FINANCIÈRE ET MONÉTAIRE
1"^ Erreur Economique
En éconotnie politique, l'erreur est la même.
Cette science a décidé, enseigné, décrété que c'est l'homme qui j^rcduit les choses nécessaires ou commodes à la vie.
Bien n'est plus faux que cette maxime qui sert de frontispice au célèbre ouvrage d'Adam Smith : « La Richesse des Nations » et qui a été depuis lors développée de toutes les manières par les Maîtres de l'Economie Politique moderne, ainsi que le prouvent les formules suivantes tirées textuellement des œuvres de J.-B. Say, Malthus, Ricar do. Ch. Gide.
V « Homm^ produit la richesse »• « L'Homme crée la richesse 9.n c'est au
moyen seulement de l'industrie que les Hommes être 2>ourvus des
choses qui leur sont nécessaires)-). <( Les fonds de terre ne sont pas autre chose que des instruments ». L* « Homme peut, par des amendements^ fabriquer le sol cultivable ». « Le recenu des terres est dâ non précisément à la fertilité^ mais à l'inferlilité des terres concurrentes, non à la générosité de la terre, nmis à sa parcimonie ». « jLe travail est le seul qui puisse jrrétendre au titre d'agent de la production ».
V « Homme seul. Joue un rôle actif».
a La Nature joue un rôle absolument passif ». « Elle ne fait qu'obéir à l'Homme ». « La valeur d'une marchandise dépend de la quantité relative de travail nécessaire pour la. produire ». « Tout capital et tout recenu sont le résuilat exclusif d/u travail Humain », etc, etc. (1)
C'est le contraire qui est le vrai.
L'Homme ne produit rien, absolument
rien.
Tout ce qui est nécessaire à la vie de l'Homme, comme, du reste, à la vie de tous les animaux et de tous les êtres vivants du Monde, leur est donné, gratuitement, ce qui ne veut pas dire sans travail, par la Nature.
Oh ! sans doute, il faut à Tliomme, comme du reste à tous les êtres vivants, du travail pour trouver leur nourriture
(1) Jean-Baptiste Sav. — Traité (V Economie Politique, p." 59, 60, 74, 14y, mi, aa5.
Cours Complet d'Economie Politique, p. 7, 13, ai, 67, 75, 77, 78,81. Tom 11, p. 2, 28.
Malthus. — Définitions des termes de l'Economie Politique, p. 518, 521, 522, 525.
Charles Gide. — Principes d'Economie Politique, p. 79. 530, 535.
Gide et Rist. — HisUnre des Doctrines Economique». — p. 605, 625, 663.
ou les choses « nécessaires ou commodes » à leur vie. Il existe même, entre le travail de l'Homme et celui des autres êtres, une différence énorme ; alors que le travail des « oiseaux du ciel », des insectes et des quadrupèdes, par exemple, est instinctif et pour ainsi dire automatique, et qu'en butinant il détruit autant qu'il féconde, le travail de l'homme est raisonné, voulu, pensé, prémédité, et, s'il peut dévaster l'œurre de la Nature dans des proportions autrement grandes que ne le fait l'animal, il lui est donné aussi — privilège hors ligne — de faire produire au champ naturel qui, auparavant, ne produisait ne ce que les botanistes ont coutume 'appeler si justement des « simples )>, des milliers d'épis de froment et des moissons compliquées, magnifiques.
Le dernier des Physiocrates, c'est-àdire de cette école d'économistes, qui, au XVni« siècle, attribuait l'origine de toute richesse à la Nature et à la Terre, Dupont de Nemours avait raison de dire : a Dieu âeul est Producteur ».
Dans un certain sens l'Homme coopère à l'œuvre de Dieu. Si le mot Dieu offusque, disons à Tœuvre de la Création, à l'œuvre de la Nature, à l'œuvre de la Vie. Si on trouve l'expression de sacerdoce exagérée quand le travail contribue à l'amélioration du sort des créatures, on ne peut faire autrement que d'admettre qu'il est une « participation » à l'œuvre de la reproduction naturelle : ce qui est déjà assez beau.
Mais si noble que soit son travail, THomme ne participe jamais en rien, à la Fécondité. Il agit seulement sur la Fécondation. On peut dire de lui qu'il est, en quelque sorte, le jardinier de la Création. Il rensemence, il la greffe, il la moissonne. Il coopère ainsi par un travail, qui est une nécessité de la vie,
à la marché et au développement de la Vie. Encore une fois il est « participant » à l'œuvre de la vie, mais sans avoir jamais le moindre droit à s'imaginer qu'il peut c- produire » la moindre parcelle de Vie.
Si Ton consent à raniener ainsi les
choses à une simple collaboration ou participation de l'homme à l'œuvre de la subsistance, bien des questions, les plus difficiles de l'économie politique moderne : Formation du capital. Intérêt de l'argent. Salaire de l'ouvrier, etc., se trouvent singulièrement simplifiées.
Surtout à la campagne, il est facile de se rendre compte qu'au fond, il existe entre les éléments actuellement en lutte, une étroite solidarité d'origine.
On m'excusera de relater ici un petit fait personnel :
Aux débuts de la guerre, appelé par une de mes nièces dont le mari, mobilisé, avait été forcé de laisser à l'abandon sa propriété rurale, j'ai dû ai«ler à la culture, j'ai donné la main à la rentrée des récoltes et pu voir de près combien le travail et le revenu sont intimement liés à la fécondité de la terre.
Un jour, — c'était pendant la saison des fraises, — j'ai voulu en avoir pour les enfants. Impossible d'en trouver aux environs. (La propriété de ma nièce est dans le Perche, au milieu d'une forêt et se trouve assez éloignée de toute habitation). Enfin on m'indiqua à quelques kilomètres de là, un brave homme qui cultivait des fraises et en vendait. Il habitait une humble masure. « Vous voyez, me dit-il en me montrant la petite plate-bande qu'il avait, dans son lopin de terre, consacrée aux finisiers, c'est pas bien grand, çà n'a pas plus de six ou sept mètres de long sur un mètre de large. Eh bien, croiriez- vous, çà m'a rapporté, depuis trois semaines.
quatre-vingts francs, rien qu'en fraises . C'est pour sûr, mon bon monsieur, plus d'argent que ne m'a eonté le terrain. »
Nous ne voudrions pas donner à cette anecdote plus d'importance qu'elle n'en a, mais elle a confirmé, en nous, des eonvietions de très yieilledateet très solidement établies.
A l'origine du trésor promis par le laboureur à ses enfants, il y a la fécondité naturelle, qui est d'une ricbesse inouïe, même dans des terrains de modeste valeur comme ceux du Perche, et c'est sur cette fécondité que se greffent les revenus de la propriété, du travail, des capitaux, des outils, de l'argent, etc. Il est absurde de mettre en antagonisme le patron et l'ouvrier, le capital et la main-d'œuvre, l'argent et le travail. La difficulté n'est pas dans la définition des mots, elle réside plutôt dans le partage entre des forces qui travaillent parallèlement « en participation » .
Quelle est la part du terrain ? Quelle est celle de l'outil ? Quelle est celle de de l'intelligence et du bras humain dans la participation à la formation du fruit ? Voilà le problème, presque impossible à résoudre si, malgré tous les efforts, les fraises n'ont pas poussé, mais qui devient d'autant moins ardu que la production est plus forte, puisqu'il arrive un moment où le nombre des fraises est si grand que tout le monde en a assez et n'en peut plus manger.
Paul Leroy-Beaulieu, l'un des plus plus grands Economistes modernes, qui
mourut pendant la guerre du chagrin de la mort d'un fils et de la stupeur de constater que toutes les théories économiques de son Ecele gravitant autour de « la valeur de convention »
avaient été démenties brutalement par les faits de la grande catastrophe, Paul
Leroy^Beauliea avait raison de dire, dès avant la guerre, que « toute la théorie du salaire était à refaire »
Si, au lieu d'y voir le résultat d'une a convention » entre des hommes, on considérait le salaire tout simplement, ainsi du reste que le revenu du capital, comme une « part » de contribution à la naissance du fruit naturel de la propriété, si, au lieu de commencer par dire de chaque côté : « il me faut un salaire de tant », ce il me faut un intérêt de tant », on disait : voilà le fruit réel, partageonsle, on simplifierait beaucoup les choses et l'on n'arriverait pas à cette idiotie, si fréquente de nos jours, d'avoir distribué en parts minima fixes, plus qu'il n'y a de fruits. Actuellement, on fait le partage sans regarder le fruit. Pour partager un fruit il faut pourtant le trancher : c'est l'évidence même.
A propos de l'intérêt de l'argent, l'erreur est la même. Un autre Economiste éminent, Bohm Bawerk, ancien Ministre des Finances d'Autriche-Hongrie, a, comme Paul Leroy-Beaulieu pour le salaire, déclaré que la théorie de l'intérêt du capital ne tenait pas debout.
« Nous avons vu, écrit- il, une foule bigarrée de théories de iHntérêt du capital prendre naissance. Aucune ne contenait Veniière vérité. Aucune ne donnait les raisons ». C'est malheureusement exact.
Aujourd'hui, on se contente de dire :
« Nous nous sommes mis d'accord, Paul et moi, peur stipuler un intérêt de 4 0/0 par an. Nous nous sommes mis d'accord, Pierre et moi, pour stipuler un salaire de deux francs par heure »... C'est très simple, mais est-ce juste ?
Pas forcément, tant pour le salaire que pour l'intérêt de l'argent.
Vous auriez beau avoir signé, devant notaire, avec M. de Rothschild, un con-
trat par lequel il vous aurait promis un million en échange de la Lune, ce serait nul de part et d'autre, de droit naturel .
Il « peut » être valable et légitime pour celui qui prête un terrain de dire : « vous me donnerez, en échange, tant de fraises » ; pour celui qui prête une poule, « vous me donnerez tant d'«eufs », parce que, dans le fait, le terrain a produit des fraises, parce que la poule a pondu des œufs, ou, en d'autres termes, l'intérêt de l'argent et la rente du Capital « peuvent être » et, généralement, « sont » légitimes, mais cette fécondité ne vient pas du contrat, elle ne vient pas de l'Homme, elle vient de la Nature.
Les abeilles, les bêtes de basse-cour . que vous élevez, vous rapportent un revenu parceque, d'eux-mêmes, ces animaux produisent du miel, des œufs, du lait, etc.
Pourquoi les matières inertes qui composent vos ruches, vos parcs a bétail,
vos poulaillers, votre baratte à beurre, la dynamo qui l'actionne, etc., vous rapportent-ils un revenu, mais, parce qu'ils « participent » au revenu, parce qu'ils y prennent « part ». L'argent de même, puisqu'avec cet argent, vous pouvez vous procurer de quoi récolter un revenu.
Un morceau de métal, une feuille de
papier, rappelant par leur « espèce » la pièce de monnaie ou le billet de banque, sont susceptibles de produire un courant, de faire jaillir une flamme, une véritable reproduction « si » et « quand » ils sont « animés par une action physiologique », autrement dit par « La Vie ». L'argent placé, comme la pièce d'une machine contribue au revenu parcequ'il contribue à produire du mouvement de l'activité, de la vie. Mais ce n'est plus comme argent qu'il rapporte. Sa nature particulière a disparu. Il est absorbé transformé par la propriété en marche.
Lorsque l'argent produit des fruits, c'est parce qu'il est devenu un aliment de « la Vie », la « matière organique » de la - fécondité de la propriété. Il y a absorbsion, assimilation, volatilisation.
Cette théorie a ses adhérents illustres.
On en retrouverait le principe fondamental jusqu'au temps antique des écrits d'Aristote, dont on connaît la
formule fameuse : « L'or n'enfante pas l'or » .
L'Eglise catholique n'a jamais admis non plus la légitimité du prêt à intérêt « en soi ». S'appuyant surtout sur la doctrine de Saint-Thomas-d'Aquin, elle a professé jusqu'à ces derniers temps
Sue l'intérêt de l'argent, pour être légime, doit provenir d'une cause « qui n'est pas intrinsèque au prêt », c'est-àdire d'une sorte d'enfantement, ou de germination analogue à celle d'un fruit, donc, en définitive, d'un élément de « Vie ».
Luther se montrait, peur le prêt à
intérêt, tout aussi sévère que les écrivains catholiques.
Le Coran mahométan peut être encore plus.
Pe son côté, le génial Shakespeare a, d'une façon qui pour être poétique n'en est pas moins tout à fait exacte, défini parfaitement la réalité des choses. On se souvient de la pathétique scène du dénouement central de son admirable pièce : Le Marchand de Venise (reprise dernièrement par le Théâtre de l'Oiiéon).
De la décision du juge il résulte que l'intérêt de l'argent prêté n'est pas seulement comme l'avait stipulé le Juif usurier, le « poids » inerte d'e une livre de chair », mais en dehors et en plus de ce qu'avaient signé les parties sur leur papier de convention, « le sang » c'est-à-dire la vie, la vie entière du débiteur.
Le droit Romain et le vieux droit français avaient mis cette définition imagée en pratique, par leur distinction, leur séparation formelle entre le a mutuum » prêt de consommation par lequel la propriété de la chose prêtée est transférée « en » la personne de l'emprunteur, et qui est un « crédit » de consommation, et le « commodatum », prêt à simple usage, sans consommation, sans dépérissement, mais aussi sans transfert de la propriété proprement dite, prêt gratuit, prêt ne rapportant pas d'intérêt, ne rapportant pas de fruit, n'engendrant aucune circulation de vie. (Le prêt à intérêt moderne, qui est à la fois prêt de consommation et prêt sans consommation, sans être ni l'un ni l'autre, a, lui, le caractère d'un hermaphrodite qui reproduirait indéfiniment des hermaphrodites). De la distinction aneienne, il résulte que le « prêt » 'd'un travail « à la part », d'un . travail « intéressé » à la production, ou l'apport d'un capital « intéressé » aux bénéfices tout en supportant une partie des risques de pertes, sont salutaires en ce sens qu'ils « animent » et « vivifient» Taclivité, la consommation, la circulation et la production économique, tandis que nos « hypothèques », nos « obligations », notre prêt moderne, sans dépérissement et à intérêts « fixes », sont dangereux. Ils jouent le rôle de sangsues, de ventouses, pouvant, dans certains cas exceptionnels, sauver la vie d'un malade congestionné, mais dont il ne faut pas abuser sous peine d'arrêt complet de la Vie. Combien n'a- t-on pas vu d'entreprises viables mourir parce que leurs créanciers hypothécaires leur ont soutiré trop d'intérêts « fixes ».
Au peint de vue technique de « la
Science Economique » moderne, les Physiocrates Français du XVIII*^ sièck sont les premiers qui aient eu l'intui-
tien, la connaissance partielle de la vérité. En attribuant le germe de toute richesse, sans exception, à la « Terre génératrice » ils ont admis que toute richesse, même Tintérêt de Targent, avait pour principe une fécondité naturelle, puisant sa force et sa sève dans la vie.
Depuis lors, les économistes de Técole anglaise tout en étant beaucoup moins précis que les physiocrates, ont implicitement reconnu l'origine naturelle et vivante de l'intérêt de l'argent en avouant la présence en lui de ç[uelque chose « qu'il faut renoncer à expliquer. »
Le philanthrope Ruskin a précisé les choses dans le même sens que Shakespeare quand il a osé écrire que « la vraie Richesse coule dans nos veinea » , ^ Mais un seul économiste de profession, du moins à notre connaissance, le socialiste américain Henry George a donné, — certain jour, — la formule concrète et positive.
Dans son célèbre ouvrage Progress et Povertp, il a énoncé ceci : (1) « La force active de la Nature, le principe de croissance et de reproduction de cette (( Chose {Mystérieuse que nous nommons la Vie », il nous semble que c'est cela qui est la oause de l'intérêt.
L' (( Intérêt » jaillit des forces reproductives de la Nature. « Ce n'est pas une chose de Convention. C'est une chose Naturelle ».
Ge n'est pas le résultat d'une organisation sociale quelconque, mais des a Lois de l'Univers ».
Impossible de mieux dire.
Les Economistes qui s'obstinent à voir l'Homme à l'origine du revenu sont des Economistes à l'envers. Us sont aveu-
Ci) p. 161.188.
gles par ce qu'ils ne veulent pas voir. L'œuf reproductif du Capital reproductif ce ne sont pas eux qui le font sortir de la poule. Et cet œuf que ne consentent-ils a le considérer avec un peu d'impartialité au moment où le poussin va en sortir. Il verront alors un petit coup de bec donné « spontanément » par « ta Vie » cherchant à sortir de sa coquille. Oh ! ce coup de bec ! imperceptible — il vient de « dedans ». Quel enseignement pour ceux qui veulent s'instruire sur le « ben sens » économique. C'est l'évidence qui crève les yeux.
En faisant croire à l'Homme que c'était lui qui produisait le revenu, non seulement on a oublié « ce sens commun », Il mais on l'a mis la tête en bas.
Erreur Financière
L'erreur financière est la même.
Elle a existé dès l'origine du système économique actuel.
Elle consiste bien dans la croyance qu'il suffît d'une stipulation des Hommes pour faire produire un revenu à n'importe quoi.
La preuve en est donnée par ce fait que les premiers billets de banque de la Banque d'Angleterre rapportaient des intérêts.
On n'a qu'à consulter les livres compétents, entre autres History of the Bank of England d'Andréadès, History of Banliing db Lawson ou le Scotch Magazine^ vol. XXVI p. 629, pour s'assurer que l'erreur s'est matérialisée a» moment de la création de là Banque d'Angleterre, en 1694 ; ces publications donnent des détails précis sur le libellé des billets. « Ils sont aussi grands qu'une « obligcUion des Indes », avec, en hauU V image de la Britannia . .
et Us portent : payables 10 livres à la fois et rapportant un intérêt d'un penny par Jour, pour un an ».
Ce penny par jour ! comme il res- : senjble à l'œuf d'or quotidien et au poussin artificiel du magicien ! , \
Il faut se hâter d'ajouter que l'admirable « poule aux œufs d'or » qu'est la Banque d'Angleterre a, depuis sa fondation, modifié ce système déplorable du début. Depuis bien longtemps, ses billets ne rapportent plus « d'eux-mêmes »
des intérêts. Mais combien n'ayonsnous pas vu d'exemples, avant la guerre, pendant la guerre et, hélas, depuis la guerre ! prouvant que la poule mécanique n'est pas morte et qu'elle continue à pondre, jour par jour, des œufs à intérêts composés de papiei" doré?
30 Erreur 'monétaire
L'erreur monétaire est la même.
On croit que l'Homme, en créant une monnaie, « crée une valeur » et que «^la valeur » enfante « de la valeur ».
C'est faùx. Quelque éminents que soient les Economistes, élèves de Jean- Baptiste Say, ayant adopté ces formules, elles consistent en un simple jeu sur les mots, à moins qu'elles ne soient an crime de lèse-valeur.
L'erreur remonte à peu près à l'époque de la fondation de la Banque d'Amsterdam (1609) et de la Banque d'Angleterre (1694) ; c'est du moins , à ce moment, qu'elle a pris corps visible.
Ils se rencontraient souvent en Hollande et ailleurs, les financiers d'alors : Paterson, le créateur écossais de la Banque d'Angleterre, Law, le fameux utopiste à système, écossais lui aussi, ainsi que les promoteurs anglais de l'affaire de Darien et du South Sea Bubble, (1695-1719).
Ils avaient les mêmes principes.
L'erreur lamentable dont la crise des changes d'aujourd'hui est la formidable
eonséquence, repose sur un petit tour de passe-passe pareil à celui ae Tœuf du prestidigitateur.
« Le crédit, disaient les docteurs en magie monétaire du X VII^ siècle^ ne repose que sur la valeur intrinsèque des espèces. Tout doit être universellement comparé à la valeur intrinsèque de l'or et de l'argent ».
Et la « valeur », ils la fixaient « par convention » à un « poids » déterminé d'or et d'argent, à un titre déterminé.
Cent été très bien si toute la monnaie avait été composée du même métal précieux: mais... il y avait deux imperceptibles mais...
D'aberd, ils substituaient à la monnaie de métal « l'équivalent » en papier en lui « attribuant » la même valeur qu'au métal : ils escamotaient par la
i)romesse la réalité, par le désir la réaisation. Ensuite, ils s'imaginaient
2u'en ayant fixé à la monnaie un a poids » e métal, ils avaient d'eux-mêmes produit la stabilité « en soi ».
L'erreur formidable, qui a causé l'écroulement simultané du Système de Law en France et du South Soa Bubble en Angleterre, vient de ce que les financiers d'alors s'imaginaient avoir donné une « valeur » à la monnaie, parce que, par convention, ils lui en avaient « fixé » une.
Ils partaient d'un excellent principe :
« LA FIXITÉ », mais croyaient pouvoir l'obtenir d'eux-mêmes. Ce qui est faux .
Parce qu'ils avaient « fixé » un «poids d'or », parce qu'ils avaient « fixé » un « titre » au métal, une « valeur au titre, ils s'imaginaient avoir « fixé »
Suelque chose, alors qu'ils n'avaient ien « fixé » du tout
Gemment se fait-il, se demandera-t-on,
que les grands établissements financiers, à commencer par la Banque d'Angleterre et la Banque de France dont, encore
une fois, il faut reconnaître les excellents services, aient survécu,si,aux débuts du système capitaliste, il y a eu une erreur de théorie. Uniquement parce que, dans leurs constructions financières comme dans les murs des édifices qui les abritent, ils se sont appuyés — en fait — malgré l'erreur originale et en dépit de,s théories, à travers l'or qui servait — en fait — à rembourser leurs billets, et à travers la pierre de taille de leurs murailles, sur cette permanence et cette fixité qui s'appelle « La Pesanteur ».
L'Homme peut fixer autant de poids qu'il voudra. Un seul compte : « Le * Poids Naturel et, ici encore, le fait prime l'intention des parties et non pas tel fait, le sens commun des faits.
Le mark allemand, le franc français, belge ou italien étaient avant la guerre « fixés » par des lois officieileâ. Ils « valaient » un « poids » de métal précieux. Tant qu'on les a remboursés réellement en métal précieuxàls ont « tenu » parfaitement. Mais du moment que, dans la réalité, ils ne sont pas remboursés en. métal précieux, du moment que le poids est remplacé par la promesse ou le désir du poids, la balance est folle ! Elle sera folle — en tout — tant qu'on se - servira de poids et mesures « fixés » par l'Homme.
Mais eUe sera immédiatement « iuste »
et le restera éternellement à partir du moment où l'on se servira de poids et mesures pris dans la Nature, même d'une façon imparfaite.
Le principe sur lequel s'appuient nos systèmes monétaires est excellent... à la condition d'être appliqué. La b®nne intention et les promesses ne suffisent
Eas... Balancez réellement vos budgets, alancez effectivement votre monnaie au a poids vrai » donné par la pesanteur naturelle, vous arriverez à l'équilibre.
Peu importe que le point de départ de vos calculs soit le franc métrique ou la livre sterling « pied humain » (mesure pourtant bien moins stable en apparence qae le mètre) ; le résultat sera aussi satisfaisant, du moment « qu'en fait » vous vous serez basés sur « la fixité » naturelle, c'est-à-dire sur la régularité inchangeable et indépendante de la volonté de VHemme, uniquement mue par la vie, sur la résultante invariable de la Loi de Gravitation, sur le rappel au point invisible ou convergent la verticale et rhorizontale, sur « l'état normal » éternellement renouvelé et qui se touve exactement au milieu de tous les balancements.
Voilà, encore une fois, le niveau de « sens commun ».