CHAPITRE XI Les symptômes de rénovation
Puisque la France nous a servi ce d'échantillon social i pour l'étude du problème moral, une dernière question reste à examiner : notre pays peut-il et veut-il accepter la solution du problème moral que la vie lui propose, et dans (luellè mesure avons-nous chance de voir se multiplier parmi nous les hommes également attachés aux institutions modei^nes les plus progressistes et aux plus délicates exigences d'une moralité supérieure ? Pour répondre h cette question, il est indispensable d'observer successivement chacun des deux groupements entre lesquels se répartissent nos concitoyens.
Que depuis quinze années il se produise parmi les catholiques, qui forment à eux seuls la portion de beaucoup la plus importante du groupement des enfants de la tradition, un travail de transformation interne qui, selon toute vraisemblance, est appelé à exercer sur le tempérament moral de notre pays une influence considérable, c'est d'abord un fait manifeste et que peu de personnes songeront à contester. Ce travail interne, qui est peut-être entravé et secondé à la fois par l'action brutale d'un gouvernement ardemment hostile à l'Église
romaine, se poursuit très activement de nos jours, sinon dans le secret, du moins sans bruit, dans le silence qui convient aux rénovations profondes de l§i vie morale et aux recherches méthodiques de la science. Aussi, un grand nombre d'hommes, habitués à n'attacher d'importance qu'aux exploits retentissants de l'intervention gouvernementale ou aux déclarations publiques des « personnages décoratifs » , n'ont-ils pas encore eu le temps d'en discerner ni l'étendue, ni la profondeur. Mais cette inattention, qui d'ailleurs n'a pas laissé que de servir les intérêts du mouvement à promouvoir, n'«mpêche point que la tâche dès maintenant accomplie ne soit considérable. Pendant que des orateurs diserts ou de doctes écrivains continuent à affirmer l'incompatibilité essentielle de la Science et de la Foi, la contradiction irréductible entre la grâce et l'autonomie de la personne humaine, l'opposition entre les affinités monarchiques et réactionnaires du christianisme et les institutions modernes, et beaucoup d'autres oppositions encore, on voit se former, au sein de la société chrétienne, un groupe chaque jour plus nombreux d'hommes qui honorent à la fois l'Eglise et la société laïque par la liberté de leur esprit, l'étendue de leur science, l'indépendance de leur caractère, leur attachement sincère aux institutions démocratiques et républicaines.
Sans doute, la formation de ce groupement, dont la seule existence dérange les routines et les classifications usuelles, n'a pas laissé de causer quelque surprise et même quelque scandale. A droite et à gauche, de nombreux polémistes avaient pris l'habitude de signaler chaque matin les antinomies tenues par eux pour vérités acquises et définitives. Au besoin, ils tiraient de ces constatations un très appréciable profit. Des deux cotés, on était assuré d'avoir indéfiniment un ennemi à pourfendre, et cette assurance était si précieuse
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