II. — Propriété quiritaire
Nobles 75 mill. d'hect. 79.8 56 millions, soit 60 o/0.
Marchands 9,794,000 » 10.7 Des chiffres précis font défaut
pour les classes bourgeoises Bourgeois 2,000,000 » 2.1 et marchandes.
Paysans 5,200,000 » 5.5 6,200,000 hectares.
Divers 1,800,000 » 1.9
Etrangers
Compagnies
immobilières 1,500,000 » 16 2 millions »
Quelles conclusions tirer de ces relevés statistiques? En premier lieu, l'augmentation de la propriété collective, sous toutes ses formes, au regard de la propriété individuelle, qui ne forme plus que 23.1 % du total au lieu de 26.4 °/0.
Il y a d'abord l'Etat, qui possède les deux cinquièmes du sol russe, puis les communautés rurales, qui en ont le tiers. Les propriétées privées n'en absorbent que le quart à peine, même en déduisant
(1) L'augmentation des terres résulte d'une meilleure péréquation cadastrale, etc.
les apanages. La seconde constatation est la formidable diminution de la propriété foncière chez les anciens seigneurs, qui ne possèdent plus que- 60 °/0 des propriétés privées, au lieu de 80 %, en 1875.
- Comme les paysans n'ont augmenté leurs propriétés que de 3 millions d'hectares et les communautés rurales de 6 millions, il en résulte que ce sont principalement les marchands et les bourgeois,, commerçants enrichis ou spéculateurs heureux, industriels ou gros paysans retirés dans les villesqui ont bénéficié de la situation lamentable de la noblesse terrienne. Ces marchands profitent des embarras financiers de celle-ci pour racheter en> bloc 0) de grands domaines. Ils les exploitent alors à outrance, les morcellent et les réalisent. Ces domaines se trouvent entre quelques mains seulement, puisque leur étendue moyenne était de 846 hectares en 1900, au lieu de 780 en 1875,. tandis que les propriétés seigneuriales n'avaient qu'une étendue moyenne de 697 hectares en 1900. La diminution des domaines des nobles n'a guère profité à la .masse des petits propriétaires,
(1) Von Schultze-Gavernitz (loc. cit , p. 226) a entendu parlerdans la région du Bas-Volga de marchands qui avaient rachetédes domaines de 200,000 hectares et qui continuaient à vivre- £omme de simples paysans.
puisque ceux-ci ne possédaient, en moyenne, que 19 hectares au lieu de 18 en 1875. Les possesseurs de moins de 100 hectares, qui comprennent déjà un certain nombre de nobles et de marchands, mais qui se composent principalement de paysans, ne possèdent que 6.8 °j0 du total des terres de propriété quiri taire.
Plusieurs conclusions générales peuvent se tirer de cette rapide esquisse de la situation de la propriété foncière : la première est la déplorable position financière de la noblesse russe, dans sa généralité ; la seconde est la situation précaire de la population paysanne, se nourrissant mal C1), écrasée d'impôts, s'éreintant sur un sol pauvre et incapable de progrès sérieux dans l'enchevêtre-
(1) P. Lochtin, dans l'ouvrage cité plus haut, fait remarquer que la production moyenne des céréales, en Russie, s'est élevée, depuis quinze ans, à 22.4 pouds (364 kilogrammes) par tête d'habitant, alors que les Etats-Unis produisaient 66.9 pouds par tête et en consommaient 61.9; que la France en produit 30.2 et en consomme 33.6. L'Allemagne est importatrice de grains malgré une production supérieure à celle de la Russie et une consommation énorme de pommes de terre. Cependant, la Russie, avec sa production de 22.4 pouds par tête doit exporter pour vivre. Cette exportation moyenne (depuis quinze ans) peut se chiffrer par 3.5 pouds par tête, diminution importante pour la consommation intérieure, non compensée par l'usage des pommes de terre. Ces chiffres sont confirmés par Soboleff.
Il en résulte que la masse de la population se nourrit trop peu, ce qui explique, en grande partie, la mortalité considérable en Russie d'Europe, qui est, en moyenne, de 34.8 °/oo et qui, dans certains districts misérables, atteint de 40 à 46 °/00.
ment de la propriété collective, par suite d'une ignorance crasse ; la troisième est la crise profonde dans laquelle se débat l'agriculture russe ; la quatrième est l'existence d'une classe de personnes, peu nombreuse, il est vrai, pour lesquelles le développement économique du pays a été une source d'enrichissement et de bien-être : les industriels et les grands commerçants, favorisés par l'expansion économique récente de leur pays.