‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 29 sur 396 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A Constance, le 22 avril 1418, un décret avait été lu prononçant, au nom du pape et avec l'assentiment des pères, la dissolution du concile. « Mes seigneurs, allez en paix! Domini, ite in « pace! » Le saint-siège donnait congé aux représentants omnipotents de la démocratie religieuse.

Livré pour cinq ans à lui-même, le pape fut aussitôt assailli par de multiples préoccupations.

En Italie, où il ne tarda pas à retourner, Martin V trouvait partout des ruines à réparer, l'Etat pontifical à reconstituer, à pacifier : il ne fut pas inférieur à cette tâche immense. Le vieux pontife déposé Benoît XIII, toujours cramponné au pouvoir, sur son rocher de Peniscola, conservait d'obstinés partisans en Aragon et dans certaines régions de la France méridionale ' : il fallait avoir l'œil sur ses menées schismatiques. En France, l'expulsion ou le massacre des Armagnacs, puis le meurtre de Montereau semblaient être le prélude de l'anarchie définitive qui allait ache-

1. LaFr. et le Gr. Sch. cVUccid., IV, 437-478. Le Pape et le Concile. J

ver de livrer le royaume aux Anglais : le père commun des lidèles ne se lassa pas d'interposer sa médiation pour obtenir la cessation des guerres étrangère et civile.

Quant à la réforme, elle avait commencé à Constance, avant la clôture du concile. Coupant court aux discussions stériles de la commission constituée à cet effet, Martin V avait lui-même réglé un grand nombre de points, puis passé successivement des concordats spéciaux avec la « nation allemande », avec les « nations française, italienne et espagnole », avec la « nation «anglaise »!. Le concile lui avait même donné un satisfecit à cet égard, déclarant, le 21 mars, dans sa quarante-troisième session, que les obligations imposées au nouvel élu par le décret du 30 octobre 1417 étaient suffisamment remplies. Ainsi la continuation de l'œuvre réformatrice se trouvait d'un commun accord ajournée jusqu'au prochain synode. Martin V cependant ne la perdit point de vue. Je n'en veux pour preuves que les menaces qu'il adressa, de Mantoue, aux clercs simoniaques2, les mesures qu'il prit pour réprimer certains abus de la cour de Rome, ou pour relever la discipline dans certains monastères ;i, surtout les projets, parfois hardis, que conçurent trois de ses cardinaux, et à plusieurs desquels il semble avoir donné son approbation 4.

1. B. Hùbler, p. -10 et suiv., 128 et suiv. Cf. mon Hist. de la Pragmatique Sanction de Bourges sous Charles V77, p. i-v.

2. Bulle du 14 novembre 1418 (Binaldi, Annal, eeclesiast., VIII, 499).

3. L. Pastor, Gesch. der Pdpsle, t. I (éd. de 1901), p. 228, 229.

4. J. Haller, Concilium Basiliense, t. I (Bàle, 1896, in- 8°), p. 163 et suiv. — L'éditeur (p. 108) se borne à remarquer que ces projets ne peuvent être postérieurs au commencement de l'année 1423, attendu qu'ils portent le nom du cardinal Adimari (ce cardinal, en réalité, mourut dès 1422, soit le 17 avril, soit le 27 septembre!. M. Haller aurait pu ajouter qu'ils sont postérieurs au 14 novembre 1418. On y lit, en effet (p. 172) : « Item, cura culpa careat qui scit. si prohibere nequit, videtur, si sue Sanctitati placeret, quod nova constitucio, que excommunicat non révélantes symoniacos, tolli debeat omnino quo ad non committentes, etsi sciant per auditum, quia nullus fructus videtur sequi ex ea, et illaquean Unanime ex sola sciencia, quod videtur nimis durum. » Cette « nouvelle constitution », que M. Haller déclare « inconnue », n'est autre que la bulle expédiée de Mantoue qu'a publiée Rinaldi (VIII, 499).

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