‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 170 sur 396 · Mansi, XXIX · texte numérisé non relu

Mansi, XXIX

4. C'est en suivant les indications de Regnault de Chartres que le concile fit des démarches auprès de plusieurs des membres les plus influents du Grand Conseil (ms.de la Mazarine 1684, fui. 123 r° ; Labbc, XII, 829). Le même Chancelier avait offertde guider l'émissaire que le concile enverrait en France pour citer les prélats (lettre de Guy Flamechet, prieur des Dominicains de Chambéry, reçue à Bàle le 5 mai ; J. Haller, II, 106).

« d'un Jean XXIII, mais d'un pontife dont la vie est, à tous les « points de vue, recommandable. » A ces sages avis le concile ne répondit pas ; mais il tâcha de persuader à Talaru de renoncer à son voyage de Rome. Ce serait peine inutile : les gens y étaient trop obstinés ; l'archevêque ferait bien mieux de donner l'exemple de l'obéissance aux décisions du clergé de France en se rendant le premier au concile de Bâle l .

Ce grand succès remporté par le concile en France eut presque son pendant dans les états de Bourgogne. Philippe le Bon et Charles VII ne devaient pas de si tôt sceller leur réconciliation; mais déjà les deux adversaires se rencontraient sur le terrain de la politique religieuse.

Là, comme en France, le péril hussite apparaissait des plus menaçants : pour triompher de l'hérésie, dont l'influence se faisait sentir jusqu'en Artois 2, la prolongation du concile semblait indispensable. Puis le duc de Savoie, dont on connaît le zèle pour la cause bâloise 3, exhortait chaudement Philippe le Bon, son neveu, à prendre, comme lui, fait et cause pour les pères. En effet, dès le 26 février, Philippe le Bon promit d'envoyer une ambassade à Bàle, d'agir auprès des princes ses alliés, du clergé de ses états, et de demander au pape le retrait de la bulle de dis-

J. On lui laissait pourtant le soin de décider s'il ne ferait pas mieux de retarder un peu sa venue en vue de l'assemblée préparatoire dont il avait parlé (ms. 1684 de la Mazarine, fol. 123 r° ; ms. 198* de Douai, fol. 313 r° ; Labbe, XII, 831). Rinaldi (IX, 122) rapporte à tort à l'évêque de Lausanne ce qui s'adresse ici à l'archevêque de Lyon. — Talaru ne se rendit à Bâle qu'en automne ; il fut incorporé le 10 octobre 1432 (J. Haller, II, 242).

2. Lettre adressée au concile par l'évêque d'Arras le 30 mars [1432] : « Publiant in dies in dyocesi ista hereses et zizania Bohemorum, quibus nisi viriliter restitissem cum coadjutoribus, et modo jugiter vigilias gregis custodirem, in agro Domini non frumentum veritatis, sed infelix lolium doctrine erronée germinasset. Impugnatur a quibusdam juridictio ecclesiastica. Detrahitur vestre sancte unitati almeque congregationi sacri Concilii Basiliensis, dicendo quod prorogatum est et dissolutum. Quibus pro viribus malis obsisto. Arbitror hic manens vobis magis proficere quam illic existens. » (Bibl. nat., ms. lat. 1575, fol. 52 v°.)

3. V. plus haut, p. 142. Cf. une lettre écrite au concile par Amédée VIII le 25 février (ms. latin 1575, fol. 78 v° ; ms. 1982 de Douai, fol. 59 r°; ms. 987 de Grenoble, fol. 10 v° ; Ampliss. collée t., VIII, 67 j.

LA BOURGOGNE PREND PARTI POUR lîALE 159

solution '. Plus explicite encore le 18 mars, il proclama l'institution divine du synode de Bâle, annonça que son ambassade était prête à partir, offrit de renouveler, s'il était nécessaire, l'invitation déjà faite, à deux reprises, aux prélats et ecclésiastiques de ses vastes états, et promit d'intervenir auprès de ses alliés 2. Quelques efforts qu'Eugène IV fît, au même moment, pour

1. Ms. lat. 1575, fol. 52 r° ; ms. 198- de Douai, fol. 59 r° ; ms. 987 de Grenoble, fol. 45 v° ; Ampliss. collect., VIII, 68. Cf. Monum. Concil., II, 108, 141 ; J. Haller, II, 27, 36; Palacky, p. 294.

2. « Paulo post recessum oratorum vestrorum ad nos postremo destinatorum — de quorum missione suaque nobisgratissima expositione, et presertim super illa vestra unanimi concordia et firma constantia, sacrum générale Concilium Basiliense, Deo non dubitamus auctore, féliciter inceptum, usque ad plenam illius consummationem continuandum, non minus leti quam contenti extitimus et similiter de aliis ambaxiatis et vesti'is frequentibus litteris pro nostra consolatione et letitia super eodem negotio sanctissimo antea missis, — carissimus atque dilectissimus noster avunculus dux Sabaudie venerabilem virum magistrum Philibertum de Ruppe, consiliarium et procuratorem suum in Romana curia, exhibitorem presentium, cum litteris credencialibus ad nos duxit mittendum. Qui, suam nobis credenciam exponens, ad duo principalia puncta, ut brevitatem assequererur, resolvit, explicans primum quantum idem avunculus noster zelum desideriumque ferventissimum haberet utdictum sacrum Concilium, cui totis ex precordiis adherebat, débite celebraretur atque linem votivum sortiretur. Adjecit insuper quod pro hujus modi prosecutione rei, qua nulla sanctior altéra, et debito illius ad finem intentum complemento, paratus et omnino resolutus erat se, suos et sua, id est amicos et bona, tam liberaliter quam libenter exponere, nec ab ea resolutione... velle unquam recedere... Et propterea... prefatus magister Philippus nos... fuit exhortatusquatenus secum vellemus in premissis conformiter agere, nostrosque solempnes ad dictum sacrum Concilium ambaxiatores, secundum quod egeat breviore mora, destinare, et in reliquis publicam ejusdem Concilii commoditatem concernentibus nos sibi conformare. Iliis autem sub grata dicendi copia seriosius expeditis, nos, quo videbamus oportere modo, prefato magistro Philippo satisfecimushocpacto : respondentes ad primum quod factum avunculi nostripropositum in facto dicti Concilii, quod adeo visceribusimpressum haberet, meritodebebat coramendari, et nos, illudcelo dignum approbantes, insequi volebamus, illiquefirmiter et inseparabiliter adherere, nec alia fuerit mens nostra ab ejusdem Concilii exordio, cui semper adhesimus et adheremus, dicentes et profitentes id ipsum a Deo et Spiritu Sancto fuisse institutum. Super alio autem puncto, quasi pariformiter ad primum, respondimus dicentes quod, jamdiu est, conclusimusdictos ambaxiatores nostros, jam exire paratos, ad dictum générale Concilium destinare, et ut ita faciant prelati et cetere gentes ecclesiastice patriarum nostrarum etaliarum que nostro subsunt gubernamento, ipsis, in idipsum studiosius exhortatis, bina vice scripsimus, et, adhuc, si opus sit, scribemus, necnon amicis et benivolis nostrisubilibet constitutis... Secundum quod prefatis oratoribus vestrisdiximus, vobisque licentius referre valebit dictus magister Philippus. Si que autem que nostra ope vel opéra indigeant vobis superveniant, significate nobis confidenter.. . » (Ms. lat. 1575, fol. 26 v°.) Lettre analysée par Jean de Ségovie (p. 141) et citée par J. Haller (I, 121, note 2) d'après un ms. de Munich. Elle fut lue à Bâle le 24 mars, jour où Philibert de la Boche, qui l'apportait, fit sa relation (J. Haller, II, 67).

gagner le duc de Bourgogne par l'appât de je ne sais quels mystérieux avantages ', les affaires du concile étaient donc en bonne voie dans la plus grande partie de l'Europe occidentale.

Parmi tous les succès qu'enregistra le concile dès ce premier semestre de 1432, un des moindres ne fut pas de resserrer ses liens avec Cesarini.

Dans l'attente d'instructions, dont il entendait bien d'ailleurs déterminer le sens, le légat, on s'en souvient, avait nettement refusé d'obéir au saint-siège ; il s'était seulement abstenu, à partir du 8 février, de présider le concile qu'il ne voulait pas dissoudre ~. Cette réserve parut excessive et désobligeante aux pères : au mois d'avril, puis au mois de mai, ils tâchèrent de persuader à leur ancien président de remonter sur son siège. Cesarini du moins consentit à reparaître, les 16 et 31 mai, dans des assemblées générales et à revêtir les ornements pontificaux pour la messe du jour de l'Ascension (29 mai) : premier pas bien significatif 3.

Un symptôme plus caractéristique encore fut la nouvelle lettre que le légat adressa, le 5 juin, au souverain pontife 4. Les Etats de l'Eglise, observait-il, n'avaient pas besoin d'Eugène

1. J. Ilaller, I, 251. Cf. une lettre du 15 octobre 1 132 par laquelle le pape fait savoir à Philippe le Bon que l'évêque de Màcon lui a fait connaître ses sentiments dévoués et qu'il a accueilli ses requêtes (Arch. du Vat., Recf. 370, fol. 109 v°).

2. On remarqua sa présence cependant à la messe du dimanche 16 mars, et à certaines délibérations, le 29.

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