LA MISSION DE DANIEL DE RAMPI A 1SALE
dune translation ou d'une dissolution. Il y allait de la ruine de l'Allemagne, de la faillite de la foi, du déshonneur de la papauté ; le clerg-é serait convaincu de mensonge ; Satan triompherait. Déjà il était question d'exercer des poursuites contre les perturbateurs ; on parlait d'invoquer contre eux le bras séculier ; on voulait leur extermination.
Daniel de Rampi était présent ; ces menaces le mirent mal à l'aise. Il éprouva le besoin de déclarer aussitôt, et, par la suite, il répéta, dans des conversations particulières, qu'il n'était point venu dissoudre le concile, mais seulement s'entendre avec Cesarini et s'informer de l'état des choses. Le pape, ajouta-t-il, ne se doutait pas qu'il y eût tant de monde à Bâle. On le vit aussi porter la main à sa poitrine, et on l'entendit jurer que, quand bien même il aurait par-devers lui des ordres de dissolution, il ne les exécuterait pas, convaincu que ce serait la ruine de la foi : « Je « croirais sacrifier au diable ! » Ce furent ses propres paroles '.
On se rassura. Pourtant l'évêque de Parenzo était bien porteur des bulles du 12 novembre. Il remit à Cesarini celle qui lui était adressée et lui laissa entendre qu'il n'en avait point d'autre : s'il brilla dans cette circonstance, ce ne fut point par la véracité ~. Cesarini crut donc pouvoir affirmer qu'il avait entre les mains tout ce que Daniel avait apporté de Rome. Or, ce n'était point le cas : l'évêque de Parenzo avait gardé par-devers lui celle des deux bulles du 12 novembre qui prononçait hic et nu ne la dis-
1 . J. Haller, II, 572 ; Monnm . Concil, II, 61, 65, 105. Cf. un récit fait devant le Parlement de Paris par Nicolas Lami, le 18 mars 1432 : « Et a dit et déclaré l'evfesque qui a apporté ladicte bulle pour publier audit lieu de Basle, quand il a veue la grant et notable assemblée qui desjà estoit oudit saint Concil, que le Pape avoit esté deceu, et que on lui avoit rapporté qu'il n'y avoit que ung pou ou neantde gens... Et, pour ce, avoildit et disoit ycellui evesque qu'il cuideroit faire sacrifice au dyable s'il publioit ladite bulle. » (Arch. nat., X ta 1181, fol. 53 r°.) — D'après Philibert deMontjeu, Daniel de Rampi donna plus tard une détestable explication de rengagement qu'il avait ainsi pris sous la foi du serment : je songeais, dit-il, à la dissolution du futur concile de Bologne (J. Haller, II, 162).
2. « Il y a certaines choses qu'il eût mieux fait de ne point dire pour l'honneur de l'épiscopat », remarque Cesarini (Monum. Concil. ,11, J 05).
solution du concile, et aussi certaine lettre qui le chargeait personnellement d'exécuter les ordres du pape au défaut du légat ; il devait au besoin, s'il ne pouvait faire mieux, procéder à un affichage de la bulle de dissolution sur les portes de la cathédrale.
Quant à la bulle adressée et remise à Cesarini, communiquée par celui-ci à quelques-uns des plus notables, elle causa grand émoi, mais n'enleva pas toute espérance. Les raisons mises en avant semblèrent faciles à réfuter. On se flatta de faire comprendre sans trop de peine au souverain pontife le tort qu'il allait causer à la religion, au clergé, à la cour de Rome et à luimême. Dans l'ignorance où l'on était de l'éclat produit au consistoire du 18 décembre, et dans la conviction qu'on avait au moins quelques semaines de répit, puisque le pape semblait s'en remettre à Cesarini, l'on venait d'arrêter l'envoi de deux émissaires, l'un au nom du concile, l'autre au nom du légat, quand la fuite précipitée de l'évêque de Parenzo replongea les pères dans les pires inquiétudes '. Le prétexte invoqué d'un recouvrement que Daniel voulait faire à Strasbourg ne donna le change à personne ; il s'était esquivé à la dérobée, un matin. Nul doute qu'un coup ne se préparât.
En effet, n'osant faire la besogne lui-même, Daniel en avait chargé un jeune docteur de sa suite, Jean Ceparelli de Prato. Celui-ci, après le départ de l'évêque de Parenzo, communiqua au légat les deux bulles qui ne lui avaient pas été montrées encore. Cesarini se récria. Ce n'étaient que des copies ~ : il demandait à voir les originaux. Trompé une première fois, il avait bien le droit de se montrer incrédule. Mais il ne put obte-
1. Daniel avait encore chanté la grand'messe à Bâle le joui" de l'Epiphanie (Concil. Basil., V, 15).
2. Un vidimusde la bulle du 12 novembre avait été exécuté, à Bâle, le 8 janvier, par les soins de Jean Ceparelli en présence de trois témoins italiens (Bibl. nat., ras. lat. 1575, fol. 63 v° ; Bibl. Mazarine, ms. 1684, fol. 88 ru ; Ampliss. collect., VIII, 50 : cf. Monum.Çoncil, II, 66).