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CONTRE LES INTÉRÊTS GÉNÉRAUX DE LA NATION

L'idée du syndicalisme professionnel est profondément juste et légitime. Mais cette conception est actuellement

faussée chez nous, comme tant d'autres. Si l'on ne veut pas se payer de mots, il est évident que, dans la plupart des cas, les syndicats constituent maintenant en France des États dans l'État, parce qu'ils ont été détournés de leur but initial et qu'ils se préoccupent avant tout de défendre les minorités qu'ils représentent sans se soucier de savoir si ces intérêts sont conformes ou non aux intérêts généraux de la nation.

Assurément, si le syndicalisme a pris cette forme viciée par rapport à son principe, c'est beaucoup en raison des défaillances du pouvoir gouvernemental qui ne remplissant pas son devoir de défenseur des intérêts légitimes, a incité les citoyens lésés à se grouper et à s'organiser. Puis, dans le feu de l'action, ceux-ci, ne trouvant plus devant eux les résistances nécessaires, ont dépassé souvent de beaucoup les limites à l'intérieur desquelles leur intervention était raisonnable.

, ,. ^ Prenons un exemple concret.

Les syndicats ^ , , ,, ,,..:,

, ,.,.^ ^ Les innombrables débitants et marde débitants

^ , , , cbands de vin de France sont arrivés

et de marchands , . ,

, . a constituer de vastes et puissantes de vin.

fédérations pour la défense de leurs

intérêts professionnels. En principe, rien que de louable dans ce résultat; mais en fait, en raison de l'influence indéniable que les débitants ont sur les élections, leur groupement syndical leur permet d'exercer sur les députés une pression absolument incompatible avec l'intérêt général du pays. Toutes les fois, en effet, qu'une proposition de loi, susceptible de frapper le commerce de l'alcool, est présentée, la plupart des députés reçoivent de la fédération des débitants des télégrammes comminatoires. Les députés terrorisés à l'idée d'avoir contre eux les débitants de leur circonscription capitulent. Il s'en-

suit que toute lutte efficace contre l'alcoolisme devient impossible (voir p. 378). N'est-il pas évident que, dans ce cas, pour servir leurs intérêts particuliers, la fédération des débitants va à Tencontre de l'intérêt général du pays?

j n n m Sous Cet aspcct, le syndicalisme

, ^. . est déjà intolérable. Mais que dire

révolutionnaire. , -' ... . ^

alors quand il constitue nettement

et ouvertement, comme nous l'avons vu pour la Confédération générale du travail, un État illégal directement adversaire de l'État national!

La déformation du syndicalisme est devenue d'ailleurs si évidente et si dangereuse qu'elle trouble profondément ceux des chefs socialistes qui sont encore soucieux des principes.

M. Roux-Costadau, député de Valence, s' inquiète des dogmes nouveaux qui tendent à envahir la vieille école socialiste. Action directe, sabotage, « chasse aux renards », grève à jet continu, voilà l'évangile qui surprend les moins avertis et commence à les mettre en garde.

Je ne saisis plus, s'écrie M. Roux-Costadau, je ne comprends plus, je ne vois plus dans ces déviations étranges, dans ces aberrations grossières, la physionomie réelle du syndicalisme, le sens véritable du socialisme. (Voir Le Temps, 1" septembre 1911.)

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