IV, XXIII, 7 (P. G., VII
' Ibid., III, XVII, 2-3. (P. G., VII, 930).
' Haer., IV, xx, 2 : KaXm; ojv eIitîv r, Tpâ^r,... [Suit Mandatum, l, i]. Voir aus.si \'V.[; 'KTtîSôi^.v toC àTtoT-roAi/oC ■/.r.pjvii.aro;. § 4 (TU, XXXI. i, p. 3 de la traduction).
pas qu'il le considère comme un des siens : « Irenaeus, omnium doctrinarum curiosissimus explorator », mais immédiatement après : « Proculus noster, uirginis senectae et christianae eloquentiae dignitas... »
^ Irénée paraît, en somme, avoir fait preuve, dans la question montaniste, d'aussi peu de parti-pris que possible. Il ne se sent contre le Montanisme aucune animosité. Bien autrement préoccupé des spéculations hétérodoxes du Gnosticisme, il ne guette pas l'occasion de l'attaquer directement. Il souligne même la maladresse de certaines oppositions suscitées par lui. Mais de là à le favoriser, à l'appuyer auprès de l'Eglise lyonnaise et des Églises d'Orient, à y donner son adhésion, il y avait loin : et rien ne prouve qu'il en ait eu l'audace, ou
.. la tentation même.
Pour apprécier comme il convient l'ensemble du problème dont je viens d'établir les données, il faut songer constamment à la destination spéciale de la lettre des communauté^ de Vienne et de Lyon. Si cette lettre est adressée aux Eglises d'Asie et de Phrygie, ce n'est pas par une de ces fictions littéraires dont l'épistolographie chrétienne primitive offrirait quelques exemples ^. Les Lyonnais visaient en première ligne les communautés dont ils inscrivaient le nom en tête de leur relation. Ils savaient les graves dissentiments que la popularité de la prophétie nouvelle créaient parmi elles. Ils devaient supposer que, dans les partis en présence, on ferait état de l'opinion qu'ils auraient exprimée, et qu'on tirerait
^ V. g. le récit du martyre de saint Polycarpe qui, envoyé à l'Église de Philomelium, était destiné du même coup « à toutes les parties de l'Église sainte et catholique répandue dans le monde entier. » (Ed. Lelong, coll. Hemmer-Lejay, p. 129).
Conclusion sur le sens de l'intervention lyonnaise 243
toutes conclusions utiles des faits dont ils déroulaient le tableau. Si on relit la lettre en tenant compte de la préoccupation qui s'imposait à leur fraternelle sollicitude, on s'aperçoit qu'ils décochent, sans en avoir l'air, une série d'avertissements à l'endroit des exagérations et des outrecuidances montanistes. Par la seule façon dont ils dépeignent les faits et gestes des martyrs et dont ils commentent leur attitude, ils prouvent aux exaltés de Phrygie qu'on peut être « spirituel », favorisé de la présence du Paraclet, des charismes dont il est le dispensateur, et conseiver en même temps une parfaite mesure et une parfaite bonté. De tels exemples, ainsi présentés, étaient plus propres à confirmer dans leurs défiances les Ëglises hostiles à Montan qu'à leur faire redouter de pécher par manque de zèle et tiédeur de foi.
Il n'est pas douteux que la consultation en forme par où la lettre s'achevait n'accentuât en termes décisifs l'impression ainsi recueillie. Qu'on n'oublie point la manière dont Eusèbe la caractérise, <( pieuse et très orthodoxe » ! Eût-il décerné un tel brevet à une décision donnant gain de cause aux partisans du « réveil » cataphrygien, lui qui le jugeait d'essence démoniaque ?
N'essayons pas d'imaginer les considérants de la xpÎGtç lyonnaise : une telle reconstitution serait pure fantaisie. Je la conçois comme une désapprobation très nette, mais sans colère, sans appel aux sévérités de la hiérarchie. C'eût été une étrange dissonance que de conseiller la rigueur, après avoir célébré avec tant d'émotion la vertu vivifiante de la pitié. Ne déguisant rien de leurs impressions sur le fond des choses, les martyrs et les communautés devaient prêcher surtout v/ le désarmement de part et d'autre, et s'efforcer de réconcilier les Eglises en désaccord dans une même allégresse reconnaissante en présence des grâces exceptionnelles dont le Christ venait d'inonder son Église.
La démarche dont saint Irénée se chargea auprès d'Eleuthère ne pouvait avoir d'autre objet que d'assurer entre
Rome et Lyon une parfaite conformité des vues. Au surplus, les martyrs ne se crurent nullement tenus de s'informer préalablement de l'opinion d'Ëleuthère. Si humbles de cœur qu'ils voulussent être, ils avaient le sentiment de leurs justes prérogatives, et ils entendaient en user. Le ton qu'ils prennent en présentant Irénée à l'évêque de Rome trahit cette intime conviction de la prépondérance du mérite acquis par l'effort personnel : « E! yàp y.oetasv tôttov t-.vI v./.a-.o-
ffûvYjv TreptTTOtelcOat, <oç Tcpeff^uTeDOv èxxÀYjaîaç, OTrea àiTlv Itc' cl'j'zm, Èv
TtpwTotç av TrapeOÉjxeOa ^. » On discerne là, encore discret et enveloppé, le germe d'un état d'esprit qui, vers le milieu du siècle suivant, causera à la hiérarchie catholique, de graves sujets de préoccupation.
^ H. E., V, IV, 2. Voir la traduction, p. 213.