MOLLESSE DE SIGISMOND
peut-être à gagner les envoyés de Venise, récemment arrivés, et, si les pères avaient pour eux ces compatriotes d'Eugène IV, l'Empire et tous les princes se rallieraient à eux *.
La controverse réclamée eut lieu dès le lendemain. Trois heures durant, Cesarini démontra, textes en mains, le bon droit du concile. La dissolution tentée par Eugène IV était un scandale pire que la fuite de Jean XXIII. Si des décrets aussi récents que ceux de Constance étaient violés avec une telle désinvolture, que serait-ce au bout de cent ans ? Une série de souverains pontifes détestables, que ne retiendrait aucun frein, que personne même n'oserait plus contredire, voilà ce que, dans l'avenir, entrevoyait le légat, et il rejetait la responsabilité de ce désastre de la religion sur les princes qui actuellement soutenaient Eugène IV. Tenant ouvert devant lui le recueil des décrets du concile, il entreprit de prouver qu'aucun n'était à supprimer ; il soutint même qu'aucun ne s'attaquait au pape, que tous étaient en sa faveur, pourvu qu'il eût le dessein de faire son salut. D'adhésion pure et simple, il n'était pas question dans les bulles du mois d'août, mais d'une adhésion conditionnelle et injurieuse, fondée sur l'hypothèse que le concile aurait empiété sur l'autorité du saint-siège et excédé son droit. Pouvait-on soutenir que le pape adhérât au concile, quand il enlevait une abbaye au cardinal de Lusignan ~ et dépouillait de ses bénéfices le cardinal Casanova pour le seul crime d'avoir fait adhésion eux-mêmes à ce synode 3?