‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 294 sur 396 · Sanudo (Murât., XXII · texte numérisé non relu

Sanudo (Murât., XXII

2. Ampliss. collect., VIII, 639 ; Concil. Basil., V, p. xlix.

3. Mansi, XXX, 685 ; Concil. Basil., V, p. liv; J. Haller, I, 321.

4. Monum. Concil., II, 563 ; Deutsche Reichstagsakten, XI, 118-121.

5. Projet d'encyclique suivi, dans le ms. provenant du cardinal Orsini (Bibl. Laurentienne, plut, xvi, ms. 13, fol. 139-147), de la note suivante : « Tamen ista littera non fuit missa, sed continet factum in se. » La rédaction en est postérieure à l'époque où Fortebraccio avait pris le titre de « capitaine général du concile »

cette dernière tentative de résistance et, découragés, n'eussent fini par joindre leurs instances à celles du Vénitien *.

Ainsi les partisans les plus sûrs d'Eugène IV, ses plus dévoués alliés étaient unanimes à juger qu'il n'y avait plus pour lui qu'un parti à prendre, celui de la capitulation.

Cependant nous sommes loin encore d'avoir mesuré la profondeur de la détresse où se voyait réduit le pape. Il est temps de jeter un coup d'œil sur l'état de l'Italie centrale.

Un condottiere dont Eugène IV s'était beaucoup servi pour combattre le Préfet, allié des Golonna 2, Nicolas délia Stella, surnommé Fortebraccio, s'était bientôt rendu insupportable tant par ses cruautés que par ses déprédations et ses exigences. Un des amusements de ce petit homme sec et avide était de faire lier aux arbres des malheureux qu'il laissait ensuite périr de faim. Comblé de faveurs, pourvu de titres magnifiques, mis en possession de Vetralla et de Borgo San Sepolcro 3, il n'en réclamait pas moins des sommes considérables, qu'il prétendait recouvrer de force sur les sujets des Etats pontificaux 4.

(v. plus loin, p. 296 ;. On y fait l'apologie de la politique du pape, on y justifie le projet de translation du concile à Bologne. On s'indigne du refus d'admettre les présidents, des doutes soulevés au sujet de l'élection d'Eugène IV. etc. On rappelle enfin aux princes les exemples de David et de .îosué : « Vos autem, optimi principes omnesque Cliristi fidèles, expergiscimini tandem... Agite adversus Chrisli vincam agrumque dominicum dévastantes... »

1. Monum. Concil., II, 563;. T. de Torquemada, Summa de Ecclesia, lib. II, cap. 100.

2. N. délia Tuccia, p. 117,1 19: Xeri Capponi (Murât., XVIII), col. 1 175. Cf. Archivio délia Socielà Bomana di storia palria, 1887, p. 412.

3. G. Morelli, Bicordi \Delizie degli eruditi Toscani, XIX, 107 ; Cron. del Graziani, p. 360,363 ; Ant. dei Veghi, Cron.d. cilla di Perngia (éd. Ar. Fabretti, Turin, 1SS8, in-8"), II, 10; O. Scalvanti, dans Bollett. d. Soc. Umbra di st. pair., XII (1906), p. 302.

4. V. sa lettre du 28 janvier 1 433 aux gens d'Orvieto L. Fumi, Codice diplomalico délia citlà d'Orvieto, Florence, 1884, in-fol.. p. 693).

RÉVOLTE DE FORTEBRACCIO 295

Dans l'impossibilité de lui faire entendre raison, Eugène prit le parti de lui opposer un rival, Michel Attendolo, un autre condottiere, qu'il emprunta aux Florentins (avril 1433) K

Malheureusement, c'était la guerre, et une guerre qui, en dépit de l'avantage numérique, tourna presque toujours à l'avantage de Fortebraccio 2.

Donnant la main aux Colonna, qui relevaient la tête, et à son ancien adversaire Jacques de Vico, Nicolas délia Stella garda Vetralla comme base de ses opérations, mais étendit ses incursions dans toute la Campagne romaine, et ne se fit point faute de battre les forces papalines partout où il les rencontra, non plus que de prendre et de saccager les places qui se trouvèrent sur son chemin. Les troupes pontificales, mal payées, mollissaient. On ne pouvait plus entrer à Rome ni en sortir sans escorte : l'épouvante régnait 3. Le 25 août, Fortebraccio s'empara du Ponte Molle, qu'il ne put, d'ailleurs, garder que quelques jours, puis du Ponte Mammolo, du Ponte Salaro et du Ponte Nomentano : les routes de Rome étaient coupées. La plupart des troupeaux de la Campagne, de nombreux prisonniers tombèrent entre ses mains. Un de ses lieutenants faillit s'emparer de Tivoli 4.

1. Les Florentins, prévenus, défendirent, vers le 11 mai, de fournir des vivres à Fortebraccio ou de livrer passage à ses soldats (Pellegrini, Sulla repubblica Fiorentina a tempo di Cosimo il Vecchio, Pise, ISSOipin-S0, p. ccxlix).

2. V. un ordre du 28 juillet à tous les vicaires, feudataires, officiers ou communautés soumis au pape de traiter en ennemis les gens de Fortebraccio : « Quin ymo ipsos totis viribus expugnctis ! » (Arch. du Vat., Armar, XXIX, t. 17, fol. 197 r°.)

3. X. délia Tuccia, p. 122, 126-128; FI. Biondo. déc. III, lib. v [éd. de 1531), p. 169, 472; Cron. del Graziani, p. 366,368; Simoneta (Murât., XXI), col. 225: Neri Capponi, col. 1179.. T. Guiraud, L'État pontifical après le Grand Schisme, p. 90, 93, 157, J81.

4. N. délia Tuccia, p. 129 ; Paolo dello Mastro (Archivio d. Soc. Rom. di st. pair., XVI), p. 83 ; Infessura (éd. Tommasini), p. 30 ; FI. Biondo, p. 473 : Ign. Ciampi, Cronache... di Viterho, p. 129; Cron. del. Graziani, p. 373; Gimignano Inghirami (Archivio storico ilaliano, 5e série, I, 1888, p. 48). —Le comte de Fondi, Christophe Cactani^ donnait aussi des inquiétudes au saint-siège. Le 24 juillet 1433, Eugène l'exhorte à rester fidèle à l'Église, « etsi multa de te nobis subgesta fuerunt quibus, si vera extitissent, non parum fuissemus perturbati » (Arch. du Vat., Beg. 370, fol. 150 v°).

Pour comble d'audace, Fortebraccio osa se parer du titre de capitaine de l'Eglise. Il prétendait tenir ce mandat du concile de Bâle, en même temps que la mission de récupérer les places et terres induement aliénées. Ceux qui, dans les huit jours, ne faisaient pas acte de soumission au concile, c'est-à-dire à Fortebraccio, s'exposaient à perdre la liberté et tout ce qu'ils avaient de plus cher : l'impitoyable conquérant se faisait fort de vendre et de disperser leurs biens, leurs femmes et leurs enfants aux quatre coins du monde l.

Plusieurs jours il campa à Sainte- Agnès-hors-les-Murs. Le pape, effrayé, se réfugia au Ghàteau-Saint-Ange, en attendant d'établir sa résidence en un quartier central de Rome, à la Cancelleria. Puis, tandis que le condottiere poussait sa pointe successivement à Anagni et à Subiaco, dont il enlevait les châteaux forts et rançonnait l'abbé, le jeune cardinal Prosper Colonna s'enfuyait comme en 1431, déguisé cette fois en homme delà campagne et feignant d'escorter un troupeau ; il rejoignait ses frères, notamment l'incorrigible prince de Salerne, qui, oubliant un pardon renouvelé à plusieurs reprises, déclarait de nouveau la guerre à Eugène IV et s'avançait jusqu'à Saint-Paul'2.

1. N. délia Tuccia, p. 129; FI. Biondo, p. 477. — Dans le projet d'encyclique rédigé au nom du sacré collège il est dit que les gens de Bàle ont déchaîné contre le pape le sacrilège, l'incendiaire Fortebraccio, qui a dévasté tout le Latium : « Ita enim se scribit ille : sacre Synodi sancteque Romane Ecclesie capitaneus generalis. » (Bibl. Laurentienne, plut. xvi. ms. 13, fol. 139-147.) V. encore une lettre écrite par Fortebraccio aux moines de Farfa, du camp devant Tivoli, le 6 septembre : il s'y arroge le droit de confirmer le futur abbé Mansi, XXXI, 179).

2. FI. Biondo. p. 473 ; N. délia Tuccia, p. 129; Cron. del.Graziani, p. 373. ; Antonio dei Veghi, II, 12. — Dès le 16 février 1432, Antoine Colonna avait protesté en secret contre sa soumission forcée et interjeté appel au concile (Goppi, Memorie Colonnesi eompilate, Rome, 1855, in-8°, p. 190). Cependant le pape avait accordé une nouvelle rémission aux Colonna le 15 mai 1432, pour tous les faits qu'ils avaient pu commettre et qu'ils passaient pour avoir commis postérieurement à la bulle du 12 septembre 1431 (Arch. duVat., Reg. 372, fol. 9 r°). Des lettres du 17 juin et du 8 juillet 1432 prouvent qu'Antoine et son frère Edouard étaient rentrés dans le devoir (Reg. 370, fol. 88 r°, 93 r°). Eugène IV n'en expédia pas moins, le 24 juillet, une nouvelle rémission s'étendant aussi aux incursions récentes d'Etienne Colonna sur les territoires de Rome et de Tivoli (Reg. 372, fol. 34 r°). Le 7 mai 1433, Eugène constatait encore que les Colonna étaient fils dévots de l'Église et, en conséquence, défendait de leur causer aucun dommage (Reg. 370, fol. 140^°;.

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