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* § XII
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rend compte qu'il n'y a chez eux ni obscurités, ni contradictions, en dépit de ce qu'affirment les Aloges ^. — Epiphane ne se contente pas de ces vues d'ensemble. Il institue des discussions particulières, extrêmement minutieuses, pour démontrer à ceux-ci, par exemple à propos de la pluralité des Pâques, qu'ils n'ont rien compris aux textes dont ils se prévalent, et que ce n'est ni d'une, ni de deux Pâques que parlent les Évangiles, mais bien de trois ^.
Jusqu'ici, c'est autour de l'Evangile attribué à Jean que la lutte s'est déroulée. Epiphane indique ensuite la manière dont les Aloges envisageaient l'Apocalypse ^. Leurs objections étaient, semble-t-il, d'un genre assez différent. Ils affectaient de s'égayer de la mise en scène aménagée par le voyant * : ces « anges », ces « trompettes », ces descriptions à grand spectacle, leur apparaissaient comme une fantasmagorie ridicule, dépourvue de toute utilité au point de vue moral et religieux. Je réserve un grief, plus précis, pour y revenir tout à l'heure. >/ En somme, comment Epiphane représent e-t-il les Aloges ? Il les représente comme des esprits très positifs et très pointilleux dont l'hostilité à l'égard des écrits johanniques reposait sur des considérations de détail, sur l'impossibilité de les mettre d'accord, soit avec les autres Evangiles, soit avec les exigences du sens religieux.
Mais cette opposition procédait-elle uniquement de raisonnements d'ordre critique, ou ne venait-elle pas à l'appui de certaines théories dogmatiques, ou de certaines antipathies secrètes qu'ils auraient essayé de justifier après coup par des analyses textuelles et verbales ?
^ § XV
2 § XXII et s.
^ § XXXII et s. (Œhler, Corp. Haer., II, ii, p. 105). * TiSe y),£uiîovTec (§ xxxii) ; àvo|iii5av yàp oi toio'jto;, \l.r^ YEAoïôv è(j-iv Y) à)ir,6£ta.
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Tout entier à ses réfutations particulières, Epiphane a un peu oublié d'élucider cette question. Ce qui est sûr, c'est que, leur manie antijohannique mise à part, il considérait les Aloges comme orthodoxes ^. En outre, il formule dans sa conclusion un jugement d'ensemble qui est susceptible de nous fournir une orientation ^. J'en donne ici la traduction :
« Ces gens-là, ne recevant pas l'Esprit-Saint, sont jugés « au point de vue pneumatique comme n'entendant rien aux « choses de l'Esprit (p.-^ voouvxeç xà toî Trveûfxaxos). Hs veulent « parler conformément à la raison et ils ne reconnaissent pas les « charismes qui s'opèrent dans la sainte Eglise (oùx stôdreç rà èv « T?| àyt'a IxxX-rjiTia ;^ap;G[xaTa), — charismes que l'Esprit-Saint a « exposés véritablement, en pleine force, en plein et solide « équilibre intellectuel (àAYjôtoç xo.\ eÙGTaOwç èv TrxpaxoXouOYjdst « xai èppcoixévw vw). Ainsi firent les saints prophètes, les saints « apôtres, et parmi eux saint Jean, qui donne une part « du même charisme saint dans son Evangile, ses Epîtres « et l'Apocalypse. Ce sont ceux-là qu'atteint la parole (de « l'Ecriture) : « A celui qui blasphème contre l'Esprit-Saint, « il ne sera pardonné ni dans le siècle présent, ni dans le « siècle à venir (Me, m, 2g) »... Et en effet, ils ont combattu « contre les paroles articulées par l'Esprit. »
Sans doute est-ce dans ce morceau qu'il faut démêler la préoccupation occulte des Aloges, leur pensée de derrière la tête ? Ils en voulaient aux « charismes », ils témoignaient une malveillance caractérisée aux manifestations de l'Esprit. De
^ Aoy.o-jdt yàp xal auTol xà '(net. r,\).iv ninzfjtiv (§ 4). LiPSiUS se trompe absolument quand il veut qu' Epiphane insinue que les Aloges avaient accueilli une christologie suspecte {Die Quellen der aelt. Ketzergesch., p. 102 et s.). Dans les passages que cite LiPsius rien ne prouve qu'Épiphane vise les Aloges ; spécialement au § xviii (Œhler, Corp. Haer., II, 11, p. 80), il est arbitraire de donner le même sujet à /Éyourri et à vo(jl;^ovt£;, comme LiPSius l'admet (p. 103, n. 2). Les insinuations de E. Schwartz dans le même sens sont également dénuées de fondement : Abh. d. Gôtt. Ges. zu Gôttingen, phil. hist. kl., N. F., VII (1904), p. 30, n. 2.
^ § XXXV (Œhler, p. iio).
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quels « pneumatiques » ces apneumatiques étaient-ils donc les ennemis ? Les expressions qu'emploie Epiphane dans ce morceau rappellent étrangement celles qu'il répète à satiété dans les chapitres du Panarion consacrés au Montanisme. Et il n'y a point là pures rencontres verbales. C'est bien de ce côté qu'il convient de chercher les adversaires visés par les Aloges. Le § xxxiii, dont j'ai tout à l'heure ajourné l'examen, ôte toute espèce de doute à ce sujet. Il se rattache à la polémique des Aloges contre V Apocalypse. Sur un point spécial, sur un fait d'histoire, ils se flattaient de prendre l'auteur de ce livre en flagrant délit d'inexactitude. Voici le passage en sa teneur littérale :
« Certains d'entre eux s'en prennent à un mot de cette même Apocalypse, et en tirent matière à contradictions. Il y est dit, observent-ils : « Ecris à l'ange de l'Êghse de Thyatire. « Or il n'y a point d'Eglise chrétienne à Thyatire. Comment a-t-il pu écrire à une Eglise qui n'existe pas ?
« Mais il est manifeste que leurs objections même les obligent à se rallier à la vérité. Car s'ils disent : « Il n'y a pas actuellement d'Eglise à Thyatire », ils montrent que Jean a prophétisé. Tandis que ces (adversaires de V Apocalypse) habitaient dans cette ville, les Cataphrygiens s'emparèrent, tels des loups, de l'esprit des innocents fidèles, et firent passer à leur hérésie la ville tout entière. Et ceux qui rejetaient V Apocalypse la combattaient à cette occasion pour en renverser la doctrine.
« Mais maintenant, grâce au Seigneur, voici qu'en ce moment, après cent douze années, il y a une Eghse (à Thyatire), église florissante, et plusieurs autres s'y trouvent aussi. Mais alors l'Eglise tout entière (de Thyatire) s'était déversée dans celle des hérétiques phrygiens. Voilà pourquoi r Esprit-Saint a voulu nous révéler comment cette Eglise devait tomber dans l'erreur après l'époque des apôtres, de Jean, et de ceux qui vinrent ensuite : époque qui coïncide avec la quatre-vingt-treizième année après l'Ascension du
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« Sauveur, l'église du lieu devant faire défection et fusionner « avec l'hérésie phrygienne. Car le Seigneur dit aussitôt après : « Ecris à l'ange de Thyatire : Voici ce que dit celui qui a les (I yeux comme une flamme de feu, et les pieds pareils à « l'airain. Je connais ta foi, ta charité, ton ministère, et tes « dernières œuvres plus abondantes que les premières. Mais « j'ai contre toi que tu permets à une femme, à Jézabel, de « séduire mes serviteurs. Elle se dit prophétesse et elle « enseigne à manger la viande consacrée aux idoles et à « forniquer. Je lui ai donné un temps pour faire pénitence, « et elle ne veut point se repentir de sa fornication. »
« Ne voyez- vous pas, vous autres, que le Seigneur parle « de ces femmes qui, sous couleur de prophétie, se dupent « elles-mêmes et en ont dupé un grand nombre ? Je fais « allusion à Priscilla, à Maximilla et à Ouintilla, dont l'Esprit « saint n'a pas ignoré l'erreur ni celle de leurs disciples. Mais « par la bouche de saint Jean il a prophétiquement annoncé « ce qui est arrivé après la mort de saint Jean. Celui-ci prête disait, il y a bien longtemps, à l'époque du César Claude, « alors qu'il était dans l'île de Patmos. — Ceux-ci eux-mêmes « conviennent que ses prophéties se sont réalisées à Thyatire. « — Il écrivit donc en manière de prophétie aux citoyens « chrétiens de cette ville qu'une femme s'intitulerait pro- « phétesse.
« Et ainsi s'écroulent les raisonnements qu'on imagine « de toutes parts contre la vérité, puisque, comme on le voit, « V Apocalypse est bien un livre prophétique, qui émane du « Saint Esprit et qui est conforme à la vérité. »
Si jamais morceau eut besoin d'être paraphrasé et commenté, c'est assurément celui-là.
Rappelons d'abord que Thyatire était une importante cité, au nord de la Lydie, dans la vallée du Lycus, sur un emplacement voisin de celui qu'occupe la ville moderne
d'Ak-Hissar (Axarion pour les Grecs). Elle devait, en 215, devenir, grâce à un édit de Caracalla, le siège du coniientus de la province, sans pourtant s'élever jamais jusqu'au rang de métropole ^.
On ignore à quel moment le christianisme atteignit la cité. Ramsay suppose, en sollicitant un peu les données incluses dans les Actes (xix, 10) qu'il y fut apporté par l'un ou l'autre des disciples de saint Paul, lors du premier séjour de l'Apôtre à Ephèse. La Jézabel, flétrie dans l'Apocalypse, était, selon Ramsay, quelque prophétesse chrétienne dont l'action délétère se faisait sentir à l'intérieur de la communauté de Thyatire. La population laborieuse de la cité se répartissait en corporations commerciales dont le lien était constitué par certaines cérémonies cultuelles, et qui donnaient prétexte à de forts joyeux banquets ^. Il s'agissait de savoir si les chrétiens pouvaient faire partie de ces corporations, et manger à ces banquets des viandes immolées aux idoles. Les avis étaient partagés sur ce point ^. Or Jézabel favorisait par son enseignement la solution la plus relâchée — que condamne avec menaces l'auteur de l'Apocalypse —, en même temps qu'elle propageait autour d'elle une contagion d'immoralité.
Telle est l'interprétation de Ramsay *. Il démêle sous le langage métaphorique du Voyant des allusions directes à certains faits contemporains. D'autres critiques ^ inclinent vers une exégèse d'un caractère moins nettement historique. Jézabel serait plutôt à leurs yeux, quelque symbole analogue à celui de Balaam ; et ils entendent les mots « fornication »
1 Ramsay, art. Thyatire, dans DB, IV, 759 ; M. Clerc, de Rébus Thyatirenorum commentatio epigr. , Paris, 1893 (à compléter par Rhein. Mus., 1896, p. 632 et s.).
2 BCH, 1900, 592 et s.
^ Apoc, II, 23-24.