‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 232 sur 396 · VAINE INSISTANCE DES NONCES · texte numérisé non relu

VAINE INSISTANCE DES NONCES

prix seulement il se rendra agréable à Dieu et aux hommes. Bien entendu, il ne pouvait être question d'admettre les nonces comme présidents.

Après cette décourageante réponse, le concile prétendit encore faire admirer sa mansuétude, et, .pour en donner une nouvelle preuve, conjura Dieu d'amollir le cœur d'Eugène IV, de façon à lui épargner le châtiment terrible dont Notre-Seigneur avait menacé ceux qui scandalisent les petits * .

Grand était l'embarras des nonces. Leurs instructions les autorisaient bien, en cas de péril pressant, à promettre que le pape ratifierait les décrets du concile, mais à condition que les gens de Bâle consentissent à annuler eux-mêmes ceux de ces décrets qui portaient atteinte à la primauté du saint-siège, à la juridiction du pape, des cardinaux et des prélats ~.

Que faire ? Nos ambassadeurs se bornèrent à demander crédit de quelques semaines jusqu'à l'arrivée des autres nonces; à protester qu'il ne dépendait pas du pape que les scandales imminents ne fussent conjurés; à rassurer enfin les pères sur les intentions d'Eugène IV. Il ne les regardait pas comme des schismatiques, admettait qu'ils avaient agi par zèle, leur donnait dans ses lettres les titres de « frères », de « fils aimés ». Leur œuvre ne périrait pas ; ils corrigeraient eux-mêmes ceux de leurs décrets qui lésaient la dignité ou l'autorité du pape, des cardinaux, des prélats : tout ce qui serait trouvé juste, le pape l'approuverait. Il ne manquerait point de ratifier notamment le décret de la dernière session, qui assurait de la façon la plus stricte la périodicité des conciles.

Or, les pères venaient justement de recevoir une lettre de

1. Réponse lue le 16 juin 1133 (ms.de la Mazarine 1681, fol. 23-26; Moiium. Concil., Il, 373-377).

2. J. Haller, I, 314. — C'était à peu près l'expédient que précoiiisail, le I9juin. le cardinal de Rochctaillcc voir sa lettre adressée, de Bâle, à Gaspard Schlick, Deulsche lieuhski</suklen, XI. Il : il se méprenait évidemment sur les dispositions conciliantes des pères.

Sigismond indiquant que le pape et son entourage se plaignaient du décret en question.

Tudeschi essaya aussi de soutenir que la fameuse bulle de dissolution était l'œuvre collective de toute l'Eglise de Rome. C'était jouer de malheur : deux des cardinaux présents, Correr et Rochetaillée, avaient une manière différente de raconter les faits, et un troisième, Gastiglione, qui avait jadis, de loin, désapprouvé la mesure, émit l'opinion que, ce jour-là, comme d'autres, Eugène IV s'en était rapporté à lui seul.

Les nonces osèrent aussi, mais assez timidement, se risquer sur le terrain de la doctrine. Ils citèrent saint Jérôme, saint Ambroise, Gratien,pour prouver la supériorité de l'Eglise romaine et l'obligation d'obéir au souverain pontife. Ils tentèrent, par un exemple d'ailleurs fort mal choisi !, de ruiner la théorie de l'infaillibilité conciliaire ~. Mais là, ils se heurtèrent à un adversaire trop redoutable.

Cesarini, celui-là même que le pape venait d'investir, en même temps que les nonces, des fonctions de président, et qui refusait d'user de cette investiture 3, se retournant violemment contre ses prétendus collègues, réfuta une à une toutes leurs allégations. Qui nie l'autorité de l'Eglise ne marche pas dans la voie du salut : c'était le cas d'Eugène IV. Le plus grand de l'Eglise, il l'était, oui, sans doute, mais non plus grand que toute l'Eglise. Que de papes avaient été déposés avant lui ! Et ici Cesarini,

1. Sous prétexte que la bulle de déposition de Frédéric II avait été fulminée, en 1245, dans le concile de Lyon (Sexte, lib. II, tit. xiv, c. 2), Jean de Mella crut pouvoir tirer argument du langage suivant tenu dans cette bulle par Innocent IV : « Fecimus... proponi... quod, si Ecclesia eum in aliquo contra debitum lœserat (quod non credebat), parata erat corrigere ac in statum debitum reformare. » (Monum. Concil., II, 380.) Le pape n'avait l'ait que rappeler une démarche conciliante; il n'avait point eu l'idée de se prononcer pour ou contre l'infaillibilité de l'Église universelle.

2. Ibid., p. 378-380 ; J. Haller, II, -129. Cf., dans le rns. 118 (p. 125-127) de la Bibl. Angélique de Rome, le texëede 1' « Exhortatio ad Concilium facta ab ambassiatoribus Pape ».

3. Procès-verbal authentique du 5 juin loc. cil.) ; J. Ilallei , I, 120.

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