COMPLET ISOLEMENT DU PAPE
ni subsides pour hâter ce voyage de l'Empereur à Bâle qu'elle pensait devoir tourner à l'avantage du pape l. Long-temps elle avait repoussé de façon maussade les ouvertures des pères, se plaignant du mauvais accueil qu'ils faisaient à ses prélats, du serment qu'ils imposaient aux nouveaux membres du concile, du peu de liberté dont on jouissait à Bâle et de la cohue qu'on y coudoyait. Les bons arbres, disait-elle, se reconnaissent à leurs fruits : or, le concile ne paraît tendre qu'au renouvellement du schisme^ Elle avait, par des menaces, cherché à éloigner le cardinal Correr de Bâle et ne s'était décidée qu'à la dernière extrémité à y envoyer une ambassade elle-même -. La plupart des prélats vénitiens prétextèrent une indisposition pour se dispenser de paraître à la session du 7 novembre. Et cependant le désir même de sauver la tiare de Condolmario amena la république à se charger de la mission d'arracher au pontife les concessions suprêmes.
A deux reprises déjà le doge avait exhorté Eugène à céder tout3. C'est ce que lui répéta, avec plus de force encore, l'ambassadeur Donato, en le mettant au courant des derniers événements, en plaçant sous ses yeux des lettres de l'Empereur et de plusieurs cardinaux, en ouvrant devant lui la double perspective d'un règne paisible, dans un cas, d'un abandon général, dans l'autre. Il lui fallait se rendre enfin au vœu de l'univers ''.
L'isolement du pape n'eût pas été complet si les cardinaux présents à Rome, et jusqu'à son fidèle Giordano Orsini, après avoir fait rédiger un projet d'appel aux princes et de réquisitoire contre les pères 5, n'eussent reconnu eux-mêmes l'inanité de