‹ La crise morale des temps nouveauxChapitre 8 sur 33 · ANNÉES · texte numérisé non relu

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Ce tableau se passe de tout commentaire, et il serait à souhaiter qu'il attirât les loyales méditations de tous les hommes qui ont le souci de l'avenir de notre r

Quand on pense qu'en 1850, le chiffre moyen annuel des séparations de corps s'élevait seulement à 1 .529, tandis que cinquante ans après, ce chiffre atteint 2.994 et que celui des divorces s'élève à 7.157 on ne peut pas ne pas déplorer l'abaissement de la moralité générale qui engendre des ruptures si nombreuses des unions conjugales. Pendant que certains politiciens de barrière bernent encore l'opinion publique avec les grands mots d'affranchissement et d'émancipation de la personne humaine, l'immoralité pousse toujours plus loin ses tranchées souterraines, la famille est ébranlée jusque dans ses fondements et on peut mesurer la portée de cette profonde parole d'Auguste Comte : « La seule possibilité du changement y provoque. » A beaucoup de gens, le mariage n'apparaît plus comme un contrat sérieux et grave, entraînant des obligations très lourdes : on fait une « expérience >), uû « essai », on escompte l'éventualité du divorce, dans le cas où l'autre époux aurait cessé de plaire. Ainsi derrière la duperie des mots qui restent, la chose qu'ils expriment disparaît (1) et parfois même, dans des cas plus nombreux qu'on ne pense, la cérémonie accomplie à la mairie et à l'église est simplement un moyen perfectionné de séduction au service d'un jeune homme vicieux qui n'eût pas obtenu autrement l'assentiment d'une jeune fille honnête.

(1) On commet un vérilable abus de mots à décerner le nom de mariages à des accords qui n'ont rien de commun avec l'union légale et morale des sexes. 11 y a peu d'années, les aventures matrimoniales d'un ministre des colonies défrayèrent toute la presse : cet étrange représentant de la démocratie fut marié une demi-soirée.. Ce cas extrême n'est pas isolé : on ciLe souvent des mariages qui ont duré trois jours, ou six jours, ou dix jours l

Dans la pensée du législateur de 4884, qui répudiait la théorie' du législateur révolutionnaire, le divorce ne devait être prononcé que pour motifs graves, et à la requête de l'époux victime des méfaits de son conjoint ; le divorce par consentement mutuel a été formellement proscrit. Mais, comme il eût été facile de le prévoir, si notre quiétisme bourgeois ne faisait de nous des aveugles volontaires, les ingénieuses combinaisons de régoïsme et de la luxure n'ont pas eu de peine à faire voler en éclats ces deux fragiles barrières. Le divorce par consentement mutuel est devenu une pratique courante à la portée de tous, et, de même, Tépoux coupable est toujours assuré d'obtenir la rupture du lien conjugal qui lui pèse : peut-être le jugement sera-t-il prononcé contre lui, mais ce détail a le plus souvent très peu d'importance pour qui estime que le principal est d'être enfin divorcé.

Voilà où nous en sommes, et encore ce nombre des divorces est-il très loin de correspondre au nombre réel des unions brisées ! Comme il est notoire que a les neuf dixièmes des divorces prononcés annuellement sont des divorces par consentement mutuel déguisé », une proportion toujours plus grande de ménages en vient à penser qu'il ne vaut plus la peine de se présenter devant l'officier de l'état civil, et au dire d'Arvède Barine, « en dehors même du peuple où les ménages irréguliers ne se comptent plus, bon nombre de gens, dont on ne se doute pas dans notre lanterne magique parisienne, en sont déjà arrivés à cette conclusion et suppriment les cérémonies officielles : le décollage peut ainsi se passer en douceur et de bonne amitié » (1).

(1) Le Figaro, 27 décembre 1902.

On doit rapprocher de la progression suivie par le nombre des divorces, celle des suicides, puisque, suivant une loi sta-

En cet état des mœurs, il est logique que certain& ])arents en viennent à répudier le devoir de Téducation des enfants et les charges de Tautorité paternelle. Pour mettre un terme à des abus extrêmes, le législateur a dû promulguer la loi du 14 juillet 1889 sur la déchéance de la puissance paternelle et, comme le mal n'a cessé do grandir, une seconde loi a paru nécessaire pour réprimer les mauvais traitements infligés aux enfants: c'est la loi du 19 avril 1898 « sur la répression des violences, voies de fait, actes de cruauté et attentats couimis envers les enfants » (1).

liaruiue bien établiey et énoncée pour la première fois en I88i par M. Uerlillon, da?is toute VEurope le nombre des suicides varie en fonction de celui des divorces. Voici les ronsoigueiucnts fournis par les plus récentes statistiques : 1881-188(5 |:S ( 7.339 soit 19 par 100.000 habitants.

Pendant la période 1896-1900, le nombre moyen annuel des suicides a été de :

75 pour les individus de moins de 16 ans.

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