‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 283 sur 396 · ARRIVÉE DE L'EMPEREUR A BALE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE L'EMPEREUR A BALE

Les choses en étaient là quand, le même jour, à une heure, un bateau descendant le Rhin amena au pont de Bâle Sigismond.

Personne ne croyait qu'il arrivât si tôt. Une procession de prélats se forma à la hâte ; l'Empereur était déjà monté à la cathédrale. On l'y introduisit sous un dais, et on l'y fît asseoir sur un siège recouvert de drap d'or. Il prit aussitôt la parole.

C'est à Mantoue, tardivement, qu'il avait su la prorogation votée le 11 septembre. Depuis lors, de jour et de nuit il avait voyagé, faisant jusqu'à 70 milles en vingt-quatre heures, semant derrière lui les seigneurs de son escorte, harassés, malades (quelquesuns même avaient succombé), et voulant atout prix arriver avant l'expiration du délai de trente jours. Enfin il était là ! Comme on pouvait le voir, il n'avait même pas pris le temps de changer : le lendemain, il en dirait plus long. Tout irait bien, l'on serait content : mais il fallait proroger le terme. Au surplus, il tiendrait ses promesses et serait avec les pères jusqu'à la mort pour les aider à accomplir les trois grandes œuvres qui faisaient l'objet de leur mission.

« Il ne s'agit que de suspension, objecta insidieusement le « cardinal de Castiglione, qui ce jour-là présidait, non de dépo- « sition : si c'est un mal, ce sera un mal, en tout cas, réparable. » Mais l'Empereur joint les mains : il conjure les pères d'avoir en vue le danger de renouveler le schisme, ce schisme dont la suppression jadis lui a coûté tant de peine. Qu'on veuille seulement l'entendre ! Tout finira bien. Il ne lui faut qu'un peu de temps.

Puis, comme Castiglione rappelait la mansuétude dont le concile avait déjà fait preuve, proclamant, d'ailleurs, Sigismond le plus sage homme de son siècle : « Vous avez été mon maître », reprit l'Empereur aimablement . « Le disciple est devenu maître à « son tour», repartit le cardinal Branda. Sigismond ne se laissa pas écarter de son but par ces compliments flatteurs : il en revint à la prorogation. Sa présence allait attirer à Bâle beaucoup de princes, d'autres s'y feraient représenter ; une ère de prospérité allait s'ou-

vrir pour le concile : mais, de grâce, un sursis ! Un sursis de vingtquatre heures ! Les vingt-quatre heures furent accordées.

Alors l'Empereur, en rougissant, sollicita un délai de huit jours. Les pères parurent disposés à lui faire ce nouveau plaisir, et déjà Sigismond en rendait grâce à Dieu, en déclarant reconnaître à ce seul signe la présence de l'Esprit saint, quand des voix discordantes s'élevèrent dans l'assemblée. Il fallut que, changeant de ton, l'Empereur ébauchât presque une menace à l'adresse du duc de Milan, dont il voyait un serviteur figurer parmi les opposants; il fallut que, de nouveau, il s'étendît sur le danger du schisme, ou plutôt de « la schisme », de « cette maudite schisme », car il employa le féminin, et les auditeurs bienveillants, se refusant à l'expliquerpar l'ignorance du latin ou même par une inadvertance, attribuèrent ce solécisme au désir d'attirer plus fortement leur attention. Bref, les huit jours furent votés presque à l'unanimité, et Sigismond remercia Dieu en levant les deux mains au ciel. Au moins, consentait-il à ce que ce fût le dernier sursis? A cette question indiscrète il répondit évasivement : « Si vous prorogez « de rechef, ce sera de votre faute, et non de la mienne 1 ! »

En attendant, il s'agissait de profiter de cette huitaine pour tâcher de faire agréer les propositions du pape : tâche ingrate, car, comme l'observe Jean de Ségovie, la condition stipulée — révocation d'une partie des décrets — avait été, depuis le mois de mars, trois fois posée, trois fois repoussée.

Cependant l'Empereur se donna beaucoup de mouvement, allant frapper à la porte d'un cardinal ou d'un ambassadeur sans souci de sa dignité. Le 13 octobre, il essaya de faire accepter le principe des concessions réciproques devant une assemblée composée de cardinaux, de délégués et de diplomates; mais lui, d'habitude si disert, s'exprimait péniblement. Il finit par céder la parole aux deux nonces.

1. Monum. Concil., II, 464-466; J. Hallêr, 1,255; 11,501; ^Eneas Sylvius, De rébus Basileœ <jestis,p. 55 : Deutsche Reichstagsakten, XI, 81,110.

Page 1