter des circonstances pour reconstituer à la France un splendide empire colonial.
Des trésors d'intelligence, d'activité, de dévouement ont été prodigués par quelques milliers de Français pour acquérir nos nouvelles possessions.
Pourquoi faut-il que notre esprit politicien et sectaire
122 LA CRISE FRiW'ÇAISE
transporté outre-mer vienne compromettre les magnifiques résultats que lious sommes en droit d'espérer?
^ ■ ■ „, . Il Y a peu d'années, i'ai rapporte
Enindo-Chme. ,,. J „^. ,,. '/ . r^ .,
a Indo-Cnine 1 impression très nette
des charges excessives, des tracasseries inutiles et exaspérantes que notre administration impose aux Annamites. Depuis, leur détachement de nous n'a fait que s'accroître. L'éloignement de la métropole masque pour les Français de France cette situation fâcheuse, mais maintenant nous voyons nos rapports se tendre même avec les indigènes de notre colonie la plus rapprochée, les Arabes d'Algérie.
,,. . ^. , Pour certains d'entre eux, la
L émigration arahe. ., ,. , , . .
situation est devenue si insupportable qu'ils préfèrent fuir notre domination, vendre leurs terres et émigrer dans d'autres pays musulmans, en Syrie notamment. Ce mouvement d'émigration a commencé en 1910 dans le département de Constantine. Plusieurs milliers d'indigènes sont partis de l'arrondissement de Sétif. 1 200, en I9II, ont quitté la région de Tlemcen. L'émigration a recommencé récemment dans l'arrondissement de Sidi-Bel-Abbès.
M. Eugène Gross a cherché quelles pouvaient bien être les raisons de cette émigration si inquiétante. Il est arrivé aux conclusions suivantes qui ont paru dans L'Echo d'Oran.
Ce mouvement surprenant de notre population indigène provient d'un mécontentement qui a trois causes principales :
1° L'arbitraire administratif qui pèse de la façon la plus dure sur les indigènes.
2° Les indigènes sont indignés de constater que les charges fiscales qui pèsent sur eux sont beaucoup plus lourdes qlie celles que sUpportctit les Européens. Les indi-
LES FAITS tié
gènes payent, en effet, d'abord les impôts européens. En outre, ils ont à payer les impôts, dits arabes, qui sont perçus sur eux sans le moindre ménagement.
3° La situation économique va en empirant. Le crédit n'est pas organisé pour les indigènes. Les banques n'écoutent point leurs demandes et ils sont contraints de s'adresser à des usuriers qui absorbent bien vite leur petit avoir.
Ce sont ces différentes raisons qui ont exaspéré bon nombre d'Arabes. Convaincus qu'il leur est impossible de faire entendre leurs justes doléances, ils ont préféré fuir la domination française {Voir Le Temps, 31 octobre 1911.)
Si l'injustice des politiciens, leurs concussions parfois, si l'arbitraire de certains fonctionnaires ne trouvent pas une barrière solide aux colonies, nous marchons en cas de guerre aux plus graves insurrections, en Indo-Chine et dans nos possessions méditerranéennes.