‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 290 sur 396 · DÉFENSE TIMIDE DES NONCES · texte numérisé non relu

DÉFENSE TIMIDE DES NONCES

à l'examen des députations, et bientôt on la déclara scandaleuse, séditieuse, téméraire, injurieuse et blasphématoire, plusieurs même estimant qu'elle ne pouvait provenir que d'un hérétique i.

A ce déchaînement les nonces n'opposaient qu'un honteux silence. Leur effacement, leur couardise indignèrent le véritable auteur de la bulle Deus novit, qui regretta de s'être trouvé alors en France, pour une mission du pape, et qui, à Bâle, eût défendu d'une toute autre manière le principe de la souveraineté pontificale : c'est du moins ce dont il se vanta au pape dans une curieuse lettre dont j'ai déjà tiré parti 2.

Que Barthélémy Zabarella et Christophe de San Marcello n'aient pas épousé la doctrine d'Antoine de Roselli, cela se comprend aisément. Mais qu'ils n'aient rien trouvé à répondre aux théories de leurs adversaires ; qu'il n'aient eu de courage que pour désavouer l'encyclique Deus novit, peut-être pour en dénoncer l'auteur, lorsqu'ils l'eurent découvert ; qu'à ce système, assurément contestable, ils n'en aient substitué aucun autre plus conforme à la pensée pontificale ; qu'ils se soient constamment

1. Monum. Concil., II, 496, 519; J. Haller, I, 258; II, 506, 508, 511 ; Ampliss. collecl., VIII, 931.

2. « Quoniam ipsos adeo jam formidolosos esse conspexi ut adinimicorum vestrc Sanctitatis minas suaderent Beatitudini vestre ut pure ac simpliciter et absque ulla alia cautela illi Basiliensi convencioni, ut semper Concilie, adherere deberetis. Quam rem ego, quamvis pusillus, coram vestra Sanctitate ac majestate Cesarea, justis racionibus, alia vobis non prestita cautela, propulsare ausus fui. Conspicio insuper quod ignorancia ducit eos : nam, cura Basilee epistola a me confecta recitaretur que incipit Deus novit, que rei hujus manifestissime ostendebat omnem veritatem et seriem, et adversariorum vestrorum errores limpide detegebat, et vestram justiciam confirmabat, adeo quod profundissime vestri adversarii tangebantur, et ideo contra illam ta m acriter clamaverunt quod ipsi legati vestri, rumbribus territi ac contenta in ipsa epistola jure defendere nescientes, adversariorum argumentis acquieverunt ac ad miserorum refugium confugerunt, me videlicet, non alium ipsius fuisse epistole autorem. Ecce, beatissime pater, defensiones, ecce jura, cece sanctorum Patrum auctoritates quas in médium pro vera tutanda justicia produxerunt ! Sed o utinam, pater sanctissime, sicut in Galba tune aberam, ita in Concilio interfuissem ! Nam qui se ultra debitum doctissimos existimant obmutuissent, quoniam justiciam vestre Sanctitatis adeo jure divino et naturali ac sanctorum Patrum auctoritatibus roborassem, quod ora indebite latrantium compescuissem et verba illius epistole in omnibus suis partibus confirmassem. » (Bibl. Laurentienne, plut, xvi, ms. 13, fol. 128 r°.)

Le Pape et le Concile. 19

dérobés, inclinés ou cachés : c'est ce qui prouve sans doute qu'ils manquaient, sinon de savoir ou d'énergie, au moins d'instructions sur ce point, mais c'est ce qui rendait trop aisé le triomphe du concile. Les nonces n'allèrent-ils pas jusqu'à conseiller euxmêmes au pape d'envoyer à Bàle son adhésion pleine et entière au synode ? Antoine de Roselli l'affirme, et il ajoute en écrivant à Eugène IV : « Voilà comme vous êtes défendu ! Voilà les textes « de droit, voilà les sentences des Pères qu'on exhibe à l'appui « de votre juste cause ! »

Cette cause était donc condamnée. Il est même surprenant, étant donnée l'indifférence des cours pour toutes les questions de droit canonique et de suprématie spirituelle, que les pères de Bâle aient eu besoin de tant d'efforts pour déterminer, en leur faveur et contre la primauté romaine, la manifestation d'une sorte de concert européen.

Ce sont les princes désormais qui se chargeaient de vaincre l'obstination du pape. La proposition depuis longtemps en avait été faite par les ducs de Bourgogne et de Savoie l ou par le roi de France ~. Mais, cette fois, il s'agissait d'une démarche collective de toutes les puissances représentées à Bàle, et il était bien stipulé qu'en cas de résistance de la part d'Eugène elles l'abandonneraient à son sort, n'importuneraient plus le concile de leurs demandes, souscriraient au décret projeté de suspension 3.

Pour plus de sûreté, l'on arrêta définitivement les termes précis de la formule qu'on entendait imposer à Eugène. Seuls Bourguignons et Savoyards hasardèrent encore une timide réserve : leurs pouvoirs, disaient-ils, ne prévoyaient pas ce cas. Ce qui

1. Instructions arrêtées par Philippe le Bon. à Ravières, le 1er septembre 1433 (ms. lat. 1518, fol. 33-44).

2. Simon Charles avait sollicité du concile un délai de quarante jours pour avoir le temps de se rendre à Rome iF.-J. von Bianco, Die alte Universitiit Kôln, App., p. 178). Cf. Bibl. Laurentienne, plut, xvi, ms. 13, fol. 121 v° : « Potestas data in instructionibus per regem Francie domino Simoni Caroli, oratori suo, misso Romani pro adhesione Pape secundum formam decreti. •>

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