‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 102 sur 396 · IMPATIENCE DES UNIVERSITAIRES · texte numérisé non relu

IMPATIENCE DES UNIVERSITAIRES

de nombreux adeptes, — la rétractation imposée au frère prêcheur Jean Sarrazin (mars 1429) en est la meilleure preuve l, — un courant d'opinion plus sincère se dessina dans l'année de l'apparition de Jeanne d'Arc. On y avait, dès les premiers mois, préludé aux assises générales de la chrétienté par la célébration d'un concile provincial, ce qui ne s'était pas vu depuis quatre-vingts ans 2. L'Université, impatiente d'assister à l'ouverture du concile de Bàle, envoya une délégation en Autriche tout exprès pour entretenir le chef de l'Empire et le clergé allemand de la nécessité de hâter la réunion promise 3. Dans le même dessein, elle projeta l'envoi d'une ambassade à Rome, et recueillit, à cet effet, des subsides dans le clergé 4. Elle fit agir un cardinal anglais, Henri

1 . Ce maître qui, clans ses vespéries, avait avancé notamment que seule l'autorité résidant dans le pape peut donner force de loi aux décrets des conciles, qu'un pape ne saurait être coupable de simonie, et que les autorités ecclésiastiques, procédant toutes du saint-siège, ne peuvent rien attenter contre lui, ce maître, dis-je, fut obligé de se rétracter, une première fois, devant la Faculté de théologie, une deuxième fois, à l'évêché, et d'admettre, au contraire : 1° que ce qui donne force de loi aux décrets des conciles, c'est l'autorité résidant, non dans le pape, mais dans l'Église; 2° que le pape peut se rendre, ainsi que tout autre homme, coupable de simonie : 3° que l'Église peut, en certains cas, agir contre le pape (H. Denifle, Chartular. Univ. Paris., IV, 493 et suiv.).

2. Labbe,XII, 391 et suiv.; S. Luce, Jeanne d'Arc à Doniremy (Paris, 1886, in-8°), p. ccxxi et suiv., 238. V. aussi les registres du Parlement à la date du 26 février 1429 : « L'archevesque de Sens vint en la chambre de Parlement, disant qu'il y estoit venu pour faire l'onneur et la révérence à la court et pour déclarer la cause de sa venue à Paris, c'est assavoir pour tenir et célébrer le concil provincial avec les prelas, chapitres, collèges et personnes ecclésiastiques de sa province de Sens, convoquez de par lui à comparoir en ceste ville de Paris au lor jour de mars... Et lors, entre autres choses, fu dit par ycellui archevesque que il y avoit plus de .iiij.xx ans passez que on n'avoit tenu conseil provincial oudit archeveschié de Sens. » (Arch. nat., X la 1481, fol. 7 v°.)

3. Elle faisait valoir, en particulier, le besoin de détruire l'hérésie hussite (Du Boulay, V, 258, sous la date fausse de 1414; Deutsche Reichslay sakten, IX, 291 et suiv.; X, 387, note 5; Denifle et Châtelain, Auctar. Charlul., II, 407, note 2,413); cf. Officiai correspondence of Thomas Bekynton, secr.etary to Henry VI, II, 124).

4. Le chapitre de Rouen délibère à ce sujet le 8 juillet 1429 : « Fuit conclusum per prefatos dominos, habita deliberacione super certis litteris aime Universitatis Parisiensis capitulo transmissis petendo aliquam contribucionem per moclum doni pro ambaxiatoribus domino nostro Pape mitendis pro libertatibus Ecclesie Gallicane et acceleratione Concilii generalis, quod eisdem subvenietur de certa quota per capitulum ordinanda. Et fuerunt dati commissarii prefati de Baudribosc, Aucupis et Basset ad comparendum in cappella domini archiepiscopi cum aliis prelatis ducatus Normannie qui debent super premissis dcliberare. » (Arch. de Seine-Inférieure, G 2125, fol. 182 r°.)

Beaufort l. Enfin elle se figura que, suivant son désir, le concile de Bâle allait s'ouvrir dès le mois de mars 1430, en avance d'un an sur l'époque fixée, et elle s'empressa de désigner les maîtres chargés de l'y représenter 2.

De leur côté, des princes allemands insistaient, dit-on, pour que Martin V réalisât cette ouverture anticipée : ils écrivaient que leurs logements étaient déjà retenus à Bâle. Enfin le pape, chaque jour, avait de longs conciliabules avec ses cardinaux, ce qui confirmait l'hypothèse d'une réunion prochaine 3.

L'année pourtant s'écoula sans notification nouvelle. Au mois d'octobre 1430, l'Université de Paris, inquiète, rédigeait une encyclique 4, tandis crue Jean de Raguse, établi à Rome en qualité de procureur de son ordre,- y recommençait ses démarches de 1422 5 et faisait retentir de ses réclamations jusqu'au Palais apostolique 6.

Le 8 novembre, au matin, on découvrit, placardée aux portes du palais Colonna et dans les principaux carrefours de Rome, une note de « deux princes », qui, se disant épouvantés des progrès de l'hérésie, étaient prêts à soutenir les propositions suivantes : « Il est absolument nécessaire de réunir le concile au « mois de mars prochain... Tout chrétien est obligé dans la

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