LE CONSISTOIRE DU 18 DÉCEMBRE
Ce n'était guère que la reproduction des bulles du 12 novembre l. Cependant aux motifs allégués en faveur de la dissolution s'ajoutait le grief fondé sur la convocation intempestive des Hussites ~. En outre, au lieu d'une simple autorisation au légat de dissoudre le synode, c'était un ordre formel de publier la dissolution faite à Rome, puis aussitôt de quitter Bâle et de se transporter dans le lieu où il pourrait le plus commodément poursuivre la lutte contre les Tchèques 3. Plus d'hésitation, plus de mystère ! Le pape faisait, cette fois, connaître clairement ses intentions, et il voulait être obéi 4.
A Bâle, où les prélats se trouvaient toujours en nombre infime, mais où la masse des clercs grossissait peu à peu °, l'on
anciens et au conseil de Bologne la bulle de dissolution fut présentée le 4 du même mois (Muratori, XVIII, 641).
1. La bulle de dissolution du 18 décembre vise cependant clairement la bulle antérieure du 12 novembre. Il n'y a donc pas lieu de les confondre, ni d'émettre aucun doute sur l'existence de la première, comme l'ont fait Hefele (XI, 193) et Gecconi (I, 51). Cf. Hinschius, Kirchenrecht, III, 39S ; v. aussi une lettre du pape à Cesarini (J. II aller, Concil. Basil., I, 246;.
2. Arch. du Vat., Reg. 371, fol. 141 V ; Mansi, XXIX, 564 ; XXX, 75.
3. Lettre d'Eugène IV à Cesarini, du 1S décembre 1431 (J. Haller, loc. cit.), distincte de la notification du même jour adressée par le pape au légat (Rinaldi, IX, 109).
4. Non moins impérative, l'invitation que le pape adressa aux prélats d'avoir à se rendre au concile de Bologne. Il n'admettait que les excuses fondées sur une maladie ou sur une vieillesse ayancée {Ampliss. collect., VIII, 43).
5. Il n'y avait pas huit évêques, de l'aveu de Thomas de Courcelles (ms. de la Mazarine 1688, fol. 144 r°, et Preuves des libériez de VÉgl. gallic, I, it, 26). Au bout de près de huit mois, prétend Eugène IV, il n'y avait pas à Bàle trois évêques, ni, en tout, dix prélats (Rinaldi, IX, 152). Je signalerai pourtant l'arrivée de Philibert de Montjeu, évêque de Coutances (26 septembre), de Jean Rolin, évêque de Chalon, de François de Mez, évêque de Genève (11 et 12 novembre), des ambassadeurs de l'archevêque de Mayence, de celui de Salzbourg, des procureurs de l'évêque de Toul (10, 11 et 14 décembre) et de plusieurs autres évêques ou chapitres (Jean de Raguse, p. 113 ; P. Brunet, Concil. Basil, II, 15, 17, 19).
Le Pape et le Concile 9
n'était pas sans éprouver une vague inquiétude *. Avant d'avoir aucun soupçon des bulles du 12 novembre, les pères avaient cru devoir prévenir le roi des Romains que le concile comptait un grand nombre d'ennemis : certaines gens réclamaient ou la prorogation ou la dissolution du synode ; on priait Sigismond de fermer l'oreille à ces avis et même d'agir en cour de Rome pour conjurer un tel danger 2. Au surplus, les adversaires qu'on signalait ainsi ne se trouvaient-ils pas à Bâle parmi les pères, plutôt qu'à Rome auprès du pape ? C'est ce que parut du moins comprendre Sigismond : « Si dans leur rage, répondit-il, certains « ennemis de Dieu et de la chrétienté s'efforcent de procurer la « dissolution du synode, retranchez-les, comme des membres « pourris, de peur qu'ils n'infectent le corps 3. » Mais le danger allait venir d'un autre côté.
Le 23 décembre, un nonce du pape, son trésorier Daniel de Rampi, évêque de Parenzo, parvint à Bâle 4. Les prélats se portèrent à sa rencontre ; le maître parisien Denis de Sabrevois l'accueillit avec une harangue ; d'autres lui firent visite le lendemain. On remarqua qu'il s'abstenait d'adresser la parole au concile, et qu'il ne le saluait, ni ne le bénissait au nom du souverain pontife 5.
Cette réserve de mauvais augure inquiéta les bourgeois de Bâle : six jours plus tard, ils venaient faire yjart au pères de l'appréhension que leur causait la venue de « certaines personnes » chargées, disaient-ils, de travailler à la dissolution. L'émoi ne tarda pas à gagner le concile. Quatre propositions y furent articulées dénonçant le danger, l'impossibilité d'une prorogation,
1. Dès le 2 novembre, le duc de Milan parlait du danger de dissolution et des mauvaises dispositions du pape. Il faisait exhorter Sigismond à se rendre à Bâle, afin de parer à ce danger (Osio, III, 34).