‹ La crise montanisteChapitre 8 sur 60 · XIII (FUNK, I · texte numérisé non relu

XIII (FUNK, I

2 § XV (FuNK, I 2, 32). Sur l'ensemble du morceau, cf. J. Armitage RoBiNSON, dans JTS, XIII (1912), p. 350 et s.

^ J'indique quelque.s textes parallèles : Mt., x, 9 ; Actes, viii, 20 ; Didachè,

Le prophète au Il^e siècle 117

Le satirique Lucien, observateur ironique, mais point particulièrement malveillant, des chrétiens de son temps ^, esquisse dans l'opuscule intitulé la Mort de Peregrinus, le portrait d'un de ces coquins. — Adultère, pédéraste, parricide, Peregrinus a réussi à échapper à la juste colère de ses compatriotes. Il passe en Palestine, se fait initier à la « merveilleuse sagesse » des chrétiens, et devient parmi eux 7ipoï.Y,Tr,ç xal Oarrtâp/Tiç y.où çuvaytoyEuç ^. Mis en prison, il s'acquiert du même coup un grand renom de dévouement aux yeux de ses nouveaux frères qui le visitent en foule et, d'Asie même, lui envoient des délégations dont il reçoit force cadeaux ^. Une fois libéré, il reprend la vie errante ^ en compagnie de fidèles admirateurs qui ne le laissent manquer de rien, jusqu'au jour où s'étant rendu suspect par quelque peccadille rituelle, il est forcé de se tourner vers un autre genre d'opérations.

Les précautions suggérées par Hermas, comme aussi la description de Lucien, révèlent la place que la prophétie, au cours même du second siècle, occupait parmi les manifestations pneumatiques. D'autres textes encore, on recueille la même impression. Ainsi, saint Justin tirait argument des 7rpo9T,Ttxà ya.oî'Jii.ixTx de son temps pour démontrer à Tryphon que les grâces dont les Juifs jouissaient autrefois avaient été

§ XI, 6 ; 12 ; voici le passage d' Hermas, Mandata, X, xii : « HpàjTov aèv 6 à'vÔpwTio; ix£tvoç ô Soxtiiv Tivî-jfxa 'éy^s.r' i)<lioî éauTÔv xal OD.ei TrpwToy.aÔsSpt'av î'y eiv xal eÙÔÙ; i-(x\i6ç èaxt xal àvaiÔY]ç xal TioXûXaXo; xal èv xpuçaï; TioXXaïç àvai7Tp£9Ô[Aevoî xal èv É-répa'.; TroXXaïi; ini-xi: xal pLtaOov XajApivsi -rf,; Tipocpr)- Tciaç aOTOÛ" èàv 8È jxt) Xâp/;, où 7ipo<pï)T£-j£t. »

^ K. Meiser, dans les Sitz-Ber. der phil.-philol. u. der hist. Klasse der K. B. Ak. d. Wiss. zu Mûnchen, 1907, p. 313-325 : voir surtout p. 322. — La vie de Lucien s'encadre entre 120-130 et le règne de Commode.

^ Ed. Jacobitz, III, 274 et s.

^ Comparez le cas d'Alexandre, tel que le décrit Apollonius, dans Eusèbe, H. E., V, xviii, 6 et s. Je ne vois pas qu'il y ait lieu de supposer avec C. H. Turner [Studies in Early Chiirch Story, 1912, p. 18-19) <ïue Lucien ait visé Montan lui-même.

* § XVI

Ii8 La Crise Montaniste

transférées aux chrétiens ^. Saint Irénée observait, de son côté, qu'à l'époque où il écrivait, beaucoup de frères favorisés de dons spirituels qui, tels qu'il les décrit, rappellent tout à fait ceux qu'avaient vus éclore les communautés pauliniennes ^. A certains personnages éminents, la renommée attribuait le don de prophétie. Tel était le cas d'Ammia de Philadelphie ^ une prophétesse sur laquelle nous ne possédons d'ailleurs aucun renseignement précis ; de Ouadratus *, qu'il convient peut-être d'identifier avec l'apologiste du même nom ; de Polycarpe ^ , tout à la fois didascale, apôtre et prophète ; enfin, de Méliton de Sardes ^, — ces deux derniers, évêques l'un et l'autre, notons-le.

Au nombre des fragments découverts et publiés par MM. Grenffel et Hunt dans le premier volume de leurs Oxyrhynchus Papiri, il en est un que ]VI. Harnack a mis en valeur avec son ingénieuse érudition'. Ce morceau, malheureusement très mutilé, renferme d'abord une citation d'Her-

^ Justin, Dial. ciim Trypk., lxxxii : « Hapà y^P '^li'-'-'' ''-*• P-^/.p' ''^'' 7îpoçY)Ti/.à y(XÇ/ia\>.a.T:i âa-riV èl où xai avToi TwiÉvai osîf/.îTî Ôt; -tl Trà/a; h Tfô Y£V£'. OfAûv ovxa eîç Tifiâ; nEteTeÔy). »

2 Adu Haer., II, xxxii, 4 (P. G., vu, 829) : « Alii autem et praescientiam habent futurorum et uisiones et dictiones propheticas. » Ibid., V, VI, I (P. G., VII, II 37) : « KaÔwc xal tto/.aôiv à/.ojO[iEv iSî/.saiv àv zr, 'K/././riTta irpoçriTty.à y apt(T(j.aTa iyô^nut^i, xat TtavTOÔaîraï; Àa/o-jvTwv ôià to-j IIvî-Jiaxto- YXiôdcaiç, xal xà xpûçia xôiv àvôptÔTTwv eiç cpavôpbv àyôvTtov ètt'. tw ij-jasÉpovTi. xal xà ix'j<7xr|pta toû Ôîov èxSirjYoufiévojv. » Cf. aussi I, XIII, 4 (P. G., vu, 585) ; III, XI, 9 (P. G., VII, 889) ; et, quoique moins significatifs, III, xxiv, i et IV, XXVI, 5 ; IV, xxvii, 2.

' Eusèbe, H. E., V, xvii, 2. Il y avait une ville de Philadelphie en Cilicie, une autre en Lydie, non loin de la frontière phrygienne. Le nom d' 'Aixijiî'a est « exceptionnellement fréquent » dans les inscriptions de Phrygie : cf. Paul Kretschmer, Einl. in die Gesch. der griech. Sprache, Gôttingen, 1896, p. 339.

* H. E., III, XXXVII, I : Cf. Harnack, TU, I, i, 103 ; Corssen, ZXW, II (1901), 294 ; Zahn, Forsch., VI (1900), 41 et s.

^ Martyrium Polyc, xvi, 2 (Funk, I ^, 334) : « ... 'O ûa-jixaiiwrxTo; ixip-v; lIoA-JxapTTOç, èv xot; xa6' T||iâ; ypôvot; ûiôi<7y.a>.o;, à7to<r:o>.ixb; xal TrpoçTiTixbç Y£vô(j.Evo;. »

^ Eusèbe, H. E., V, xxiv, 5.

' Ueber zwei von Grenfell und Hunt entdeckie und publizicrte altchrisHiche Fragmente, dans les Sitz.-Ber. der kœn. preuss. Ah. d. Wiss. zu Berlin, 1898,

Le prophète au II™e siècle 119

mas où le Seigneur est censé décrire le véritable prophète qui, dans la « synagogue » des hommes pieux et justes, se met à parler au peuple comme le Seigneur le veut, sous l'action de l'ange de l'esprit prophétique ^. L'auteur inconnu du fragment remarque à ce propos que l'esprit prophétique est le corps, le collège de l'ordre des prophètes, xô dcoaaTsïov TYiç ■Koo(i>-r\xix.r^ç Tocqecoç ^ : autrement dit que c'est dans la Taçtç des prophètes qu'il se manifeste avec une activité supérieure. M. Harnack trouve très frappantes ces expressions mystiques. Elles expriment selon lui cette idée que les prophètes forment un groupe particuHer et tiennent dans la chrétienté une place spéciale. Il est dit un peu plus bas, dans le même fragment, que ce ccoaaTEiov est le corps de chair de Jésus-Christ qui s'est uni à l'humanité par l'intermédiaire de Marie. Voilà la métaphore célèbre de saint Paul sur l'Eglise - corps du Christ, restreinte aux seuls prophètes, qui sont représentés comme la vraie sève de l'Eglise, comme les chrétiens par excellence.

C'est peut-être au Ilm^ siècle qu'il convient de rapporter ce texte. La citation du Pasteur d'Hermas fournit un terminus a quo. M. Harnack s'avoue tenté d'attribuer le morceau à Méliton qui, au témoignage d'Eusèbe, avait composé un traité nspl 7:pocpiriT£''aç et dont certaines formules christologiques offrent quelqu'analogie avec celles qui viennent d'être transcrites ^.

p. 516 et s. — ■■ Le papyrus en question est écrit en onciales, le recto bien mieux conservé que le verso.

^ Mandata, XI, ix, 10 (Funk, I ^, p. 506). C'est Harnack qui a reconnu cette citation dont la source avait échappé aux éditeurs.

^ Voici le passage au complet : « Tô yàp TipoçrjTtxov 7rv(£Û(A)a to (ja)|xa- TEtôv èa-iv TYJ? TTpoçYiTixfi; ti^sto; 0 k'iTiv TÔ aw[J.a -rfi; (rapxôç 'I(ir)iTo)-j X(pt(iTo)'j TÔ (Atyàv T^ àvOpwTTÔTYiTc 8ià Mapia:. » Les éditeurs traduisent ainsi {Oxyr. Papiri, Part. I, London, 1898, p. 8) : « For the spirit of prophecy is the essence of the prophétie order, which is the body of the flesh of J.-C, which was mingled with human nature through Mary. » Ignace parle dans VEp. ad Smyrn., xi, 2 du T(i)[j.aT£tov de l'Église de Smyrne.

^ Cf. les fragments 6, 8, 13, 14, 16 dans Otto, Corp. Apolog., IX, 415, 514, etc.

Une telle appréciation, portée sur le collegium des prophètes à l'époque même des origines du Montanisme, aurait, au point de vue historique, un très grand prix. Mais, pour attrayante qu'elle soit, la conjecture de Harnack demeure incertaine. Lui-même a reconnu depuis lors que le fragment est « si court et si décousu qu'un jugement sûr en devient impossible » ^. Les rapports de terminologie ne tirent guère à conséquence : Méliton a été lu et sans doute imité longtemps après sa mort. Puis l'auteur du morceau décrivait-il un état de choses contemporain ou ne se livrait-il pas à des considérations abstraites sur l'excellence du charisme prophétique, envisagé sub aspedu aeternitatis ? C'est ce que nul ne peut décider, et l'on voit du même coup avec quelle prudence ce texte doit être utilisé.

Au surplus, dans les sphères hétérodoxes, la prophétie n'était pas négligée non plus. L'hérétique Marcus, qui opérait sur les rives du Rhône, se vantait d'en communiquer le don aux femmes qui se prêtaient à ses enseignements : nous devons à saint Irénée de connaître la formule dont se servait le rusé goète pour cette transfusion pseudo-charismatique ^. La voyante Philoumène avait gagné Apelle, le disciple de Marcion, par « ses miracles et ses prestiges » et c'est sous l'influence de son « énergie diabolique » qu'Apelle a\'ait écrit les Révélations reçues d'elle ^.

En Egypte, en Palestine, Celse notait les vaticinations délirantes de certains prédicants aux allures suspectes *...

Et pourtant, en dépit des documents, d'importance diverse, qui viennent d'être réunis, en dépit de raftîrmatit)n d'Eusèbe qui veut que la fréquence des charismes, à l'époque où le montanisme prit naissance, ait largement contribué à

^ Mission, I ^ p. 296, n. 2.

2 Irénée, I, xiii, 3 (P. G., vu, 581-4).

^ Tertullien, de Praesc, vi, 6 ; xxx, 6.

* Voir ci-dessus l'oracle n° 18.

Le prophète au Il^ne siècle

ses premiers succès \ il me paraît certain que la prophétie était loin d'avoir gardé en fait, au II"^^ siècle, la même fréquence et la même autorité que durant l'âge antérieur -. Déjà Clément de Rome, dans sa lettre aux Corinthiens, à cette communauté naguère si féconde en charismes, ne mêle aucune mention précise des prophètes chrétiens à ses longs développements parénétiques, où les conseils d'entière déférence aux YjYoûtxsvot reviennent si fréquemment. La comparaison de sa lettre avec la P"^ Êpître de saint Paul à la même communauté fait apparaître clairement l'évolution déjà accomplie vers la fin du règne de Domitien. Même silence dans les Lettres d'Ignace. Dans la Lettre de Barnabe, un mot très vague (xvi, 9) et rien de plus. — Franchissons moins d'un siècle et relisons les premières pages du de Praescriptione de Tertullien ^ On sait dans quelles circonstances ce traité fut écrit. Le Gnosticisme sévissait. Rompus à toutes les acrobaties de la dialectique, les gnostiques excellaient à éveiller le doute et le scrupule dans le cœur de ceux qui avaient la faiblesse ou la présomption de discuter avec eux. Un certain nombre de désertions avaient affligé l'Eglise ; et, en raison de la qualité, de la science, de l'apparente vertu des renégats, beaucoup d'âmes s'en étaient senties troublées. Tertullien s'applique, dès l'abord, à réagir contre cette redoutable contagion de scandale. « Eh quoi ! s'écrie-t-il, si un évêque, si un diacre, si une veuve, si une vierge, si un docteur, si un martyr même, s'écartent de la règle (de foi), faudra-t-il pour cela que l'hérésie devienne vérité ? Jugeonsnous de la foi d'après les personnes ou des personnes d'après la foi ? » N'est-il pas significatif qu'énumérant ainsi (vers 200) ceux dont la chute risquait d'être meurtrière aux âmes, à cause du prestige dont ils étaient entourés, il ne songe même

^ H. E., V, m, 4 : Sources, n" 68.

2 Opinion divergente dans Zscharnack, der Dienst dcr Frau., p. 65, et Weinel, Wirkungen, p. 34.

^ De Praesc, m, 5-6.

pas à citer le « prophète »? — Il faut noter encore, pour revenir aux montanistes, que lorsque ceux-ci cherchèrent pour leurs inspirés des ancêtres, ils n'en trouvèrent qu'un très petit nombre, en dehors des noms que leur fournissaient les Actes des Apôtres. Cette pénurie fait penser que la tradition asiate elle-même n'était guère riche à ce point de vue ^.

Soit tombée de l'ancienne ébullition des âmes, soit que le prophétisme eût été entravé à dessein, en raison des abus qui y étaient inhérents, le rôle de (( pneumatophore » avait donc subi au second siècle un incontestable déficit ^, encore que le phénomène de prophétie eût ici et là des reviviscences sporadiques.

Mais ce rôle n'était nullement périmé ^.

On était persuadé, à cette époque même, que le charisme prophétique devait subsister « dans toute l'Eglise » et cela « jusqu'à la parousie finale » ^. Cette conviction, l'Anonyme d'Eusèbe l'exprime d'un ton qui montre bien qu'elle était de tous partagée, et il la met sous le patronage de « l'Apôtre » (sans doute par combinaison de divers passages, tels que Éph., IV, 11-13 ; / Cor., i, 4-8 ; xiii, 8-10) ^ On croyait à

^ H. E., V, XVII, 2-4 (Sources, n" 70). Ammia et Quadratus sont seuls cités. Peut-être le tl Sr, -v/cnç iAAo-jç du § 3 implique-t-il qu'ils avaient réussi à en collectionner quelques autres.

^ Je ne sais si on ne pourrait appuyer aussi cette conclusion par le passage cité plus haut du Martyrinm Polycarpi (xvi, 2). Le rédacteur a l'air de fêter \xn glorieux et réconfortant anachronisme. — Noter encore l'interprétation qui fut quelquefois donnée, dès le début du Illn^^ siècle, du Lex et Prophetae nsque ad lohannem (cf. p. 565) : on n'eût guère pu y songer, si la prophétie avait été une manifestation quasi quotidienne au second siècle.

^ Renan s'exprime peu exactement quand il écrit : « Des exercices spirituels disparus ailleurs continuaient de vivre en Asie ». (L'Égl. chrét.,

* H. E., V, XVII, 4. — Il y a, mais à dose très atténuée, quelque chose de la même idée, dans saint Justin, Dial., xlix, 7, et dans Tcrtullien, Adu. Marc, IV, xviii (Kr., 478, 15).

^ Mac-Giffert, dans sa traduction anglaise d'Eusèbe, p. 234, u. 10,

L'esprit traditionnaliste de la secte 123

une sorte de succession, de o'.aoo//, prophétique ^, dont il fallait que toujours il y eût ici ou là quelque dépositaire, pour en assurer la permanence et la transmission.

Telle était l'idée sous le couvert de laquelle se présentaient les prophètes montanistes. A entendre leurs partisans, il fallait les considérer comme les héritiers des Agabus, des Ammia, des Ouadratus, etc., dont ils avaient recueilli, par héritage, le don prophétique ; et ils ne faisaient autre chose qu'ajouter un maillon de plus à la chaîne ininterrompue et imbrisable des charismes "^

Prétention modeste en apparence. Je dirai quelles visées plus inquiétantes elle dissimulait. ^Vlais combien elle est caractéristique du Montanisme asiate ! . Ce qui frappe, dans toute cette période primitive de la secte, c'est l'esprit nette- V ment traditionnaliste dont les partisans des prophètes, et les prophètes eux-mêmes, étaient animés. OùSàv àTsp "(o^xor^ç XÉyoasv, « nous ne disons rien sans l'aveu de l'Ecriture », ce mot du Kerygma Pétri ^ aurait pu servir d'épigraphe à toutes leurs ordonnances, comme à toutes leurs apologies. On s'étonne qu'Ernest Renan ait tracé une phrase comme celle où il parle de ces «... montanistes qui prétendaient retrouver la pensée véritable de Jésus, altérée, selon eux, far ses disciples immédiats » *. Bien loin de jouer aux révolutionnaires, ils manifestaient en toute occasion le plus vif

déclare n'avoir pas trouvé le texte auquel l'Anonyme fait allusion. La solution ci-dessus me paraît la plus vraisemblable.

^ O'.coi^avTo (H. E., V, xvil, 4).

2 Eusèbe, H. E., V, xvii, 4 ; cf. Épiphane, XLVIII, i (Sources, p. 115, 1. 19. « ).£vovtî: 07'. Ocï r|[xâ; ^r^i''.. y.xl Ta ■/apî'iii.aTa ôiyj.'jba.'. ; Didyme, de Triit., III, XLi, 3 (Sources, p. 159). Eusèbe, III, xxxi, 4 ; cf plus loin, p. 187 ; 279.

^ Cité dans Clément d'Alex., Strom., VI, xv, 128.

* L'Égl. chréi., p. 441-2.

souci de marquer le lien qui les unissaient au passé ; ils protestaient que leur règle intellectuelle, morale, religieuse n'était nulle part ailleurs que dans les écrits inspirés où les chrétiens l'avaient toujours, avant eux, et cherchée et trouvée ^. On s'armait contre eux de l'Ecriture et de la tradition : c'est sur ce terrain qu'ils acceptèrent la lutte et, s'y jugeant très forts, ils eurent grand soin de s'y cantonner.

Parmi les arguments qu'ils alléguaient, nous en connaissons quelques-uns qui se réfèrent sûrement à la période originelle. Sans doute ni l'Anonyme d'Eusèbe, ni Apollonius, — sources essentielles pour nous — n'ont pris la peine de développer les moyens dialectiques d'adversaires détestés ; leur état d'esprit ne comporte à aucun degré un éclectisme aussi impartial. Mais au milieu de leurs plus vives ripostes, il leur échappe telle indication significative qui nous laisse entrevoir la procédure et les modalités de l'apologétique où le parti montaniste mettait son espoir. Ne retenons pour l'instant que quelques traits.

Ainsi, rien n'est plus frappant que le rôle joué par les martyrs dans toutes ces controverses. Il faut entendre ici par ce mot de « martyr » — selon l'usage chrétien primitif — tant les martyrs proprement dits, au sens moderne, ceux qui étaient morts pour la foi, que les « confesseurs », c'est-à-dire ceux qui avaient seulement souffert pour elle 2. Le mot de Pascal : « Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger » ^ résume une impression qui est de tous les temps. Aux yeux des premières générations chrétiennes, le martyr était l'image du parfait chrétien par la foi et par l'amour ; il atteignait la « perfection en Jésus-Christ » *, tous ses péchés étant effacés d'un coup par le sacrifice con-

^ Voir V Index sctipturaire dans mes Sources.

^ J'ai étudié l'histoire des mots \i.%^--j; et ôijlo/.ovoç (maHyr, confessor) dans BALAC, I (191 1), p. 50-54.

^ Ed. Brunschvicg, sect. IX, pensée 593, p. 595. * Ignace, ad Eph., m, i ; cf. Hcrmas, Vis., III, i, 9.

L'esprit traditionnaliste de la secte 125

senti. Il devenait digne, de la part de ses frères, d'une éternelle vénération, en tant que dépositaire privilégié des énergies de l'Esprit ^. Cette conviction était si profondément ancrée dans les esprits que, plus tard, saint Augustin, dans un de ses seimons, croira devoir rassurer les fidèles en leur affirmant que, l'ère des persécutions une fois close, il reste encore d'autres manières de « suivre le Christ » ^.

Or, bien loin de dénigrer le martyre et d'en rabaisser la signification religieuse, à l'instar de certaines sectes gnostiques, les montanistes en exaltaient la vertu. L'Anonyme rapporte qu'à bout de souffle leur faconde désemparée trouvait refuge dans l'exhibition orgueilleuse de ceux qui, parmi eux, avaient fait preu\'e du suprême dévouement,

« XéyovTSç TOUTO eivat T£xaY,ptov ttictcv tt,; ouvâu-sw; toC irao'

aûxoTç "kevou-ivou ■kooot^ti'kov TivcûaaTo; » ^. Ils tiraient donc de là un argument pour prouver que l'Esprit habitait véritablement parmi eux *. D'autre part les confesseurs jouissaient, dans la secte, du plus grand prestige. On leur reconnaissait le droit de « parler haut » ^, en vertu des mérites suréminents qu'ils s'étaient acquis. Ils formaient une catégorie spéciale à côté de la pléiade des prophètes ^.

^ Hermas, Sim., IX, xxviii, 3 ; TertuUien, de Piid., ix ; de Bapt., xvi ; Scorp., VI. Cf. Hellmanns, op. cit. ; Ernst Lucius, Les Origines du culte des Saints, trad. Jeanmaire, Paris, 1888, p. 70 et s. ; Vacandard, Études de crit. et d'hist. relig., III'"'' série {191 2), p. 62 et s. ; Gass, das christl. Mârtyrertum in den ersten Jahrh. und dessen Idée, ZHT., 1859, p. 323 et s. ; 1860, p. 316 et s. ; F. Kattenbusch, der Mârtyreititel, ZNW, IV (1903), p. 3 et s. ; F. WiELAND, Mensa u. Confessio, Mùnchen, 1906, p. 57 et s. ; H. Achelis, das Christentum.., 1912, t. II, p. 438-9 ; H. Delahaye, Les Origines du Culte des martyrs, Bruxelles, 191 2, chap. i.

^ Sermo ccciv, 2 et s. Je ne cite que la conclusion de ce très éloquent morceau : « Videtis certe, dilectissimi, quia praeter cffusionem cruoris, praeter uincula et carceres, praeter flagella et ungulas sunt multa, in quibus sequi possumus Christum. »

* Cf. Weinel, Wirkungcn.., p. 142 et s.

^ H. E., V, xviii, 5 «... (o; iJiipTu; xau y o) |j.£vo ; . »

^ H. E., V, xviii, 7 K ... TO'j; XEyoïxévou; irap' aOroï; 7tpoçr|Ta; xaî (làpT-jpa; ».

La pieté des foules montanistes les comblait d'aumônes ^, de témoignages de respect 2, et peut-être participaient-ils au « pouvoir des clés » dévolu aux prophètes ^.

De même quand l'Esprit, ayant élu sa demeure en Montan, Maximilla et Priscilla, permettait à ceux-ci de lire à livre ouvert dans l'âme de ceux qui les approchaient, et les incitait à louer les uns pour ce qu'ils apercevaient en eux d'excellent, et à condamner les autres « en face, d'une façon pénétrante et digne de foi » (H. E.., V, xvi, 9), faisait-il autre chose que de renouveler à leur bénéfice ce don de percer « les secrets des cœurs » que saint Paul lui-même avait attribué spécialement aux prophètes*, et dont il avait signalé l'étonnante action sur l'infidèle même et sur l'ignorant ' ?

Voici encore chez l'Anonyme d'Eusèbe une observation qui mérite d'être relevée. L'Anonyme écrit : « Puisqu'ils nous appellent assassins de prophètes, parce que nous n'avons

1 Ibid.

^ Voir le Commentaire de l'oracle n" 9.

* Cf. / Cor., XIV, 24-25.

^ Quelques phénomènes analogues sont cités par Weinel, Wirkungen, p. 184 et s. et dans le Théâtre Sacré des Cévennes, p. 24 ; 38-39 ; 47 et s. ; 69. En voici encore un ou deux spécimens : J. Vianey, Le bienheureux Curé d'Ars (coll. Les Saints), p. 122 : « ...Il reçut, comme saint Vincent Ferrier. le don de lire ouvertement dans les consciences. Presque chaque jour on le voyait sortir tout à coup de la sacristie ou du confessionnal et faire signe de la main à une personne qui venait d'entrer dans l'église : c'était toujours quelqu'un qui ne pouvait attendre ou qui était particulièrement digne de compassion... A quelques-uns, il faisait toute leur confession... Ainsi armé de ce don extraordinaire, qui s'ajoutait à une profonde connaissance du cœur humain, il n'hésitait point à aborder les incertains et les récalcitrants. Comme il devinait leur mauvaise volonté, tantôt il leur jetait au passage un regard qui les pénétrait jusqu'aux moelles, tantôt il allait les prendre par la main et les conduisait à son confessionnal. « Selon Bois, Le Réveil au pays de Galles, « Evan Roberts lit dans les âmes des auditeurs les obstacles qui s'opposent à la conversion, les obstacles moraux... » Cf. Rogues DE FuRSAc, p. 87 ; 149.

L'esprit traditionnaliste de la secte 127

pas accueilli leurs intarissables prophètes, — ce sont ceux-là, disent-ils, que le Seigneur avait promis d'envoyer à son peuple... )) {H. E., V, XVI, 12). Allusion évidente à l'évangile de saint Matthieu, xxiii, 34 ^. Le Christ avait dit : « ... 'ISoù èyco à7:o(jT£ÀXw Trpbç ûp.5cç TipocpT^xaç... » Ces prophètes annoncés, les montanistes les reconnaissaient en Montan, Maximilla et Priscilla, établissant ainsi un rapport étroit entre les propres paroles de Jésus et l'avènement des réformateurs, — contestés, honnis, comme le Maître l'avait aussi prédit.

Il n'était pas jusqu'à leur organisation même, dont certains détails ne rappelassent à dessein les formes d'action coutumières aux générations antérieures.

On entendait les catholiques jeter les hauts cris au sujet des combinaisons financières de Montan, de ces offrandes centralisées et confiées au soin d'un kizkoo-Koç, d'un adminis- "/trateur spécial. Etait-ce donc là une si offensante nouveauté ? Ignorait-on en Asie, dans la seconde moitié du 11'^^ siècle, une sorte de contribution que saint Paul avait approuvée ^ ; que, vers 150, saint Justin présentait comme courante ? (( Au sein des réunions chrétiennes, écrivait Justin, ceux « qui sont dans l'abondance et qui veulent donner, donnent (( librement, chacun ce qu'il veut, et ce qui est recueilli est « remis à celui qui préside, et il assiste les orphelins, les « veuves, les malades, les indigents, les prisonniers, les « hôtes étrangers : en un mot, il secourt tous ceux qui sont (( dans le besoin ^. »

En 197, Tertullien tracera, dans son Apologeticus, une description exactement parallèle *.

^ Et non pas à Jean, xiv, 26 comme le dit E. Schwartz (Eiisèbe H. E., éd. minor, p. 199). Le texte de Mt., xxiii, 34 est cité au complet comme argument montaniste par Didyme, de Trin., III, xli, 3 (Sources, no 107).

^ I Cor., XVI, I.

* Justin, Ire ApoL, lxvii. 6,

* Tertullien, ApoL, xxxix, 5 : « Etiam si quod arcae genus est, non de honoraria summa quasi redemptae religionis congregatur. Modicam

Cette méthode budgétaire, si le m(^t n'est pas trop ambitieux, ressemblait singulièrement à celle qu'on reprochait aux montanistes. Caisse centrale, libres offrandes ^ pour l'alimenter : des deux côtés le système était le même.

Pareillement les propagandistes qui circulaient à travers la Phrygie, et peut-être en franchissaient les hmites, pouvaient passer pour les successeurs authentiques des « ministres de la parole » (oï XaXouvTeç tôv Àôyov Too ()zoZ) 2, de ces prédicateurs itinérants qui, d'Eglise en Eglise, édifiaient les chrétientés primitives et les confirmaient dans leur foi. Montan pourvoyait à leur salaire, et, de cela, Apollonius lui fait grief ^. N'était-ce pas l'application du principe de l'Evangile : « L'ouvrier mérite un salaire », souligné par saint Paul dans sa I^^ Èpître aux Corinthiens ^ et dès longtemps appliqué dans la pratique quotidienne ^ ? Que si les veuves elles-mêmes y contribuaient de leur obole, il était licite de considérer ces humbles sacrifices comme la mise en œuvre du touchant récit de saint Marc ^.

unusquisque stipem menstrua die, uel cum uelit et si modo uelit et si modo possit, adponit. Nam nemo compellitur, scd sponte confert. « Cf. H.àrnack, Mission, I ^, 134.

^ On notera le nom de 7rpocyq;opai {H. E., V, xviii, 2) par lequel Montan désignait les dons volontaires. (È7i' ovofjLan Tîpoasopwv tt,v S(i)po/,r,'L!'av èTî'.Tîyvwixîvo;;. Le mot appartenait à la langue du N. T. (= oblation : Hebr., x, 5,8, 10, 14 ; Rom., XV, 16; offrande : Actes, xxiv, 17 ; xxi, 26 : cf. aussi / Clem., XL, 2 et 4 ; xxxvi, i ; Barn., 11, 6) et était bien choisi pour souligner la valeur religieuse qu'il entendait leur attribuer.

2 Didaché, iv, i.

^ H. E., V, xviii, 2.

* Luc, X, 7 ; / Cor., ix, 14.

^ Cf. Harnack, Mission, I ^, 136-7.

* Me, XII, 41-44.

Uurchristîich dans le Montanisme 129

Et maintenant, qu'on se rappelle les points fondamentaux de la doctrine montaniste, les idées des prophètes sur la Jérusalem céleste, sur l'approche de la consommation finale, sur la haute valeur religieuse du sacrifice de soi-même, leur mésestime des secondes noces, etc., toutes notions familières aux fidèles des deux premiers siècles, — sans compter la qualité de leurs métaphores elles-mêmes où rien n'était pour déconcerter les fidèles par des combinaisons verbales imprudemment nouvelles 1 —, et l'on comprendra la demiillusion de beaucoup de critiques qui ne veulent voir dans le Montanisme qu'une régression subite vers la mentalité chrétienne primitive, une reviviscence des modes de penser et de sentir qui allaient s'affaiblissant à mesure que l'Ëglise affermissait ses formes hiérarchiques, et comme une exaltation indignée du conservative principle contre l'inévitable déchet de l'idéal des anciens jours ^.

Je dis ^emî-illusion, car l'accord foncier de la prédication montaniste avec la plupart des tendances morales chères aux chrétiens de stricte observance ne peut être méconnu. Volontiers m' approprierais-] e le jugement de Ritschl ^,

^ Voy. oracles, no^ 4^ 5^ 8.

2 Ramsay, Expositor, third Séries, IX (1889), p. 256. Et déjà avant lui, G. Arnold, Wernsdorf, Ritschl, Hilgenfeld, de Soyres, Farrar, — On pourrait citer ici maints passages de John Wesley, lesquels sont tout à fait conçus dans le même esprit. Wesley se déclare convaincu que les Montanistes « were real, scriptural Christians » {The Works of the Rev. John Wesley, éd. by Thomas Jackson, London, 1856-7 : Rev. J. Wesley's Journal, t. II, p. 204). Il revient à maintes reprises (peut-être avec une arrière-pensée d'apologie personnelle) sur le rôle admirable joué par Montan « one of the holiest men in the second century » {Works, VI. Sermons, II, p. 328). Voy. encore ibid., Sermons, II, p. 261 ; vol. X, p. 47, p. 50 : Letter to the Rev. D^ Middleton ; vol. XI, p. 485-486 : the real character of Montanus.

^ Entstehung ^, p. 509.

quand il écrit : « Der Unterschied des Montanismus von dem ubrigen Gebiete der christlichen Kirche... nur als ein quantitativer anzusehen ist. » Le Montanisme ramassait en soi, revivifiait, portait au plus haut degré d'exaltation et d'enthousiasme maintes croyances issues de la pure sève chrétienne.

Ses défenseurs en avaient si bien le sentiment qu'ils se donnaient, et exigeaient qu'on les regardât, comme les fils les plus pieux de la foi héréditaire. C'était au nom de ce conservatisme scrupuleux qu'ils répétaient que l'Esprit était immanent dans l'Église, que nul n'avait le droit de lui imposer silence, et de l'empêcher de faire connaître ses volontés par les interprètes qu'il s'était choisis.

Mais combien ceux-là se méprennent qui, dans les aspirations montanistes, ne voient que de Vurchristlich! S'il en eût été ainsi, les Eglises d'Asie eussent-elles éprouvé une telle stupeur en face de la prophétie nouvelle ^, et senti si vivement le besoin de se défendre contre elle ? Ritschl luimême convient de Vaparten und unheimlichen Gepràge '^ de la secte. C'est justement ce caractère « bizarre », « inquiétant », qu'il faut définir, si l'on veut s'expliquer l'importance historique du Montanisme, et les résistances qu'il suscita.

Négligeons provisoirement les dehors de l'extase montaniste, ces agitations convulsives, dont les contemporains furent si fort scandalisés. Ne considérons que la façon même dont les prophètes présentaient leur mission et dont leurs

^ Ce mot de via TrpoçîriTîi'a, qui fut employé dès la première heure par les montanistes eux-mêmes (cf. p. 1 7, note 4) est à soi seul significatif. Pour eux, la parole de Montan marquait donc une ère nouvelle, en ouvrant, plus intarissable que jamais, les écluses de la grâce, selon la prophétie de Joël : « In nouissimis diebus, etc. » — Autres interprétations de ce terme dans Bonwetsch, Montanismus, p. 133 (cf. H. Monnier, La notion de l'Apostolat, p. 337) et dans Leitner, die bibl. Inspir., p. 124 — cette dernière, fausse sans aucun doute.

^ Entstehung ^, p. 510.

Montan, incarnation du n Paraclet » 131

sectateurs la justifiaient : « C'est moi qui suis le Père, le Fils et le Paraclet ». « C'est moi le Seigneur Dieu le Père qui suis venu ». « C'est moi le Seigneur tout-puissant qui réside dans l'homme ^ ». « Je suis Parole, Esprit, Force ^ ». « Ne m'écoutez pas, moi, mais écoutez le Christ ^ ». Prises au pied de la lettre (et c'était bien ainsi qu'ils voulaient qu'on les prît), de telles déclarations n'allaient à rien de moins qu'à représenter chacun des prophètes comme l'habitacle vivant de la Divinité. Les fidèles, les évêques eux-mêmes, n'avaient dès lors qu'à s'incliner très humblement devant un magistère où rien ne subsistait plus des incertitudes et des erreurs inhérentes à la créature. Loin de revendiquer pour soi ces adorations, les prophètes proclamaient leur passivité absolue sous l'archet divin qui faisait résonner en eux ses vibrations sacrées ^. Leur orgueil ^ était fait d'humilité. Derrière l'enveloppe de chair où il lui avait plu de s'enfermer, c'était l'Esprit lui-même qui, se servant de leurs organes, apportait à l'humanité, sur qui l'irréparable était suspendu, ses avertissements suprêmes et ses définitives révélations.

Du même coup se réalisait en Montan une promesse formelle du Christ. J'ai signalé plus haut l'usage que faisait la secte de Mt, xxiii, 34. Mais c'est surtout dans l'Evangile de Jean qu'elle rencontrait les textes décisifs dont elle s'armait contre les doutes des sceptiques.

Dans le discours après la Cène, au moment où le Christ venait d'annoncer aux apôtres son prochain départ, il les avait réconfortés en leur faisant connaître son intention de leur envoyer un consolateur, un « Paraclet » ^.

^ Oracles, n^'' i, 2, 3.

^ Oracle n° 12.

^ Oracle n" 13.

* Oracles n^s 5 et 14.

* Notez le non faciam de l'oracle n° 9.

^ UsENER (ALL., II, 230) fait remarquer que chez Démosthène,

« Si vous m'aimez, leur avait-il dit, gardez mes commandements et moi, je prierai mon Père et il vous donnera un autre Paraclet qui soit avec vous sans fin, l'Esprit de vérité, celui que le monde ne peut recevoir parce qu'il ne le voit ni ne le connaît, mais que vous connaissez parce qu'il demeurera parmi vous et sera en vous » (xiv, 15-17). Le Paraclet, l'Esprit-Saint que mon Père vous enverra en mon nom, celui-là vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous disais» [ibid., 26). «Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi » (xv, 26). « Il vous est avantageux que je m'en aille, car si je ne m'en vais point le Paraclet ne viendra pas à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. Et lorsqu'il sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement... J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne les pourriez porter présentement. Quand viendra cet Esprit de vérité, il vous instruira dans la vérité tout entière. Il ne parlera pas de lui-même. Il dira ce qu'il entend, il vous annoncera l'avenir. Celui-là me glorifiera, parce qu'il prendra ce qui est à moi et vous l'annoncera... » (xvi, 7-8 ; 12-14).

Ambass., i, les ■Ko.piy.y.-qzoï, sont ceux qui, soit par amitié, soit par intérêt de parti, soit par concours payé « .dem Beklagten vor Gericht ihren Beistand leihen und nôtiger Falls Fùrbitte fur ihn bei den Richtern einzulegen bereit sind. » En somme le Trapix>,r,To;, c'est 1' « intercesseur » : {Furbitter). Nuance analogue chez Bion, cité par Diog. Laërce, iv, 50 : « ripoç xbv àôoXéT)(r)v XiTiapoûvra aùtti) axjWx^i'jba.i, « ~h iy.av6v ijot ■Koi7\Ttii . ÇYifflv, ààv 7tapaxXr|Touç 7rÉ(j.4'riî xal aÙTÔi; (iri eXôy)i; » ; et aussi chez Philon, De losepho, xl. Joseph dit à ses frères, après s'être fait connaître d'eux : « 'AjjLvr)(jTt'av àTtdtvTtuv itapé-^w twv £t; è[LÏ TCETipaynÉvwv" jxriûîvô; k-ipoM èzlabs, 7ïapax),r|Tou. » Cf. lit. Mos., ii, 134 (Cohn-Wendland, éd. minor, IV. p. 191, 1. 7); de Exsecr., ix ; in Place, m; de Mundi Opif., vi ; m AuUium Flaccum, iv (« Ton puissant ami Macron est tombé, déclare Philon dans ce dernier texte, tu n'as rien de bon à attendre de l'empereur. Ast ÔT) 7iapâx),ï)T0v r|[Aâ? sôpctv SyvaTWTspov -jç' o'J Fâto; è5îu(i£vt(76T|(TcTai. 'O Se 7rapâx).r)To; t) tc6),iç 'AÀîlavSpéwv èirnv, r,v TîTtfj.ï)X£v |i.£v s^ i?X"'iî âf^aî ^ (j£[îaCTTb; o'ixo;, Sia^EpôvTw; S' 6 vjv Tjfiwv èiaizôzr^;. Hapax) r|Tî-JT£'. Sa -■jyo-Jix

Montan, incarnation du « Paraclet » 133

Cette description du Paraclet, de son rôle, Montan, au gré de ses fidèles, y répondait trait pour trait. M. Fries ^ à récemment contesté l'importance de la notion de Paraclet dans le Montanisme primitif, et c'est à Tertullien qu'il en attribue la mise en valeur. Ce point de vue me paraît inexact. En effet Eusèbe, qui avait lu de près nombre de documents relatifs au ]\Iontanisme asiate et qui, de Tertullien, ne connaissait guère, semble-t-il, que YApologeticus (grâce à une traduction grecque) , écrit dans son Histoire ecclésiastique ^ : « Parmi les sectateurs (des hérésies de ce temps-là), les uns, pareils à des reptiles venimeux, s'insinuèrent en Asie et en Phrygie. Ils osaient se prévaloir de Montan comme du Paraclet, et de Priscilla et Maximilla, ses compagnes, comme de prophét esses de Montan. » Donc, les écrits qu'Eusèbe avait compulsés mentionnaient déjà cette identification de Montan au Paraclet ^. — Que le prophète et ses partisans en aient emprunté l'idée au texte même du IVme Évangile, voilà qui ne saurait faire l'ombre d'un doute. On s'étonne qu'Ernest Renan ait pu s'inscrire en faux là contre * ? Il n'est parlé que dans cet Evangile, du Paraclet- Esprit. Là où le mot apparaît dans la Prima lohannis et chez

Tivo: Trapà toj ctopsaç. » Voir Hatch, Essays in the hiblical greek, Oxford, 1889, p. 82. — L'idée d'une intercession entre le pécheur et Dieu apparaît chez Plutarque, de Pythiae orac, xx (p. 404 a), à propos de Misogonos, prêtre d'Héraciès, lequel, ayant violé son vœn, demande à la Pythie z'. -<.z iir^ T:xç,-iv.\r^niz r, X-jdiç. et s'il est un Dieu auquel il puisse recourir pour apaiser Héraclès « {'. -:; vévo'.to Ôeôç TrapixAr.To;... »

^ ZNW, 191 1, p. 117. Cette inexactitude avait été réfutée, à propos d'une affirmation analogue de Dôllinger, par Zahn, ZHT, XLV (1875),

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