‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 104 sur 396 · MANIFESTE PLACARDÉ A ROME · texte numérisé non relu

MANIFESTE PLACARDÉ A ROME

« mesure de ses forces, de procurer l'ouverture du concile à cette « date sous peine de péché mortel. Si le pape ou les cardinaux « y manquent ou s'y opposent, ils doivent être réputés fauteurs « de l'hérésie. Si le pape n'ouvre pas ou ne fait pas ouvrir le « concile au mois de mars prochain, ceux qui seront présents « devront lui faire soustraction d'obédience au nom de la chré- « tienté, et la chrétienté sera tenue de ne plus lui obéir. S'il « apparaît que le pape ou les cardinaux refusent de poursuivre <( ou empêchent la célébration du concile, ou encore s'abstiennent « d'y venir, sans être malades ni prisonniers, le concile sera tenu « de procéder à leur déposition et de leur appliquer les autres « peines décrétées -contre les fauteurs d'hérésie i. » Qui étaient ces princes anonymes? On désigna, sans aucune preuve, le duc Albert d'Autriche, avec plus de vraisemblance, l'électeur Frédéric de Brandebourg et son gendre Louis de Brieg 2. En tout cas, cette audacieuse manifestation eut pour effet d'enhardir les partisans du concile : se sentant soutenus, ils multiplièrent des démarches qui, au dire de Jean de Raguse, n'étaient pas inutiles pour vaincre la répugnance extraordinaire de Martin V.

Le témoignage de Jean de Raguse est sujet à caution. A défaut d'empressement, on peut du moins reconnaître à Martin V de l'exactitude. Il avait réuni le concile de Pavie juste cinq ans après la fin de celui de Constance : avant l'expiration du délai de sept années qui devait séparer le second et le troisième synodes, il prit soin de régler la question de présidence3.

Pour ne pas se rendre lui-même à Bâle, il avait la meilleure

1. Jean de Raguse, p. 65 ; Jean de Ség-ovie (Monum. Concil., II, 4). Bibl.Mazarine, ms. 1 688, fol. 3 r° (sous la date fausse de 1431), et, d'après ce ms., Ampliss. collect., VIII, 48.

2. Lettre de G. Ferrier au chancelier Rolin, datée de Bruxelles, le 30 décembre [1430], clans le ms. cité de la Mazarinc et dans Y Ampliss. collect. Cf. L. Pastor, I,

3. Il parait aussi avoir chargé une commission, composée des cardinaux de Rochetaillée, Gasini, Garillo et délia Porta, d'aviser aux matières qui seraient traitées dans le concile de Bàle (mémoire de l'abbé de BonnevaL rédigé en 1433 ; J. Hallcr, (loncilium Basiliense, I, 283).

des raisons. Frappé peut-être déjà d'apoplexie, il était, en tout cas, sous le coup d'une attaque qui allait l'emporter quelques jours plus tard l.

Il lui fallait trouver un remplaçant. Son choix, dicté, dit-on, par plusieurs cardinaux, tomba sur un des plus jeunes, mais des plus remarquables membres du sacré collège. Julien Cesarini, né à Rome d'une famille noble et pauvre, juriste, théologien, humaniste, poète même à ses heures, doué surtout d'un admirable talent d'orateur, n'était alors âgé que de trente-deux ans. Beau de traits, haut de taille, il avait étonné l'école de Pérouse, puis la cour de Rome par la pureté irréprochable de ses mœurs. Deux missions, inégalement heureuses, en France, près du duc de Bedford, et en Angleterre, à la cour de Henri VI, avaient précédé la publication récente du titre de cardinal que Martin V lui avaitconféré, en consistoire secret, dès 14262. Une réputation de courage qu'il devait bien justifier par la suite venait de le faire désigner comme légat pour diriger la croisade projetée contre les Hussites (11 janvier 1431). Gesarini était déjà en route pour l'Allemagne :!, quand deux bulles du 1er février 1431, presque calquées sur celles du 22 février 1423 4, lui conférèrent les pouvoirs de présider, de diriger, et aussi de transférer, de dissoudre le concile de Bàle •'.

C'étaient, on s'en souvient, les pouvoirs qu'avaient reçus, huit ans auparavant, les présidents envoyés à Pavie. Les seules différences étaient dans le titre de « légat a latere » que le pape, à raison de l'importance de son rang, donnait à Gesarini, et aussi dans la faculté illimitée qu'il lui laissait de trans-

1. Seule la Cronnca del Graziani parle d'une attaque de goutte (Archivio slor. iUilicino, XVI, i, 3 19).

2. H. Fechner, Giuliano Cesarini bis zu seiner Aukunft in Basel (Berlin, 1907, in-8°), p. 14, 15, 19, 25, 56, 60 et suiv., 105; Hist. de UPrugmat. Sancl. de Bourges sous Ch. VII, p. x.w.

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