‹ La crise montanisteChapitre 23 sur 60 · GK.. II · texte numérisé non relu

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temps que Basilide (et) l'Asiatique, fondateur (de la secte) des Cataphrygiens. )> Maints détails y sont inintelligibles. Nous connaissons plusieurs villes du nom d'Arsinoë — Arsinoë Cleopatris et Arsinoë Crocodilopolis en Egypte, Arsinoë en Cyrénaïque, Arsinoë en Cilicie, Arsinoë dans l'île de Chypre — , mais d'un Arsinous hérétique nous ne savons rien absolument. Le Mitiade (ou Miltiade ?) demeure également énigmatique. S'agit-il du Miltiade montaniste dont parle Eusèbe {H. E. V,xvi, 3) ? A ce prix, pourquoi le rédacteur aurait-il placé son nom entre celui de Valentin et le Marcioni de la ligne 83, au lieu de le lier à la mention qu'il fait plus bas des Cataphrygiens ? Ce Marcioni est d'ailleurs inexplicable, car Valentin n'a jamais rien composé « pour Marcion ^ ». Enfin, si l'on écarte un instant le et inséré par Zahn à la ligne 84, on voit que Basilide est qualifié de « fondateur asiatique des Cataphrygiens ^ ». Or Basilide était d'Alexandrie ; il enseignait une vingtaine d'années au moins avant Montan^, et sa doctrine n'avait aucun rapport avec celle de Montan, si ce n'est, peut-être, un certain rigorisme pénitentiel *.

Pourtant l'idée générale dont s'inspire l'auteur du Muratorianum en ces dernières lignes se dégage approximativement de toutes ces obscurités. Il s'agit pour lui d'exclure nettement du canon certains livres hétérodoxes qui aspirent à s'y glisser en fraude et qui passent dans telles

^ Certains critiques écrivent Marciani, et pensent qu'il s'agit des disciples de Marcion, ou des disciples de Marcos. Marciani serait sujet de conscripserunt. Mais cette forme dérivée est insuffisamment attestée chez les écrivains ecclésiastiques. Voy. Zahn, GK., II, p. 122, n. 2 et Arch.\m- BAULT, dans son édition du Dialogue avec Tryphon, de saint Justin (Coll. Hemmer-Lejav), Paris, 1909, t. I, p. 158.

^ Selon Vernon B.\rtlet (Expositor, 1906, II, p. 21 j) assianom serait une glose latine qui interpréterait catafrycum.

^ Cf. Bardexhewer, AKL, t. I, p. 322.

* Du moins si l'on en juge par ce que dit Clément d'Alexandrie, Strotn., IV, XXIV « uATiV o'JSà 7:àaa? (àfiapitaç) ô liao-'./.ciSr,; q;T|iTt, [lOva; lï tî; àxo'jfft'a; xat xkt' ayvoiav, à5i£!j6ai. »

Les destinées du Montanisme à Rome

sectes pour des œuvres divinement inspirées. C'est aux psautiers hérétiques qu'il s'attaque ici spécialement. Il en dénonce les auteurs : or sur les noms qu'il cite, il en est trois, celui de Valentin, de Basilide et de Montan (ce dernier désigné par une périphiase) dont nous savons par ailleurs que des psaumes leur étaient communément attribués ^. Le una cmn (ligne 84) établit donc entre eux, non pas une liaison de temps ou de lieu, mais seulement une similitude d'activité littéraire. Nous rencontrons donc là un témoignage qui intéresse le Montanisme et signale pour la condamner, une de ses formes de propagande. L'auteur du Muratorianum est peu favorable aux prétentions de la prophétie nouvelle (notez le prophetas compléta numéro, ligne 79 ^) et il tient à constater que les odes sacrées auxquelles la secte attribue une haute valeur religieuse ne trouvent aucun crédit dans l'Eglise dont il est le porte-parole, et sont rejetés sans rémission, au même titre que celles de gnostiques tels que Valentin ou Basilide.

Il semble que l'évolution défavorable, opérée par Zéphyrin sous l'influence de Praxéas, ait définitivement compromis l'avenir du mouvement à Rome. La dispute entre Caius et Proclus est le dernier épisode marquant de son histoire dans la métropole du monde occidental chrétien. Hippolyte n'a pas jugé inutile de le combattre à nouveau dans ses Philosophoumena, peu avant 230 ^. Si l'on ajoute foi aux inductions (d'ailleurs douteuses) de certains critiques, il lui aurait même prêté une attention toute spéciale *. Toujours est-il que dans

^ Voir plus haut, p. 62.

^ Sur la portée de l'expression, cf. p. 548.

3 Philos.. VIII, XIX (Sources, n» 58).

* Voy. Sources, Introd., chap. III, § iv et chap. IV, § iv et v.

cet ouvrage il ne paraît pas le prendre très au sérieux. Il reconnaît que « cette hérésie a été pour beaucoup le principe de fâcheuses erreurs ». Mais aussitôt il ajoute : « En voilà assez sur ces gens-là : il suffit d'indiquer sommairement que la plupart de leurs livres sont pure niaiserie, et leurs entreprises chétives et indignes d'aucune considération. Inutile à ceux qui ont l'esprit sain d'y prêter attention. » Évidemment le Montanisme romain n'était déjà plus redoutable, et l'on commençait à oublier les transes de naguère, quand Tertullien, honneur de l'Eglise d'Afrique, s'était jeté avec éclat dans la lice.

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