I. — L'outillage économique du pays
La monarchie russe n'est pas, on Ta pu voir, une monarchie régulière, gouvernant d'après certains principes fixés par elle ou consacrés par un usage constant. Elle ignore encore les libertés individuelles, que possédaient déjà nos ancêtres au temps de la Renaissance. Elle étreint d'une main de fer toute émancipation intellectuelle et morale. Nous avons constaté l'odieux des systèmes d'exception qu'elle pratique à l'égard des nationalités étrangères et qui provoquent un mécontentement général.
Le gouvernement actuel a-t-il mieux agi dans le domaine économique et social? Est-il parvenu à répandre, l'aisance et le bien-être dans les couches profondes de la société russe? S'il n'y a pas réussi, est-ce bien à lui qu'on doit cet insuccès et n'a-t-il pas, au contraire, fait des efforts considérables pour
rendre le pays prospère? Pour progresser, un pays doit avoir des voies de communication intérieures et extérieures : il lui faut un réseau de chemins de fer, que complètent les voies navigables naturelles ou artificielles. Il lui faut des routes bien établies, pour conduire aux lignes de chemins defer. Le commerce extérieur a besoin de ports et d'une marine marchande. Pour faciliter les échanges, un système monétaire bien établi et, par voie1 de conséquence, un crédit national solide sont indispensables. Mais il faut surtout des capitaux et,, si ceux-ci n'existent guère dans le pays ou sont timides, il convient d'appeler ceux de l'étranger, pour mettre le pays en valeur. Qu'a fait le gouvernement russe à ces différents points de vue?
Les chemins de fer.
L'outillage économique de la Russie faisait complètement défaut au moment de la guerre de Crimée. La ligne de Pétersbourg à Moscou constituait, avec quelques voies secondaires, tout le réseau national. La Russie fut battue faute de voies ferrées et de routes praticables pour amener ses hommes et ses canons devant Sébastopol. Alexandre II, pour développer rapidement les chemins de
fer et pour donner de l'élan à l'initiative privée, créa la Société générale des chemins de fer russes, à laquelle il confia l'exploitation des lignes existantes et de celles à créer. Comme cette société eût été incapable de trouver, dans le pays, les fonds nécessaires à la construction des nouvelles lignes par suite de la pénurie ou de la timidité des capitalistes et, à l'étranger, faute de confiance de la part des financiers occidentaux, le Gouvernement s'en chargea.
Il fit au nom de l'État des emprunts au moyen d'émissions d'obligations de ses chemins de fer, dont les intérêts et l'amortissement furent garantis par le revenu de ces lignes et, à leur défaut par le Gouvernement. Les sommes ainsi obtenues formèrent le capital du Fonds des chemins de fer, qui servit à acheter le papier des sociétés de voies ferrées et à leur faire des prêts et des avances. C'est à ce système seul qu'on doit la création de lignes à travers des régions presque inhabitées et dont les probabilités lointaines de trafic et de rendement n'auraient jamais tenté les seuls capitalistes. C'est à cette intervention gouvernementale que l'on doit, en Russie, la création de ces lignes, improductives du Nord et de l'Asie russe. L'entreprise colossale du Transsibérien aurait-elle
jamais tenté des capitalistes? Si elle a pu être terminée, c'est grâce au Gouvernement , qui en a assumé entièrement les frais, estimés à près de 530 millions de roubles. Les dépenses pour les chemins de fer s'élevaient, en 1891 , à 2,829 millions; le revenu net était de 112 millions de roubles, soit 4 °/0 environ. Le réseau pourrait donc vivre sans les subsides du trésor. Mais ce but ne peut être atteint, car les lignes qui rapportent peu réclament le paiement des garanties et celles qui rapportent beaucoup ne font pas de ristourne à l'État (i).
Quelle est le situation actuelle des chemins de fer? Le coût de construction du réseau, au 1er janvier 1900, était de 3,901 millions de roubles,, sans compter les frais de formation des capitaux.
La longueur du réseau au 1 juillet 1904 était de : Russie d'Europe, y compris le Caucase, 54,131 kilomètres; Russie d'Asie, 10,897 kilomètres; lignes de l'État, 45,123 kilomètres; lignes des compagnies, 27,778 kilomètres et 2,127 kilomètres concédés à des particuliers @).
(1) Nicolas On, Le développement économique de la Russie depuis : V émancipation; Paris, Guillaumin, 1899.
(2) Les distances étant énormes entre les centres de production agricole et ceux de consommation ou les ports d'embarquement pour l'exportation, il importait d'établir des tarifs extrêmement *
Les chemins de fer ont particulièrement contribué à égaliser le prix des objets de consommation dans les différentes contrées ; ils ont eu pour conséquence d'augmenter les importations et d'élever la consommation intérieure. Par suite, ils ont favorisé le développement des industries, la diffusion de l'instruction dans les masses, l'amélioration des finances de l'État. Avant que les chemins de fer n'existassent, pour peu que la récolte venait à faire défaut, le prix des grains subissait dans la région frappée une hausse formidable, tandis que, dans une autre région, plus favorisée, ces prix demeuraient normaux.
Ainsi, en 1845, dans le gouvernement de Pskoff, il y eut une disette et le prix de l'hectolitre de seigle monta jusqu'à 5 roubles, alors qu'à 600 kilomètres de là, dans le gouvernement d'Orel, il était vendu, au même moment, 65 à 70 kopeks. Lors de la grande disette de 1891, dans la région du Volga, l'hectolitre de seigle valut, à Saratofï, 6 roubles, pendant qu'à Rostoff il en coûtait 5.
bas pour compenser cette infériorité de la production agricole ou industrielle russe. Ces tarifs, qui, jusqu'en 1889, constituaient un chaos inextricable, ont été unifiés grâce à l'intervention de l'État. Les tarifs sont, en outre, différentiels, c'est-à-dire que la taxe par tonne kilométrique, diminue au fur et à mesure de l'augmentation du parcours des marchandises. Ce système est également employé pour le transport des voyageurs.
La différence n'était donc plus que d'un sixième 0-K Dans les contrées vierges où ils ont pénétrés, les chemins de fer ont joué le rôle bienfaisant qu'ils avaient exercé dans les plaines et les prairies de l'Amérique du Nord. Or, leur développement dans des régions aussi peu habitées est l'œuvre exclusive du Gouvernement autocratique !
La marine et les ports.
, La Russie n'a jamais été une nation maritime, malgré les efforts considérables faits par le Gouvernement russe en vue de développer la marine marchande. Pierre le Grand et ses successeurs avaient décrété des réductions de droits sur les marchandises importées sous pavillon russe et ils avaient accordé des primes de navigation aux bâtiments indigènes.
Plus tard, en 1845, on interdit le cabotage, en Russie, aux navires étrangers. Enfin, une loi de 1897 a conféré au pavillon russe le privilège exclusif du grand cabotage entre tous les ports russes, même situé» sur des mers différentes : entre Odessa et Pétersbourg, par exemple.
. (1) Voir Kovalevsky; La Russie à la fin du XIX* siècle, Paris 43uillaumin, 1900.
Le gouvernement s'est, en outre, intéressé financièrement par des souscriptions aux grandes entreprises de navigation à vapeur, telles que la Compagnie russe de navigation et de commerce et la flotte volontaire On connaît le rôle que celle-ci a joué dans la guerre actuelle. Malgré les subsides alloués à différentes compagnies, et se chiffrant par plus de 6 millions de roubles par an, la marine marchande ne comprenait que 818 vapeurs jaugeant 384,857 tonnes et 2,482 voiliers jaugeant 283,686 tonnes, soit 3,300 navires, jaugeant 668,543 tonnes »;.
La Russie a un réseau fluvial de premier ordre : le nombre de ses cours d?eau, leur navigabilité, leur égale distribution dans les différents bassins, leur naissance concentrée dans la partie centrale du pays permettaient de les compléter par un système de canaux qui aurait dû leur faire jouer un rôle prépondérant dans la vie économique russe. Mais la plupart de ces cours d'eau sont gelés pendant une grande partie de l'année; de plus, un certain
il) Le commerce maritime de la Russie a une grande importance. Plus des deux tiers des marchandises exportées prennent la voie de mer, tandis que la moitié des importations se font par la même voie. Depuis 1850. le nombre des navires qui ont visité les ports russes a doublé et leur tonnage a sextuplé, en même temps que la proportion du pavillon russe dans le tonnage passait de 16.6 % à 21.2 o0. Cette part reste donc bien minime.
nombre ne peuvent être remontés à cause des rapides et des chutes. Néanmoins le Gouvernement a su imprimer un essor considérable à la navigation intérieure : le chiffre de ses unités et de ses chevaux-vapeur a plus que doublé depuis vingt ans. Ses navires réunis jaugent 8,639,000 tonnes.
Le nombre des transports effectués par eux a suivi la même progression. Les statistiques officielles montrent qu'ils ont doublé de 1882 à 1897. Ils s'élevaient, à cette dernière date, à 27,880,000 tonnes dans la seule Russie d'Europe, sans le Caucase et la Pologne C1).
Le mauvais état des routes russes est légendaire : on n'y voit qu'ornières et trous; lorsque ceux-ci sont devenus trop profonds, on roule à côté et de nouvelles raies se forment ainsi. Il en résulte
(1) Les principales marchandises transportées sont, par ordre d'importance décroissante : les bois (52 o/0) et les céréales (14 °/0). L'immense bassin du Volga, encore peu doté de chemins de fer, traversant des greniers à céréales, absorbait 52 o/0 de ce trafic fluvial. C'est aussi lui qui possède le plus important des ports intérieurs : celui d'Astrakhan, qui absorbe 18 % du mouvement fluvial total de la Russie. Les distances parcourues par ces marchandises destinées à l'alimentation des grands centres industriels ou à l'exportation sont considérables. En effet, les fleuves gt les canaux ont transporté, en 1897, 23.085 millions de tonnes kilométriques de marchandises, pendant que les chemins de fer en véhiculaient 28.580 millions.
que ee qui porte le nom de routes est généralement un ensemble de fondrières et de raies s'étendant sur une grande largeur C1).
En même temps que les chemins de fer, les postes et les télégraphes se développaient avec rapidité. Le nombre des bureaux de poste, qui s'élevait en 1888, à 3,710, était, à fin (1902), de 12,450. Cette progression énorme est due, en grande partie, à l'activité des Zemstvos, qui ont créé des bureaux de poste ruraux à partir de 1894 : on en compte déjà plus de 2,000.
Pour effectuer ces immenses travaux, pour transformer en capitales modernes Pétersbourg et Moscou, pour coloniser l'Asie, il fallait des capitaux La Russie n'en avait guère. Il fallut donc faire appel à ceux de l'étranger. Mais, pour tenter ces derniers il importait d'asseoir une situation financière stable sur un système monétaire sain, en maintenant une circulation fiduciaire raisonnable au regard d'une forte encaisse métallique. La Russie adopta le monométallisme or ; ses mines de Sibérie lui fournirent une grande quantité d'or. Une balance commerciale favorable, grâce à de
(1) D'après les statistiques officielles dressées par le ministredes Finances, du Commerce et de l'Industrie en vue de l'Exposition de Paris, 1900.
formidables exportations de céréales, lui fournit le surplus. La Russie jouit d'un crédit sérieux; aussi a-t-elle pu beaucoup emprunter.
La dette publique a considérablement augmenté depuis vingt ans d'expansion. Le capital en était estimé à 17 milliards environ au 1er janvier 1904. Son service financier, intérêts et amortissement, exige annuellement 770 millions de francs.
C'est une lourde charge certes pour une nation qui n'est pas riche ; mais il faut tenir compte de la modicité des dettes municipales et provinciales, si considérables dans certains pays. La même observation peut être faite à propos du budget de l'Etat russe. Celui-ci s'élève à 5,400 millions, représentant 45 francs par tête alors que le budget français n'accuse qu'une charge de 90 francs par tête. Mais l'énormité du budget de l'Etat est compensée par l'exiguïté de ceux des Zemstvos et ceux des municipalités. Pétersbourg a un budget de 39 millions pour 1,400,000 habitants, tandis que celui de Paris se chiffre par 400 millions environ. De même, les ressources de toutes les communes rurales réunies ne s'élèvent qu'à 64 millions de roubles ou 170 millions de francs. Les Zemstvos (provinces) n'ont également qu'un budget total de 170 millions de francs.
Le Commerce extérieur.
De tous temps, la Russie avait fait le commerce avec les pays qui bordent la mer Noire, notamment avec Byzance. Les relations avec l'Occident se bornaient à quelque transit entre l'Orient et, les régions baltiques, par l'intermédiaire de Novgorod et de Pskow, affiliées à la Hanse.
Après la chute de celle-ci, le commerce avec les nations occidentales cessa presque complètement et il fallut l'intervention d'Ivan IV pour qu'il recommençât. Chancelor vint, au nom du Roi, d'Angleterre, faire la proposition d'établir avecla Moscovie des relations commerciales paisibles. Ivan accepta. Les Anglais firent le commerce avec la Russie tout un siècle, sans payer des droits de douane. Mais Alexis, fils de Michel, autorisa les marchands étrangers de toutes les nations à faire le commerce, en payant des droits de douane modérés.
Pierre le Grand, en conquérant l'embouchure de la Neva et une grande partie du littoral de la Baltique allait donner un essor considérable au commerce extérieur. En réunissant le Haut-Volga au bassin de la mer Baltique, il ouvrit aux produits
agricoles du bassin du Volga un débouché vers Saint-Pétersbourg et l'Europe. L'importance de Pétersbourg et des autres ports de la Baltique en fut considérablement augmentée. A la fin du règne de Pierre, sur 453 navires entrés en une année en Russie, 180 avaient visité Saint-Pétersbourg. Au commencement du même règne, les importations se chiffraient par 150,000 roubles; à la fin du règne, elles se montaient à 1,700,000 roubles. Les exportations s'élevaient pendant ce temps de 1,330,000 roubles à 2,660,000 roubles.
Au début du règne de Catherine II, la valeur des exportations atteignait 12 millions de roubles, celle des exportations 8 millions. A la fin de son règne, ces chiffres étaient respectivement de 37 et 35 millions de roubles.
En 1800, les exportations atteignaient 61 millions de roubles, les importations 46 millions. Le commerce extérieur de la Russie ne s'est pas développé avec la même rapidité dans les différentes périodes du XIXe siècle. Dans le premier quart du siècle, le commerce général de la Russie a augmenté de 67 %; dans le second quart, sous l'influence du tarif douanier, qui ne favorisait guère les importations, le mouvement général augmenta de 59 °/0. Pendant le troisième quart, le commerce
quadrupla, sous l'heureuse influence des réformes politiques et sociales d'Alexandre IL
En 1877, la Russie adopta un nouveau système douanier, élevant les droits d'entrée, en vue de favoriser l'industrie naissante. Aussi, les importations diminuèrent-elles, tandis que les exportations progressaient encore considérablement^1).
En même temps que se développait l'activité commerciale du pays, les banques naissaient.
L'initiative privée, comprimée par Nicolas Ier,
(1) Voici quelques indications statistiques à ce sujet. fVtilliers de roubles.)
Importations .
Exportations .
Totaux . .
Exportations .
Importations .
Totaux. . . 1,023,262 1,269,253 1,355,008 1,459,473
Il résulte de ces chiffres que depuis le fonctionnement des tarifs de 1877, les exportations ont augmenté de 80 o/0 environ et les importations de 60 o/o seulement. Peut-être d'autres raisons expliquent-elles cette différence. Le pouvoir d'achat de la population aurait-il diminué — comme d'aucuns le prétendent — parce que le produit net du travail a baissé? Bornons-nous à constater pour l'instant le formidable développement du commerce russe, qui a quadruplé en cinquante ans, sous l'impulsion qu'a su lui donner un pouvoir fort, en créant l'outillage économique du pays et en maintenant une politique nettement protectionniste.
n'était guère tentée de s'exercer dans le domaine industriel et commercial; d'où, pénurie complète d'établissements de crédit.
Il n'existait vers 1860, que quelques Banques, qui avaient pour but de soutenir la propriété foncière de la noblesse en consentant des prêts sur gage de biens peuplés de serfs; puis il y avait quelques banques locales en Pologne et dans les provinces baltiques.
L'activité économique provoquée par le rachat des terres communes, par la construction des chemins de fer et par la fondation de nombreuses sociétés commerciales, ne pouvait manquer d'avoir sa répercussion sur le développement des banques. Il y eut alors une véritable fièvre d'opérations sur les chemins de fer (1}.
En même temps que les banques commerciales et de commandite industrielle, se fondaient des banques foncières. Les Zemstvos,les municipalités, les particuliers, fondèrent également des établissements de ce genre.
(1) Sur les 2033 millions de roubles que représentait, en 1874, le capital de toutes les sociétés de crédit. 65 o/0 étaient absorbés par les chemins de fer. En même temps, les nantissements sur valeurs de chemins de fer. qui s'élevaient dans toutes les banques réunies à 18 millions de roubles en 1864, se chiffraient, en 1879, par 712 millions de roubles.
Les Zemstvos créèrent aussi des caisses de prêts et d'épargne sur le modèle de celles de Schulze- Delitsch, en Allemagne, pour les petits cultivateurs et les ouvriers. Afin d'aider les paysans à devenir propriétaires fonciers, le gouvernement fonda, en 1863, la Banque foncière des paysans, qui fit des avances à ces derniers, sur garantie des terres achetées par eux. Ces prêts étaient consentis jusqu'à concurrence de 60 % ad valorem, pour des périodes, allant de treize à cinquante-cinq ans et demi : l'annuité à payer dans cette dernière hypothèse était de 5 l/4 %. Enfin, le Gouvernement, dans le but de soutenir la situation de la noblesse héréditaire, créa la Banque foncière de la noblesse. Cet établissement fait aux nobles seuls des prêts en espèces, sur garantie de leurs terres, pour des délais variant entre onze et soixante-sept ans. Il émet des lettres de gage pour se procurer les fonds nécessaires. L'intérêt à payer par les nobles pour ces sortes de prêts est, depuis 18Q3, de 3 1/2%, ce qui fait ressortir une annuité de 4 % (intérêt et amortissement) pour un prêt remboursable en soixante-six ans et six mois. Ces lettres de gage, ainsi que celles de la Banque des paysans, sont garanties par l'État.
Toutes les Banques sont sous le contrôle strict
du Gouvernement, dont la tutelle n'a pas empêché le développement de ces établissements. En effet, on comptait en Russie, en 1900, 39 banques commerciales, 116 sociétés de crédit mutuel, 68 monts-depiété et de nombreuses banques foncières. Outre ces établissements, il y avait encore, au 1er janvier 1903, 698 sociétés et caisses de prêts et d'épargne, enfin 552 petites banques rurales (système Schultze- Delitsch), dont la plupart ne disposaient que de capitaux insignifiants '0).
L'Empire russe a donc été doté depuis un quarantaine d'années d'un grand outillage économique : chemins de fer, postes et télégraphes sillonnent le pays en tous sens Des ports nombreux et importants absorbent plus de la moitié du mouvement commercial avec l'étranger. Des subventions importantes sont accordées à la marine marchande russe.
Mais la dette nationale et, par voie de conséquence, le budget de l'État ont beaucoup augmenté. E*} effet, le budget de 1900 est vingt-six fois supérieur à celui de 1800. — Ces sacrifices ont-ils été compensés par une augmentation de richesse dans le pays et de bien-être pour la population ?
(1) Toutes ces statistiques sont fournies par le Rapport de la Commission de la section russe à l'Exposition universelle de Paris, 1900. (Paris, Guillaumin, 1900).
Il y a lieu, pour tâcher de résoudre ces questions, d'examiner la situation des différentes classes de la société russe ; d'envisager l'état de l'agriculture et la situation des nobles et des paysans qui en dépendent; d'analyser, enfin, les résultats du formidable développement industriel de la Russie au point de vue de l'amélioration du sort des classes laborieuses et du bien-être général.