‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 140 sur 396 · PREMIER GRIEF DU PAPE CONTRE LES PÈRES · texte numérisé non relu

PREMIER GRIEF DU PAPE CONTRE LES PÈRES

Jusqu'alors les ecclésiastiques rassemblés à Bâle avaient saisi toutes les occasions de prôner sa sainteté, d'exalter son zèle. Ils comparaient à la venue de l'ange Gabriel l'avènement de Gabriel Condolmario, et le nom d'Eugène leur présageait une génération heureuse due à la collaboration du pape et du concile l. A ce moment même, ils profitaient de l'envoi d'une nouvelle ambassade 2 pour complimenter le souverain pontife sur sa convalescence ; ils le remerciaient de leur avoir donné comme président un homme de la valeur de Cesarini ; ils le priaient de leur écrire quelquefois, de leur témoigner de la bienveillance, de les encourager, de les diriger, surtout là où l'honneur et l'intérêt de Rome étaient en jeu. « Il sera nécessaire, disaient-ils, que le « pape aide continuellement l'assemblée de ses conseils. » Et cette dernière protestation devait écarter toute méfiance : « Ici, « chacun nourrit à l'égard de Sa Sainteté les sentiments constants « et sincères qui conviennent à des fils dévoués, à de fidèles ser- « viteurs 3. »

Si respectueux et si soumis qu'ils se montrassent à l'égard du saint -siège, les pères venaient pourtant d'accomplir une démarche qui, quand elle fut connue du pape, l'indisposa singulièrement. Désespérant de vaincre les Hussites par les armes, ils .invitèrent ceux-ci à venir discuter leurs doctrines à Bàle (15 octobre). Eugène IV, épouvanté, vit aussitôt remises en question les condamnations portées contre l'hérésie bohémienne. Cette audience illégale et anti-canonique accordée par un synode à des

1. Jean de Raguse, p. 79, 100 ; J. Haller, Concil. Basil., II, 5 49, 550.

2. Celle de Jacques de Sirk et de Thomas Fiene, dont Jean de Ségovie (Monuin. Concil., II, 43) place le départ au commencement du mois de décembre, et qui traversèrent Milan avant le 11 de ce mois, comme il résulte d'une lettre du roi des Romains (Bibl. nat., ms. lat. 1575, fol. 29 v° ; Mansi, XXIX, 583). Le notaire Pierre Brunet, par conséquent, se trompe quand il fixe leur départ au 31 décembre (Concil. Basil., II, 21). lia induit en erreur, non seulement Cecconi, mais M. J. Haller lui-même, qui a cru devoir corrig-er en 28 décembre la date du 28 novembre inscrite en tête des instructions de Jacques de Sirk et de Thomas Fiene (ibid., p. 555).

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