II. LES RÉSULTATS DE l'eNSEIGNEMENT PRI.MAIRE
L'enseignement primaire! C'est là qu'est le grand mal. Après 1870, on a dit : u L'instituteur allemand a vaincu la France " et on compta sur l'enseignement primaire pour refaire la nation. Or, toujours, comme conséquence de la
feTf LA CRISE FRANÇAISE
Crise générale qui suivit l'Affaire, rantimilitarismc et Tinternationalisme sont devenus les doctrines préférées de très nombreux instituteurs. Ceux-là donnent donc aux enfants du peuple un enseignement qui n'est pas résolument national.
.„,^ . , . La faillite technique de l'ensei-
Faillite technique. ' ,...,.
gnement primaire est un tait indéniable, en dépit des sacrifices considérables qui ont été faits en sa faveur. 120 millions et plus sont consacrés aux traitements des instituteurs; nous avons 112 000 maîtres. Or, voilà le résultat de l'interrogatoire de jeunes soldats sur des questions d'histoire et de géographie générale.
Sur 50 soldats, 37 seulement savaient ce qu'était Jeanne d'Arc, 36 savaient ce qu'était Henri IV, 36 savaient de qui il s'agit quand on parle de Napoléon, 38 connaissaient en quoi consiste la question d'Alsace- Lorraine, 12 l'ignoraient complètement dont 4 ont été pendant 5 ans à l'école. Sur ces 50 soldats, 25 seulement avaient de vagues notions sur Bismarck. A la question posée : '1 Qu'est-ce que la patrie et quelle est votre patrie, » 43 ont pu répondre, 6 l'ignoraient absolument. Un a répondu : c'est une vie chrétienne.
Même à la question : qu'est-ce que la « Grande Révolution " de 1789, 25 ont pu répondre à peu près, 25 l'ignoraient absolument dont 14 ayant été au moins pendant 5 ans à l'école primaire! (Voir L'Opinion, 25 novembre 1911.)
Mais il y a pis.
Sur l'initiative de M. Ferdinand Buisson, la loi du 29 juillet 1910 a établi qu'un examen annuel de l'instruction primaire des conscrits aurait lieu, comme en Suisse. Cette loi vient d'être appliquée. Les premiers résultats de cet examen sont pitoyables , constate Excelsior (9 janvier 1912). '
On a découvert une moyenne d'illettrés qui monte à 8,6 pour 100 et d' « insuffisamment instruits » qui atteint 16,5 pour 100.
LÈS CAlSES iih
Les ignorants représentant donfc phis d'nn qilart!... Parmi léS conscrits interrogés, certains ont placé, immédiatement autour de la France : la Cochinchine, le Congo, la Turquie, la Russie et même l'Amérique.
D'autres estiment que Louis-Philippe, saint Louis et Napoléon I" se sont succédé sur le trône de France depuis 1870. D'autres encore affirment avec autorité que les députés sont nommés par les préfets.
Il est attristant, dit Le Temps (22 décembre 1911) de constater que 25 pour 100 de nos soldats sont illettrés ou à peu près à leur ai-rivée soUs les drapeaux. 345 soldais par régiment, ce qui est énorme, vont suivre lés cours de l'école primaire à là caserne.
Car, en effet, par une singulière transposition de fonctions, ce sont les officiers qui doivent enseigner à lire aux conscrits, ce que n'ont pas su faire les instituteurs.
Il le faut bien en présence de la situation désastreuse qu'on constate. D'après L'Echo de Paris (7 janvier 1912), au 71' de ligue sur 716 recrues incorporées, 161 jeunes soldats sont complètement illettrés, soit 30, 80 pour 100.
Ces résultats paraissent encore Comparaison , , ... ^ . .
...^ plus humiliants quand on les coni-
avec letranger. < i
pare a ceux obtenus par nos voisins.
Un examen passé par des matelots anglais a permis dé constater que ^ trois seulement ignoraient ce qu'étaient leà États-Unis. Un seul n'a pu rien dire sur Wellington et Shakespeare. Tous connaissaient Napoléon " . (Voir Ife Specfàior, Cité par L'Opinion, 30 décembre 1911.)
En Suisse, Tfexamen des recrues de 1910 a donné ce résultat : à peine un peu plus de un pour 1 000 ne savait pas lire. Un pour 100 seulement lit difCcilement. (Voir Le Temps, 27 janvier 1912.)
En Prusse, les résultats sont encore plus remarquables.
En 1910, sur le chiffre total des recrues incorporées
(armées de terre et de mer) soit 163 320, on n'eu trouve que 0,02 pour mille d'illettrés. Ainsi, en 1910, l'armée prussienne compta 36 hommes seulement illettrés. (Voir Le Temps, 28 janvier 1912.) La nôtreen compte de 1 1 à 14000, suivant les années. (Voir Le Temps, 30 décembre 1911.)