XXVI-XXVII
=» TU., III. 3-4, p. 461.
* Chron., 1, 363.
qu'Agathonice dut passer en jugement comme ses deux compagnons 1. En outre, si le rédacteur avait une arrière-pensée favorable au Montanisme, pourquoi a-t-il été discret au point de n'en rien trahir dans ses commentaires ? Et s'il était catholique, aurait-il loué à plein cœur des martyrs montanistes ? Quant à l'indication relative à Tbyatire, la date où cette ville passa au Montanisme comme aussi l'époque du martyre de Carpus et de ses compagnons sont trop incertaines pour qu'il y ait lieu d'en tirer argument.
Il faut donc nous résigner à ignorer les destinées du Montanisme en Orient dans la seconde partie du III™^ siècle. Les écrivains ecclésiastiques de l'époque, je dis ceux qui vivaient en Asie même, sont muets sur son compte. Je n'ai relevé aucune allusion à la secte ni chez Grégoire le Thaumaturge, ni chez Methodius d'Olympe, ni chez Anthime de Nicomédie 2.
Il semble que d'assez bonne heure les montanistes orientaux aient renoncé à leur rêve de conquête, en présence de la guerre acharnée qui leur était faite. Le ton auquel était montée la discussion entre les deux partis adverses, la virulence de leurs réciproques anathèmes, n'étaient point pour faciliter les rapprochements ou les compromis. Ni d'un côté ni de l'autre, on ne paraît avoir souhaité une entente, ni même l'avoir considérée comme possible. Ils se resserrèrent donc, se replièrent sur eux-mêmes, en un isolement dédai-
^ DucHESNE, Hist. anc. de l'ÉgL, I, 267, note.
^ Celui-ci aurait eu l'occasion de mentionner les montanistes aux § iv et s. du fragment lUpl Tf,? ày:'a; âx/ATii-'a; (publié par Merc.^ti, Studi e Testi, V, Roma, 1901, p. 96), là où il énumère une série d'hérétiques. Et pourtant il ne les nomme point.
Le Montanisme oriental au IV siècle 493
gneux 1. A lire le Panarion d'Êpiphane, on pourrait croire que la secte s'était émiettée en petites Eglises rivales. Epiphane, en effet, rattache à l'alpeatç twv <ï>puYwv celles des
TaffxoBpouyïxat, des KuivxiXXtavot, des IleTrouÇtavo;, des AoTOTuptrai,
des npiffxtXXiavoi, et même celle des TcddapEd/.aiSsxaTtTat (= les Quartodécim.ans) ^. Mais il a grand'peine à démêler la filiation ou l'affinité réelle de ces variétés, et il trahit son embarras par la gaucheiie même des expressions qui lui servent à marquer le rapport des unes aux autres. En réahté il ne semble pas que le schisme ait sérieusement entamé l'unité de l'Eglise montaniste, et Théodoret a sans doute raison quand il observe que les dénominations par où on la désigne ne correspondent point à des groupements distincts, mais à différentes manières de considérer un groupement à peu près identique ^.
Ce qui est sûr, c'est qu'elle conservait, surtout en Phrygie, des positions très fortes. Aussi, quand au IV"^^ siècle l'Eglise, réconciliée avec l'Empire, eut enfin le loisir de retracer les étapes de son passé et de cataloguer les hérésies qui avaient entravé son progrès, le Montanisme eut sa place marquée dans les récits de ses historiens et dans les répertoires de ses hérésiographes. C'est à Eusèbe, à Didyme, à Epiphane, à Jérôme que nous devons les notices grâce auxquelles nous pouvons reconstituer approximativement ses origines et certaines parties de son développement. Or, ils n'en parlent point comme d'une hérésie défunte et désormais inoffensive, mais comme d'une secte bien vivante encore, et même florissante en certaines parties de l'empire. Quoique résignés apparemment à vivre en marge de la grande Eghse, les montanistes n'avaient pas perdu leur goût de dialectique, leur passion d'argumenter à grand renfort de textes scripturaires
^ Cf. Sozomène, H. E., II, xxxii, i (Sources, n" 167).
^ Sources, p. 137 et s.
^ Haer. Fab., III, 11 (Sources, n° 172).
et de considérations historiques. La Discussion découverte et publiée par G. Ficker donne un curieux spécimen des controverses auxquelles ils devaient consentir ici et là, ou même provoquer les catholiques, pour faire honneur à la cause qui leur était chère ^. Il ne serait pas impossible que Didyme l'Aveugle fût l'auteur de cette Discussion. En tous cas, Didyme a consacré aux montanistes plusieurs chapitres de son grand ouvrage sur la Trinité. Or on a remarqué ^ que « les erreurs anciennes n'excitent nullement sa curiosité » ; que « les hétérodoxes contemporains qui n'exercent aucune influence ne l'attirent pas davantage », et qu'il réserve ses réfutations aux hérétiques contre lesquels il y avait un intérêt réel et pratique à mettre en garde les fidèles : eunomiens ou macédoniens, manichéens, — et montanistes.
Certaines attestations plus explicites nous permettent de déterminer les principaux centres montanistes orientaux, au IVme siècle. S'inspirant, selon toute vraisemblance, de renseignements oraux, saint Êpiphane signale la survie de la secte en Cappadoce, en Galatie, en Phrygie, et surtout en Cilicie et à Constantinople 3. Saint Jérôme qui connaissait bien la Galatie, par laquelle il avait passé en 373, note également le pullulement des conventicules hérétiques à Ancyre, et dans la liste sommaire qu'il en dresse il cite les Cataphrygiens ^ .
Il est probable que là où les éléments montanistes paraissaient n'avoir point conservé d'existence distincte, c'est qu'ils avaient fusionné ou qu'on les confondait avec les Églises novatiennes. Du Montanisme au Novatianisme, il n'y avait eu, la chose est historiquement certaine, aucune filiation
^ Sources, n" 79 et l'analj^se donnée dans Y Intioductioti des Sources, chap. V, § IX.
" G. Bardy, Didyme l'Aveugle, Paris, 1910, p. 240. 3 Pan., XLVIII, xiv (Sources, \\° 88).
* Comm. in Gai., 11, 2 (Sources, n^ 114).
Montanisme et Novatianisme 495
directe ; mais le même esprit vivait au fond de ces deux schismes, le même rigorisme implacable qui se traduisait pratiquement par le refus de toute pénitence à certaines catégories de pécheurs, par la prohibition des secondes noces, par la prétention à une exceptionnelle sainteté. Les « Spirituels n du Montanisme et les « Purs » (ol KaOapo-: ; mundi) du Novatianisme étaient faits pour se tendre la main ^. Or, en Phrygie — nous le savons par l'historien Socrate, lequel parle de la secte novatienne avec une remarquable sûreté d'information, et avec une sympathie qui ressemble à de la complaisance, — les Eglises novatiennes prospéraient. Il en allait de même en Paphagonie, en Lydie, en Bithynie, etc. 2. A. Harnack suppose avec raison qu'en maint endroit, et spécialement en Phrygie, il dut s'opérer une sorte d'amalgame de ces âmes de même essence et de même qualité ^.
En règle générale, cependant, les deux sectes vivaient côte à côte, maintenues dans leur cadre par la différence même de l'organisation qu'elles s'étaient données. Sans chercher à innover, les novatiens étaient demeurés fidèles au type traditionnel de la hiérarchie catholique. A l'imitation des orthodoxes, ils dressaient des listes épiscopales où étaient indiquée
^ E. ScHÉRER, Esquisse d'une théorie de l'Église chrétienne, Paris et Strasbourg, 1845, P- 63 ; Monceaux, Hist. litt. de l'Afrique chrét., II, p. 34. Notons pourtant que les montanistes demeuraient plus rigoureux encore que les novatiens, par exemple dans la question du second mariage, où la discipline novatienne comportait, selon les pays, certaines oscillations : cf. Socrate, H. E., V, xxii.
^ H. E. (éd. Hussey), IV, xxviii ; II, xxxviii, jS ; III, xi, 3 ; VI, XIX, 7 ; VII, XII, II.
^ Mission..., II ^, p. 265 et 185, n. 2. — Le nom de Montan est quelquefois rapproché de celui de Novaticn (ou de Novat, selon la confusion usurllc) : V. g. Jérôme, Ép., Lxxvii, 4 (Sources, n" 128) ; Adu. louiri.. II. ni (Sources, n" 126) ; Pacicn, Ép. I ad Sympronianum, i (Sources, n" 92) ; ibid., II, m.
la succession des évêques sur les sièges les plus importants ^. Les montanistes, eux, avaient tenu à marquer, par l'originalité d'une structure hiérarchique partiellement nouvelle, leur scission définitive avec la grande Eghse, dont ils ne voulaient plus comme elle ne voulait plus d'eux. Cette transformation, qui est un des phénomènes les plus intéressants de leur histoire, saint Jérôme nous la fait connaître en ces termes, dans une lettre à Marcella, écrite vers 382-385 ^.
« Chez nous, les évêques tiennent la place des Apôtres : « chez eux, l'évêque ne vient qu'au troisième rang. Au pre- « mier rang, ils placent les Patriarches de Pépuze, en Phrygie ; « au second rang, ceux qu'ils applelent Koivovo- ; et ainsi, « c'est au troisième rang, autrement dit, presque à la der- « nière place qu'ils relèguent les évêques, comme si leur « religion devait prendre plus de prestige parce que ce qui « est chez nous au premier rang est chez eux au dernier. »
Il y a, dans ce morceau capital, une indication fort mystérieuse. Je cite en partie le latin lui-même, et je l'y souligne : « Apud nos apostolum locum episcopi tenent : apud eos episcopus teitius est. Habent enim primos de Pepusa Phrygiae patriarchas, secundos, quos appellant xo'.vcovoij;, atque ita in tertium, paene ultimum, gradum episcopi deuoluuntur... » Tel est le texte fournit par M. J. Hilberg dans son édition de la Correspondance de saint Jérôme ^. La forme xo-.vwvoû; est une conjecture de M. Hilberg. Les manuscrits trahissent quelqu'incertitude. On rencontre :
Caenonus, dans A = Berolinensis lat. 17, s. IX.
n = Turicensis Augiensis 49, s. IX.
D = Vaticanus lat. 355 -f 356, s. IX-X.
Cenonos dans B = Berolinensis lat. 18, saec. XII.
Marianus Victorius, évêque de Rieti, signale dans son
^ Socrate, H. E., V, xxi ; VII, vi, xii, xvii, etc.
- Ép. XLi, 3 (Sources, no 113).
3 CV. LIV, 313. Cf. P. L., XXII, 476.
Les Ko:-,,,);o; de saint Jérôme 497
édition une cutre leçon, iconomos, que M. Hilberg n'a pas relevée ^. La plupart des éditeurs antérieurs à M. Hilberg écrivent Cenonas.
Que représentaient au juste, dans l'organisation phrygienne, ces titulaires énigmatiques ? Dôllinger pensait qu'il s'agissait peut-être d'une classe spéciale de surveillants, et il suggérait la correction Zenones ^. Schwegler ^ (se rappelant sans doute que les évêques, responsables de la gestion des biens ecclésiastiques, se faisaient quelquefois aider par des « économes ») ■*, admettait une consolidation de cette fonction occasionnelle, parmi les montanistes, et proposait o'.xovdu.o-jç : hypothèse à laquelle devait plus tard se rallier un moment M. Bonwetsch '".
Cependant, dans les Berichtungen und Ergànzungen par oii se clôt son Histoire du Montanisme, Bonwetsch notait, en 1881, qu'un édit porté par Justinien contre les montanistes mentionne des « xotvwvwv (au génitif) ^ » après les patriarches et avant les évêques. « 'iStxojç Sa tizl -olq, àvoaîo'.; MovravciTTaîç 6£(î'7r''Çoa£v, (jl)(7T£ [XT|8£va (juY^ojpsïfîOat twv xaXouaévojv aùrcov izx- TOtap^ojv xai xotvwvwv r, âTrtdxÔTTcov Yj Trpea^'jTspcov v- Staxôvojv y,
àÀXwv xÀTjp'.xojv... '^ ». Hilgenfeld ^ s'empara, trois ans plus
^ Parisiis, apud Sebastianum Niuellium, sub Ciconiis, uia lacobaea, MDLXXVIII, cum priuilegio Régis, t. II, p. 172 : « Iconomos habent quidam hic codices manuscripti, non Cenones, uerum incertum quae nerior lectio sit. Cenones Phrygium forte uocabulum est. «
2 Th. Nep. Hôrtig, Handb. d. christl. Kirchengeschichte neii bearb. von Th. Jos. Ign. Dôllinger, 1831, I, Abth. I, p. 284.
^ Op. cit., p. 291, n. 131. Il rapporte la conjecture à Danz, Lehrb., I, 129. Schwegler cite aussi l'hypothèse de Baumgarten-Crusius {Handbuch, I, 179) = y.avovîr, qui serait employé ici, comme quelquefois dans le grec courant, pour désigner des personnes.
* Cf. Hefele-Leclercq, Hist. des Conciles, II, 2, p. 812.
^ GM., p. 165, n. 3.
® Il y a deux formes en grec classique : /oivwv, -jdvo;, et xo'.vjdvôç, 6:. ôv, Ko;v(,)vrj; est scripturaire : cf. // Cor., vin, 23 ; Phil., 17, etc.
' Cod. Justin., I, v, 20 (Krùger, p. 58). Datée du 10 des Calendes de décembre 530. Sources,, n° 190.
^ Ketzergesch..., p. 578, note 975 et p. 598.
tard, de cette indication, dont Bonwetsch n'avait pas eu le loisir de tirer parti ; il déclara que les Cenonos de saint Jérôme devaient incontestablement être identifiés avec les xotvojvo; de cet édit, et qu'ils tenaient sans doute auprès des patriarches de Pépuze un rôle analogue à celui qu'aux premiers temps de la secte Alcibiade et Théodote avaient joué auprès de Montan, Thémison auprès de Maximilla, etc. — Chose assez curieuse, le rapprochement signalé pai Bonwetsch et appuyé par Hilgenfeld en ces termes formels échappa pendant plusieur'^ années à l'attention des critiques les mieux informés d'ordinaire. Dans l'excellent commentaire de sa traduction anglaise de l'Histoire Ecclésiastique d'Eusèbe, Mac-Giffert rattache encore Cenones à oixovoaoi ou à coena ^ : il ignore l'hypothèse de Bonwetsch et d'Hilgenfeld. Harnack l'ignore également dans la troisième édition de sa Dogmcngeschichte (1894) 2, et de même, en 1895, dans son opuscule intitulé Zur Ahercius-Inschrift, où il écrit ces mots «... Cenonen (noch niemand hat sie si cher zu erklâren vermocht ; Oekonomen ?) 3. » Toutefois, dans une lettre privée adressée à Hilgenfeld en même temps que l'étude sur l'inscription d'Abercius, il lui fit connaître qu'il n'avait rencontré qu'après coup l'explication proposée par lui et qu'elle lui paraissait de toutes la meilleure*.
Cette même année (1895), M. J. Friedrich -^ appela de
^ A.-C. M*^ GiFFERT, The Church history of Eusebiiis, translatée! with prolegomena and notes, New- York, 1890, p. 232, note 25:0 Whether [this word] is merely a reproduction of the Greek otxôvojxot (« administrators »), or whether it is a Latin word connected with coena, in either case the officers designated by it were économie officers, and thus performed the same class of duties as this ÈTiitpoTCo:, Theodotus [cf. Eus., H. E., V, xvi, 14] ».
^ T. I, p. 392, n. I : <i In den eigenartigen Gemeindcorganisation (Patriarchen, Œkotwmen, Bischôfe) bewahrten dièse [montanistische] Kirchen ein Denkmal ihrer Herkunft. »
3 TU., XII, 4'', p. 25.
* Voy. Hilgenfeld, dans ZWT., XXXVIII (1895), p. 480 et 636.
^ Ueber die Cenones der Montanisten hei Hieronymus, Sitz.-Ber. der
Les Kocvwvot de saint Jérôme 499
nouveau le regard des savants sur la donnée hiéronymienne à propos d'un texte inclus dans le Cod. Monacensis N» 5508, du IX*"*^ siècle, et précédemment imprimé par Eusèbe Amort, dans ses Elementa iiiris canonici ueteris ^. Admettant le piincipe de l'identification entre Cenonos et Ko-.vwvoûç Friedrich s'étonnait qu'Hilgenfeld se tînt pour satisfait de l'avoir établie. Un point capital ne restait-il pas encore à élucider ? Qu'était-ce au juste que les Koivwvoî ? Le Cod. Monacensis ^, dans l'espoir de Friedrich, allait fournir la solution de ce problème insuffisamment élucidé.
On y lit une lettre, adressée par trois évêques de Gaule, Licinius, Melanius et Eustochius ^ à deux prêtres nommés Louocatus et Catihernus (ce sont là des noms bretons). J'en cite la première partie :
Dominis beatissimis in Chri- A nos bienheureux seigneurs
sto fratribus Louocato et Cati- et frères en Jésus-Christ, Lovoherno presbyteris Licinius, Mêla- catus et Catihernus, prêtres, — nius et Eustochius episcopi. Licinius, Melanius et Eustochius,
évêques.
Viri uenerabilis Sperati près- Par un rapport du vénérable
philos. -philol. u. der histor. Klasse der Ak. d. Wiss. zu Mûnchcn, 1895, p. 207 et s.
^ Augsbourg, 1757, t. II, p. 407.
^ Ce manuscrit est « un livre de canons, copié au IX™^ siècle. Pour la partie où se trouve notre lettre, il paraît reproduire un recueil de Conciles et autres textes analogues, constitué en Gaule, dans le courant du IX™'' siècle ». (DucHESNE, Revue de Bretagne et de Vendée, t. VII [LVII de la collection], 1885, p. 4).
^ Il s'agit, selon toutes vraisemblances, de Licinius, métropolitain de Tours, dont l'avènement dut se placer vers 509 environ (cf. Grégoire de Tours, Hist. Franc, 11, 38, 39, 43 ; m, 2 ; x, 31) et qui mourut vers 521 ; de Melanius de Rennes, et d'Eustochius d'Angers. Ces trois évêques prirent part au Concile d'Orléans, en 5 1 1 (cf. Mansi, VIII, 356). Les faits cités dans cette lettre se rapportent donc au début du Vl™e siècle : tel est le résultat auquel sont arrivés indépendamment l'un de l'autre Mgr Duchesne (art. cité, p. 7) et M. JiiLicHER (ZKG, XVI (1896), p. 666 et s.). L'opinion de Friedrich qui place l'incident à la fin du IV™"! siècle doit être abandonnée. \'oy. Sources, n» 187 où je donne le texte complet de la lettre.
La Crise Montanistc
byteri relatione cognouimus quod gestantes quasdam tabulas per diuersorum ciuium capanas circumferre non desinatis, et missas ibidem adhibitis mulieribus in sacrificio diuino, quas conhospitas nominastis, facere praesumastis ; sic ut erogantibus uobis eucharistias illae uobis positis calices teneant et sanguineni Christi populo administrare praesumant.
Cuius rei nouitas et inaudita superstitio nos non leuiter contristauit, ut tam horrenda secta, quae intra Gallias numquam fuisse probatur, nostris temporibus uideatur mergere, quam patres orientales pepodianam uocant, pro eo quod Pepodius auctor huius scismatis fuerit..., mulieres sibi in sacrificio diuino socias habere praesumpserint, praecipientes : Ut quicumque huic errori uoluerit inherere, a communione ecclesiastica reddatur extraneus.
Qua de re caritatem uestram in Christi amore pro eccle siae unitate et fidei catholicae.
integritate imprimis credidimus admonendam, obsecrantes, ut, cum ad uos nostrae peruenerunt paginae litterarum, repentina de praedictis rébus emendatio subsecuta, id est, de antedictis tabulis, quas a presbyteris non dubitamus ut decet consecratas, et de mulieris illis, quas conhospitas dicitis, quae nuncupatio non sine quodam trcmore dicitur animi, uel auditur, quod clerum infirmât,
prêtre Speratus, nous avons appris que vous ne cessez point de porter chez vos compatriotes, de cabane en cabane, certaines tables sur lesquelles vous célébrez le divin Sacrifice de la messe, avec l'assistance de femmes auxquelles vous donnez le nom de conhospitae ; pendant que vous distribuez l'Eucharistie, elles prennent le calice et osent administrer au peuple le sang du Christ.
C'est là une nouveauté, une superstition inouïe ; nous avons été profondément contristés de voir réapparaître de notre temps une secte abominable, qui n'avait jamais été introduite en Gaule :
les Pères orientaux l'appellent Pépodienne, du nom de Pepodius, auteur de ce schisme. A l'égard de quiconque oserait s'associer des femmes dans le ministère de l'autel, ils ont décidé que tout partisan de cette erreur doit être exclu de la communion ecclésiastique.
Aussi avons-nous cru devoir vous avertir et vous supplier, pour l'amour du Christ, au nom de l'unité de l'Église et de l'intégrité de notre commune foi, de renoncer, aussitôt que la présente lettre vous sera parvenue, à ces abus des tables en question, que nous ne doutons pas avoir été consacrées comme il convient par des prêtres, et de ces femmes que vous appelez conhospitae.
d'un nom qu'on entend ni ne prononce sans une certaine frayeur d'âme, d'un nom propre
Les Ko'vwvo; de saint Jérôme 501
et sancta in religione tam dete- à diffamer le clergé et à jeter la standum nomen pudorem incutit honte et le discrédit sur notre et horrorem... sainte religion...
C'est -sur le premier paragraphe de cette épître comminatoire que M. Friedrich construisait sa démonstration. Les évêques y formulent deux griefs. D'abord les prêtres incriminés célèbrent la messe sur des autels portatifs, de cabane en cabane ; puis ils se font assister par des femmes dans la célébration du saint Sacrifice, et leur permettent de prendre en main le calice et de distribuer au peuple la communion. Retenant surtout ce dernier abus, Licinius et ses collègues expriment l'indignation qu'ils éprouvent d!assister à une sorte de reviviscence d'une secte jusqu'alors inconnue en Gaule, et que, disent-ils, les Pères orientaux ont appelée « pépodienne », du nom de son fondateur Pépodius. Le crime de cette secte consistait justement à associer des femmes au sacrifice divin (mulieres sibi in sacrificio diuino socias habere...) : elle s'est attirée ainsi la condamnation des Pères d'Orient qui ont prononcé l'excommunication contre quiconque adhérerait à une semblable erreur.
L'interprétation de Friedrich était la suivante. Il observait en premier lieu que sous la leçon grossièrement déformée fepodianam se cache certainement une allusion à la secte « pépuzienne », c'est-à-dire au Montanisme. L'érudition peu sûre des trois évêques avait gardé sans doute quelque vague réminiscence du xxvii'"*' chapitre du de Haeresibus de saint Augustin où sont décrits les Pepuziani et où se trouve signalé l'abus du sacerdoce conféré aux femmes elles-mêmes : a ...tantum dantes mulieribus principatum ut sacerdotio quoque apud eos honorentur. » Le xxvii>"e chapitre du Praedestinatus, rédigé dans la première moitié du V'"*' siècle, avait pu leur fournir (calquée sur celle d'Augustin) une donnée analogue. Quant au nom de Pépodius, c'est le fruit d'une reconstitution tout arbitraire : il n'a existé aucun hérésiarque de ce nom.
Cela posé, M. Friedrich notait qu'au moment même où les évêques vont citer un canon des Pères orientaux — canon qui ne nous est parvenu dans aucun recueil conciliaire — ils emploient le mot sociae pour désigner les femmes que « Pepodius » faisait participer aux cérémonies liturgiques. Ce mot, ils l'avaient évidemment rencontré (selon l'estimation de M. Friedrich) dans l'original du canon oriental. N'est-ce pas là un trait de lumière, dont s'éclaire l'obscure question des Cœnonus ou Cenonos ? Rapproché du xo'.vovcov de l'édit de Justinien, et mieux encore de la traduction latine de cet édit où on lit : « Specialiter autem contra impios Montanistas sancimus ut nulli concedatur ex patriarchis eorum, quos uocant,- uel sociis, uel episcopis... etc. », ce terme socias ne se décelait-il pas comme l'expression technique par où les Pépuziens eux-mêmes désignaient une classe de dignitaires, dans leur hiérarchie ? Or ces dignitaires n'étaient point des hommes, c'étaient des femmes. On le savait, au temps de Jérôme, on le savait au temps de Justinien, et c'est pour cela que ni l'un ni l'autre n'avaient pris la peine de le spécifier. Mais depuis lors la notion de la valeur du mot s'était perdue, et de là les fluctuations du texte de Jérôme.
Les xo'.vcovot ou sociae étaient donc des femmes ! Voilà le fait nouveau que M. Friedrich s'efforçait de mettre en relief. Et il trouvait la justification de son exégèse dans l'histoire primitive du Montanisme. Une des oiiginalités du mouvement à ses débuts avait justement consisté dans l'étroite association de Montan, son initiateur, avec deux prophétesses, Maximilla et Priscilla. L'organisation ultérieure du Montanisme refléta cette sohdarité. Le patriarche de Pépuze fut considéré comme le successeur de Montan. Les prophétesses eurent pour héritières les sociae. Et cette hiérarchie spéciale au Montanisme fut surajoutée (le Code Justinien en fait foi) à une hiérarchie toute pareille à celle des catholiques. Aux sociae était dévolue sans doute la coopération aux cérémonies du culte ; peut-être aussi un office charismatique,
Les Ko'./t.)-,o; de saint Jérôme 503
en souvenir des premières prophétesses dont elles perpétuaient ainsi la fonction.
L'hypothèse de Friedrich était habilement aménagée, et le rapport que l'euteur avait su marquer entre l'organisation qu'il imaginait et la première constitution de la secte y donnait un grand air de vraisemblance.
Elle fut loin pourtant de lalUer les suffrages des critiques. A. Hilgenfeld, qui l'examina le piemier ^, y opposa un certain nombre d'objections, qu'il se contenta d'indiquer sans les développer à fond. Friedrich, remaïquait-il, veut que les trois évoques aient cité textuellement la décision conciliaire des Pères orientaux, et qu'ils y aient pris le mot sociae : mais on n'a nullement l'impression qu'ils aient eu sous les yeux un tel document, qui les eût é\'idemment préservées de leurs à peu près sur la secte « pépodienne » et sur le pseudo- Pépodius, son prétendu fondateur. Il est certain, d'autre part, que saint Jérôme a écrit « seciindos qiios appellant Cenonos (?) » il y a divergence dans les manuscrits sur le mot Cenonos, mais non pas sur ce masculin secundos qiws que nul n'est autorisé à changer en secundas quas pour les besoins d'une démonstration plus ou moins arbitraire. Les évêques gaulois ont bien eu l'intention d'assimiler les pratiques coupables de Lovocatus, de Catihernus et de leurs conhospitae à celles des Pépuziens ou Montanistes : l'abus qu'ils dénoncent consiste essentiellement à permettre à des femmes de distribuer l'Eucharistie. C'est là une donnée qui ne dépasse guère celle qu'Epiphane avait déjà consignée dans son Pa«ano«,XLIX, 11 ; et il est impossible d'en déduire légitimement que les Cenones ne fussent point des dignitaires de sexe masculin.
M. Jiilicher reprit à son tour la question dans un article de la Zeitschrift jiir Kirchengeschichte ^, et ses conclusions
^ ZWT., t. XXXVIII (1895), p. 635.
* T. XVI (1896), p. 664-671.
rejoignirent pour l'essentiel celles d'Hilgenfeld. Il souligna à son tour le caractère suspect de la correction de seciindos quos en secundas quas. Il n'admit pas non plus que l'on fût en droit d'attribuer une valeur technique quelconque au mot sociae, — socias habere n'étant que l'équivalent littéraire de Vadhihere employé plus haut dans la lettre épiscopale, et ne ressortissant nullement à la problématique décision synodale dont un fragment subsiste peut-être dans la phrase nt quicumque... extraneus. Il lui parut étrange aussi qu'au lieu de recevoir un titre prestigieux qui suggérât l'idée de leur position prépondérante, et de leur supéiiorité sur les évêques, les prétendues héritières des premières prophétesses eussent dû se contenter de cette dénomination de xo-.vtovoi qui n'exprime rien d'autre, selon Friedrich, que le simple droit de participer à l'offrande du saint Sacrifice.
Jùlichci maintenait d'ailleurs, contre Hilgenfeld, la possibilité qu'il y eût des femmes parmi les xo-.vojvoi, et déclarait Hilgenfeld trop exclusif sur ce point, puisque aussi bien, d'après le témoignage d'Ëpiphane, les montanistes incorporaient hommes et femmes indifféremment à leur clergé.
Depuis les discussions d'Hilgenfeld et de Jùlicher, la thèse de M. Friedrich n'a plus rencontré que de rares adhésions ^. Elle n'est acceptée ni par Loofs, - ni par E. von der Goltz ^, ni par Bonwetsch "*.
Je la crois également peu fondée. Friedrich a eu tort d'apercevoir dans le texte en litige des précisions qui n'y sont point. Ce que les évêques reprochaient aux deux prêtres bretons en cet endroit de leur mercuriale, c'était de trans-
^ V. g. ZscHARNACK, der Dienst der Frait, p. 187 et 1S8, n. 3 ; Schubert. die heutige Auffassung ii.Behandlung der KirchengeschichtcTxxhingevi, 1902 : cf. TLZ., 1903, col. 170.
2 TLZ., 1903, col. 170.
^ Ibid., 1903, col. 426.
< RE 3, t. XIII (1903), p. 423.
Les Krr.vw/o. de saint Jérôme 505
gresser le principe, dérivé de la F^ aux Corinthiens et de la F^ à Timothée, d'après lequel l'Église a toujours interdit aux femmes d'assumer les mimera sacerdotalia ^. Dans le cas présent, l'audace des conhospitae ne s'était portée qu'à de médiocres excès, puisqu'elle n'allait qu'à prêter aux prêtres incriminés une aide matérielle dans l'administration du sacrement de l'Eucharistie. Pourtant cette participation était jugée illicite et tombait sous les censures de l'Église. — Un des auteurs de la lettre, Licinius de Tours, avait fait un séjour en Orient (c'est Grégoire de Tours qui nous l'apprend) ^ ; sans doute avait-il gardé le souvenir, d'ailleurs assez confus, d'une secte dont on lui avait signalé les tolérances à l'égard des femmes. Il aura jugé bon, pour aggraver les avertissements qu'il faisait entendre, d'accord avec ses collègues, d'accabler les délinquants sous le poids de la réprobation que cette secte s'était attirée par son éclectisme impie. Mais il est téméraire d'aller chercher la teneur oificielle d'un décret conciliaire dans la form^ule d'excommunication dont il évoque la menace. Et, en tout état de cause, rien ne prouve que les mots sur lesquels Friedrich insiste surtout, et dont il fait le pivot de sa démonstration, doivent être attiibués aux « Pères d'Orient », et non pas aux rédacteuis de la lettre.
Il n'y a donc aucune lumière à attendre du document consigné dans le Monacensis 5508, pour la question des xoivwvo-'. M. Jûlicher exprimait l'espoir que l'étude des inscriptions de Phrygie apporterait quelque donnée nouvelle. Jusqu'à présent ce vœu n'a pas été satisfait. Tant de débats, pourtant, ont permis d'aboutir à une conclusion ferme, qu'il est loisible à chacun de prolonger par des hypothèses. On s'accorde
^ J'ai longuement traité ce sujet dans BALAC, 191 1 , p. 3 et s., 103 et s
- Hist. Franc. II, 39 (Arn'DT, Mon. Germ. hist.. Script, rer. Merov., I
p. 102) « Hic fcrtur in Oriente fuisse ac loca uisitasse sanctorum ipsanique
adisse Hierusolimam ac loca passionis ac resurrectionis dominicae, quae
in euangeliis legimus, saepe uidisse. »
5o6 La Crise Montaniste
à reconnaître que le terme, plus ou moins gauchement transcrit par les copistes, dont Jérôme se sert dans \'Êp. xli, est le même qui se trouve employé dans l'édit de Justinien. Il n'est pas impossible que saint Jérôme l'ait écrit sous sa forme grecque, transposée en latin dans la suite : c'est la solution à laquelle, comme on l'a vu, s'est arrêté M. Hilberg dans son édition de la Correspondance de Jérôme. Qu'étaient au juste ces xotvwvoi, quelles fonctions remplissaient-ils ? Ici, le champ est ouvert aux conjectures, puisque aussi bien les certitudes nous font défaut ^. Je n'ai pour ma part aucune difficulté à admettre que les patriarches et les xo-.vojvo; aient représenté, au sein de la secte, l'élément charismatique de la hiérarchie, en souvenir de Montan et des prophétesses, d'une part, et d'autre part, des acolytes zélés, tels qu'Alcibiade, Thémison, etc., qui les avaient si efficacement secondés dans l'accomplissement de sa mission 2. Au-dessous de ces héritiers des « spirituels » de l'époque héroïque, l'instinct traditionnel du Montanisme aura maintenu les formes séculaires de l'organisation catholique, ainsi vivifiée et « inspirée » par le haut. Ces cadres furent-ils constitués dès le lendemain de la mort des prophètes ? Rien ne nous autorise à l'affirmer. L'attestation de saint Jérôme, corroborée par celle d'Êpiphane, ne vaut que pour la seconde moitié du IV"^^ siècle, et le témoignage du Code Justinien se réfère à l'époque contemporaine, c'est-à-dire à la première moitié du VI"^<^.
Quelles qu'aient été les modalités de l'organisation montaniste, le fait même de la stabilité de cette organisation
^ Une des dernières en date est celle d'H. Achelis, das Christentum..., II, p. 52, n. Il, qui écrit : « Dièse Kônonen sind wohl die y.oivwvoi -raiv 7i:a6r,[jLâTwv to-j Xpio^To-j, ebenso wie die Màrtyrer die Zeugen des Leidens Christi sind. » Mais à l'époque où il nous est parlé de ces xoivcovo:', il n'y avait plus de « martyrs ».
- Peut-être les itiontanistes n'auraient-ils pas choisi ce mot, si saint Paul n'en avait pas fait un usage favorable : cf. // Cor., vni, 23. Voir aussi Phil., 17 et Hébr., x, 33, etc.
La hiérarchie montaniste 507
est indubitable. Nous rencontrons dans la secte, au IV"^^ siècle, le même goût d'exacte ordonnance dont son principal fondateur avait été lui-même pénétré. C'est là encore une différence qui la sépare des sectes gnôstiques. Au sein du Gnosticisme, il n'y eut que Marcion qui sut fonder une église. Chez les autres gnôstiques, l'impuissance à discipliner des communautés était notoire : ils ne produisirent jamais que « des conciliabules de dogmatiseurs » 1. — Moins conservatrice que la constitution du Donatisme - ; plus fidèle, en revanche, aux cadres héréditaires que la constitution du Manichéisme ^, la hiérarchie montaniste représente à souhait, et c'en est là le caractère le plus intéressant, ce qu'eût été l'Eglise, si Montan avait su la CDnquérir : l'édifice traditionnel aurait été respecté, maintenu, mais exhaussé et couronné par un fronton de « charismatiques », superposés au clergé officiel.
D'autres observations peuvent encore être formulées au sujet de la hiérarchie décrite par saint Jérôme. On notera ce titre de « patriarche » qui en marquait le sommet. Peut-être les montanistes l' avaient-ils emprunté aux Juifs, chez qui les « patriarches » de Tibériade et de Babylone occupèrent un rang primordial depuis les années consécutives à la ruine de Jérusalem jusqu'à la fin du IV^^^ siècle *. A l'époque où saint Jérôme en signale l'emploi chez les montanistes, il n'avait pas encore parmi les catholiques la valeur officielle et canonique qu'il devait prendre plus tard : il n'était qu'une
^ E. Renan, Marc-Aurèle, 148.
2 P. Monceaux, Hist. litt. de l'Afr. chrét., IV, 143 et s.
3 A. Harnack, DG., II *, p. 522.
'' Cf. J. B. Bingham, Orig. siue Antiq. Ecclesiae, trad. latine par J. H. Grischovius, Halle, 2'°« éd., 1724, t. I, p. 241.
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dénomination honorifique octroyée (tout à fait exceptionnellement) aux évêques ^. Etait-ce ces patriarches montanistes ou seulement les évêques montanistes que le canon VIII du concile de Laodicée désigne par le mot de [/.éy.aTot, la chose demeure incertaine ^. — D'après un renseignement un pevi tardif, puisque c'est Sozomène qui, vers le milieu du V"i6 siècle, nous le fournit ^, les montanistes installaient des évêques, en Phrygie, jusque dans les villages. Cette habitude, dont nous ignorons à quelle époque il faut en rapporter l'origine •*, ne leur était pas particulière : Sozomène la note également chez les Arabes, les Chypriotes, et chez les Novatiens de Phrygie ^ ; et l'on sait par surcroît que le « chorépiscopat » fut une institution assez longtemps florissante dans l'Eglise elle-même. Mais nous en pouvons conclure avec Karl Holl ^ que la secte était assez fortement ancrée parmi les populations rurales, et qu'elle y prenait un solide appui.
Dans ce « clergé » montaniste — le mot est employé dans ce même canon du concile de Laodicée (Iv xÀ-/-pto voaiCo-xévco Trap" aùxo?;) —, quel rôle les femmes tenaient-
^ D'après Bingham, Socrate serait le premier à l'avoir employé dans son Hist. EccL, écrite vers le milieu du V^e siècle, V, viii. Mais Hauck, RE ^, XIV, 764, le signale déjà dans un texte de Grégoire de Xaziance, Orat., XLii [xxxii], 23. Basnage (Excrcit. hist., p. 285) concluait donc à tort de l'indication de Jérôme que le titre de patriarche était encore inusité dans l'Église vers 382-385.
2 Ce concile eut lieu à Laodicée, en Phrj'gie Pacatienne, entre 348 et 381. Sources, n» 76.
3 H. E., VII, XIX. 2. Sources, n» 170.
* GiLLMANN {das lustititt dey Cliorbiscliôfe im Orient, Miinchcn, 1903, p. 30) la rapporte un peu imprudemment peut-être, en ce qui concerne les novatiens et les montanistes « in die Zcit vor der Trennung der bciden Sekten von der katholische Kirche. »
^ Loc. cit. — Pour les donatistes africains, cf. Monceaux, Hist. litt. de l'Afrique chrétienne, IV, 135. Étymologie du mot dans Gillmann, p. 2 (= -/(ôpa, campagne, et âTri-r/to-o:). Voir aussi pour l'histoire du chorépiscopat, dom Leclercq, Hist. des Conciles, II, 2 (Paris, 1908), p. 1196-1 237 et Dict. d'Arch. chrét. et de Lit., art. chorévêque.
^ Hermès, XLIII (1908), p. 253.
Les femmes dans la hiérarchie montaniste 509
elles ? J'ai dit qu'il est hasardeux de reconnaître dans les xoivcovo/ un institut de prophétesses, un or do féminin distinct dans la hiérarchie montaniste. D'autre part, saint Epiphane ^ écrit dans son Panarion : « Ils considèrent la sœur de Moïse comme une prophétesse et s'autorisent d'elle pour jitstifier V admission des femmes dans leur clergé. » Et un peu plus bas : « Chez eux, les femmes deviennent évêques, prêtres, le sexe n'y fait rien, car (disent-ils) dans le Christ Jésus, il n'y a plus ni mâle ni femelle (cf. VÉp. aux Galates, m, 18). » Ailleurs, il rappelle la même particularité de l'hérésie montaniste à propos des « Collyridiennes » 2. Cette secte, après avoir pris naissance en Thrace et dans la Scythie supérieure s'était propagée jusqu'en Arabie. Sur une sorte d'autel improvisé, les Collyridiennes exposaient aux regards un pain qui était ensuite offert en sacrifice « au nom de Marie », et distribué. Ces faits sont évidemment contemporains d'Êpiphane, puisqu'il rappelle qu'il écrivit à leur propos une lettre elç i-r^y 'Apa[B;av, sans doute aux Eglises d'Arabie. Dégagée des réflexions parasites dont sa prolixité naturelle ne manque pas de l'alourdir, la réfutation développée par Epiphane à l'encontre de ces femmes (qu'il a comparées à Quintilla, Maximilla et Priscilla) peut se résumer ainsi. Jamais, depuis que le monde est monde, aucune femme, soit dans l'ancienne, soit dans la nouvelle alliance, n'a exercé de fonctions de ce genre. Eve n'a pas osé y prétendre, malgré la complaisance dont elle a fait preuve pour le péché. La Vierge elle-même en a été exclue, et elle n'a pas joui non plus du droit de baptiser, puisque c'est de saint Jean-Baptiste que Jésus a voulu recevoir le baptême. Il en va pareillement des temps apostoliques. Vainement allègue-t-on l'exemple d'Anna ou des filles de Philippe : ces femmes furent des prophétesses, sans doute, mais non pas des prêtresses, 7rpocpiriT£ijou(jat, où ^sA^y UooupYoCdai.
^ XLIX, II ; Sources, n'^ 89.
2 Pan.. LXXIX, i ; Sources, n" 91.