‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 98 sur 191 · I. l/oKlîVRE DU GÉNÉRAL ANDRÉ KT DK SON CABINET · texte numérisé non relu

I. l/oKlîVRE DU GÉNÉRAL ANDRÉ KT DK SON CABINET

Le général André mit, en effet, une incroyable ardeur à changer les bases morales de l'armée, il constitua son cabinet d'hommes susceptibles de partager ses convictions. Parmi ceux-ci, on remarquait notamment le général Percin, le lieutenant-colonel Gallet, le commandant Sarrail, le commandant Targe, le commandant Humbert, le lieutenant Mollin, etc.

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recompenser les " bons républicains " , le général André et certains de ses collaborateurs inventèrent les fiches. M. Debierre, sénateur radical-socialiste du Nord, grand maître de la franc-maçonnerie, à la séance du Sénat du 14 mars 1912, a expliqué et défendu ainsi la « méthode " du général André :

Le jjéïK'ral André, ministre delà Gnerre, qni connaissait bien l'armée, s'aperçut que les renseignements à lui fournis par les préfets étaient en contradiction avec ses propres renseignements. Il s'en émut. On était en pleine réaction antisémite.

Le général André s'adressa pour contrôler les renseignements des préfets au Grand Orient de l'Vanco. Il lui demanda si les maçons ne pourraient, sous leur responsabilité, l'éclairer sur la vie publique de certains officiers qui demandaient des faveurs, des commandements et des grades.

M, Halgan. — C'était de l'espionnage.

M. Debierre. — Les fiches furent remplies effectivement par des francs-maçons et signées par eux; transmises au ministère de la Guerre, elles y furent contrôlées. Etait-ce de la délation? Les francs-maçons ont agi dans l'intérêt de l'armée française.

AI. Hervkv. — L'armée a des chefs; elle n'a pas besoin de vos casseroles. (Voirie Temps, 16 mars 1912.)

En réalité, quelle que soit la défense qu'on en peut faire, le régime des 6ches suscita les actes les plus déshonorants, car il introduisit la délation dans l'armée.

Cette note, lue le I" juillet 1908, devant la cour d'assises lors du procès intenté par M* Labori, contre Le Matin par M. Humbert, ancien officier d'ordonnance du général André, qui eut la sagesse de se dégager à temps de toute compromission fâcheuse, donne une idée de ce qui se passait sous le régime de cet étonnant ministre de la Guerre.

NOTE DU C.ABLVET

Sons les prétextes les plus lâches et dans un esprit d'envie et de jalousie, le commandant X... et le lieutenant Z... ont mené une campagne épouvantable contre leur chef, le colonel Terme. Ils ont détruit à la Flèche tout esprit de discipline, ont pratiqué la dénonciation anonyme dans ce qu'elle a de plus honteux, et, se sentant soutenus par certains hommes politiques, appartenant aux loges dont ils font partie, ils ont tout bravé, depuis plus de six mois.

De tels officiers font le plus grand tort à la cause républicaine dans l'armée, pour laquelle nous luttons ici avec la dernière énergie, et il est fâcheux que des postes de choix soient conservés par des hommes dont la position devrait être à la retraite ou à la non-activité.

Les officiers réactionnaires et cléricaux doivent, quand ils manquent à leur devoir, être frappés avec la dernière énergie ; mais les brebis galeuses, et il y en a beaucoup qui se sont glissées dans nos rangs depuis un certain temps, doivent aussi être frappées avec une même énergie.

Je demande, en conséquence, et cela dans l'intérêt de l'armée et de la justice, de mettre le commandant X... en retraite d'office et d'approuver les autres mesures proposées par la Direction de l'infanterie.

Signé : Humbert.

Le colonel Terme, ancien colonel au Prytanée, de cet officier, aujourd'hui général, déposa ainsi devant la même cour d'assises, au sujet de cette brebis galeuse :

Au milieu de 1901, on plaça sous mes ordres deux officiers qui, peu après leur arrivée, entamèrent contre moi une lutte des plus violentes, avec des armes véritablement odieuses.

Je fus l'objet de dénonciations, de lettres anonymes ; ces dénonciations étaient adressées à mes supérieurs hiérarchiques, au sous-préfet, au député de l'arrondissement, à des hommes influents, politiques ou autres, à tous ceux, en un mot, qu'on croyait susceptibles d'agir auprès du ministre de la Guerre et qui pouvaient obtenir mon déplacement; on voulait, en un mot, m'enlever mon commandement. (Voir L'Eclair, 29 septembre 1911.)

Le résultat final de l'action du général André, au point de vue matériel et moral, fut tel que M. Etienne, lorsqu'il devint ministre de la Guerre, dut engager d'office des dépenses considérables pour reconstituer nos armements et nos approvisionnements laissés à l'abandon et que M. Rouvier, pour excuser sa capitulation devant l'Allemagne, en 1905, disait : « Le général André et l'amiral Pelletan ont rendu la guerre impossible. "

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