DÉSIGNATION D'UN PRÉSIDENT
férer le concile même en dehors de l'Allemagne ' : peut-être Martin V rêvait-il déjà de ramener l'assemblée de Bâle en Italie.
Nous n'avions pas besoin de cette nouvelle preuve pour nous convaincre que Martin V s'attribuait sans hésitation le droit de clôturer ou de transférer un concile à son gré. Ni la décision particulière prise à Constance, à cet égard, dans la troisième session, ni les principes généraux posés dans les quatrième et cinquième, ni les arguments d'analogie tirés du décret Frequens, ni la protestation faite à Sienne par l'abbé de Paisley n'avaient pu modifier ses idées sur ce point.
Il faut donc se défaire du jugement accrédité par la plupart des auteurs gallicans, et cesser de voir en Martin V le scrupuleux observateur des prétendues lois inaugurées à Constance. Le pape qui gouverna l'Eglise de 1417 à 1434 n'est plus le cardinal Othon Colonna de l'époque troublée du Grand Schisme. Un homme nouveau s'est révélé en lui, en même temps qu'il montait sur la chaire des Innocent III, des Boniface VIII, des Grégoire XI. Il s'est gardé d'acquiescer expressément au principe de la suprématie conciliaire; il a refusé de rien définir quant au droit de l'Eglise de déposer les papes ; il a condamné formellement l'appel interjeté du souverain pontife au concile 2 ; il a revendiqué, à maintes reprises, dans ses bulles, dans sa correspondance et par la bouche de ses
1. La bulle de 1423 spécifiait que les présidents ne pourraient transférer le concile que dans une ville ejusdem nalionis ; mais alors le siège du concile était une ville italienne : Martin V désirait, bien entendu, qu'il demeurât en Italie. Le cas était bien différent en 1431, où le concile commençait par se réunir en Allemagne. Aussi n'est-on pas surpris de voir le pape supprimer les mots ejusdem nalionis.
2. Le 13 décembre 1426 encore, en remerciant le roi de Pologne d'avoir abandonné et répudié, sano et maluro consilio, l'appel interjeté jadis au futur concile par ses ambassadeurs à Constance, Martin V ajoutait : « Ab appcllatione non congrua recessisti, et rectissime judicasti nullam esse superioritatem in terra ad quam appellari possit a Romano pontifice. » (B. Bess, Johannes Falkenberg, p. 444, note 3).
représentants, le droit de transférer le concile ou de le dissoudre à son gré. Le programme de son gouvernement se résume assez bien dans une bulle qu'il expédia le 8 janvier 1425 x : « Nous (( n'avons pas de plus grand désir que de voir l'Eglise univer- « selle affermie dans sa vaste constitution et le siège apostolique « maintenu dans son autorité suprême 2. »
Venu à un moment critique, Martin V a voulu et su sauvegarder les droits du saint-siège, ne se pliant qu'à une obligation, qu'il ne pouvait éluder, celle de convoquer périodiquement le concile, mais lui tenant tête, le dirigeant, le brisant au besoin, ne capitulant jamais.
La lutte, d'ailleurs, avait été relativement facile grâce à l'abstention de la plupart des représentants de la chrétienté. Peu de pères avaient répondu aux appels du souverain pontife, comme si déjà l'on fût las des longs déplacements. Peu de voix avaient protesté contre la dissolution prématurée, comme si l'on se fût résigné à l'avortement du système conciliaire. Le silence s'était fait, à peine troublé de loin en loin par des réclamations où la politique avait eu plus de part que le souci des intérêts de l'Eglise. Au sein de cette paix religieuse, bien compromise cependant à d'autres points de vue, Martin V pouvait éprouver
1. « ... Videre universalem Ecclesiam in sui status amplitiuline stabiliri et Sedem apostolicam in sua auctoritate et fastigio conservari » (Rinaldi, IX, 17).
2. On raconta plus tard que, le jour où avait eu lieu, à Constance, la cinquième session, Satan était apparu à un saint homme et lui avait tenu ce langage : « Hac die credidit Concilium meam dominacionem enervare et extinguere. et polius eam magis confortavit et fortificavit propter illa duo décréta que fecit: quia ego papas futuros eligendos taliter tentabo et avisabo cum rationibus, cum amicis, cum regibuset cuti principibus, cum oecuniis. cum promissionibus, cum promotionibus, cum viris literatis et dootoribus, et taliter eos contra Concilia generalia armabo quod semper nitentur et conabuntur Conciliis resistere et, quantum in eis erit, dissolvere ea et destruere, et nullatenus ipsorum décréta et statuta servare ac servari facere, et presertim hec duo décréta cassare et annullare. » L'auteur du traité d'où j'extrais cette légende, un docteur en théologie de l'Université de Vienne, ajoutait que cette triste prédiction s'était réalisée à l'égard de Martin V: « Et [Sathan] tantum laboravit cum papa felicis recordationis Martino V quod breviter nihil de il lis duobus decretis curavit, quin imo semper asserebat et asseruit quod potestas Pape esset major quam alicujus generalis Concilii facti vel fiendi. » (Bibl. Nat., ms. lat. 1445, fol. 149 v°, 151 r°.)