‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 245 sur 396 · N. délia Tuccia (éd. I. Ciampi), p · texte numérisé non relu

N. délia Tuccia (éd. I. Ciampi), p

3. V. une lettre d'Alphonse V datée d'Ischia, le 20 juin 1433 (J. Ametller y Vinyas et J. Collell, Alfonso V de Aragon enlUdia, Girone, 1903, in-8", I, 402-406).

4. V. des instructions données par Charles VII à Nicolas de la Chapelle vers le 22 septembre 1433 : « Nous vous mandons et comendons que vous vous transportiez à Baasle, et cliqueriez se nostre amé et féal consilier l'arcevesche de Tours, l'un de nous ambassadeurs envoyez au saint. Concilie de Baasle, a dit par deux foiz en cession publique, c'est assavoir que nous avons doubtc et doublons de l'élection de Nostre Saint Père, et si on le doibt repute[r] vray pappe, ou nom (sic), et secundement, en une session, après que le cardinal de Plaisance eust dit que on debvoyt doubtier de l'élection de Nostre Saint Père, et le cardinal de Rouan confirmast le dit dudit cardinal de Plaisance, ledit archevesque se leva et dist : « Très reverens pères, le Roy semblablement en a doubté et doubte »; ainssi que, tant par les lettres de Nostre Saint Père que aultrement, nous a esté fayt savoir. » (Bibl. Laurentienne. plut, xvi, ms. 13, fol. 108 r°.)

Le Pape et le Concile. 16

Eugène IV n'ignorait rien de ces projets menaçants. Inquiet de la tournure que prenaient les choses, il avait voulu obliger Sigismond à lui jurer de le regarder toujours comme un vrai pape élu canoniquement *. Instruit de l'incident du 13 juillet, il dépêcha aussitôt un courrier en Touraine avec lettres pour le roi et pour le Chancelier, où il se plaignait de l'ambassade française et réclamait formellement le rappel de Coëtquis 2. Il sera question plus loin de la suite donnée à cette démarche. L'affaire Capranica devenait une obsession pour le souverain pontife. Un nonce qui avait vécu dans son intimité, l'abbé de Sainte-Justine, LouisBarbo, crut pouvoir affirmer aux pères qu'ils obtiendraient de lui tout ce qu'ils désiraient s'ils s'engageaient à ne plus soulever la question de sa légitimité 3. Cette crainte, dans tous les cas, ne pouvait qu'engager Eugène IV plus avant dans la voie des capitulations.

Notez que, sur ce terrain de la doctrine où maintenant se poursuivait le combat, Eugène demeurait presque seul de son bord. Les princes eux-mêmes, qui prétendaient intervenir en sa faveur, le trahissaient à cet égard et se joignaient à ses adversaires : soit légèreté, soit insouciance, ils le harcelaient de

1. Convention du 7 avril 1433 [Deutsche Reichstagsakten, X, 771; cf. p. 823.)

2. Le messager du pape, Me Denis « de Rivo », remit à Regnault de Chartres, à Amboise, le 17 septembre, la lettre du pape qui lui était adressée, et aussi une lettre du chambellan Jean du Mont, qui confirmait les faits. Bien qu'indisposé, le Chancelier se rendit, le 18, auprès du roi pour assister à la présentation du document pontifical. Un autre jour, étant à Tours, il reçut de nouvelles lettres de Jean du Mont, donnant plus de détails. V. la réponse de Regnault de Chartres au pape datée de Tours, le 29 septembre (Bibl. Laurentienne, ms. cité, fol. 114 v°).

3. Monum. Concil., II, 387. Cf. une lettre de Sigismond du 6 juillet 1433 (Deutsche Reichsiagsakten< XI, 43),

COURONNEMENT DE l'eMPEREUR A ROME 243

demandes qui toutes aboutissaient à lui imposer le sacrifice de ses droits essentiels *.

Au nombre de ces princes serviables, mais indiscrets, Sigismond acquérait de jour en jour plus de crédit. L'ancien adversaire politique était devenu l'allié, l'hôte, le sauveur peut-être. Il touchait maintenant 5.000 florins par mois sur le trésor pontifical 2. Rome venait d'assister à un spectacle dont le souvenir est encore, retracé sur l'un des reliefs de bronze de la principale porte de Saint-Pierre : le souverain allemand accueilli, embrassé, au haut des degrés de la basilique constantinienne, par Eugène IV; puis, à l'autel majeur, le vieux roi des Romains coiffé par le pape du bonnet rouge, de la mitre blanche, de la couronne d'or, et recevant de ses mains le globe, le glaive, le sceptre, lui présentant humblement les burettes à son tour, et conduisant ensuite, pendant quelques instants, la mule du pape parla bride3. Ces cérémonies pompeuses n'étaient que la manifestation d'une harmonie parfaite établie désormais entre le pape et l'Empereur 4, et, lorsque Sigismond, surpris des exigences des pères, mais docile à leurs injonctions 5, exhortait Eugène à leur accorder satisfaction plus ample, celui-ci ne pouvait plus fermer obstinément l'oreille à des avis accompagnés de promesses réconfortantes.

Puis, — autre circonstance propre à l'impressionner, — le vide continuait de se faire autour du pape. Deux nouveaux cardinaux réussirent à tromper la surveillance qu'il exerçait avec plus de vigilance depuis le départ de Cervantes, de Correr et de Roche-

1. Il est curieux de constater que, dans leur lettre collective du 23 juin, citée plus haut (p. 235, note 2), les ambassadeurs des princes appliquent au pape l'expression de « caput summum ministeriale » qui était fort en faveur parmi les pères de Bâle.

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