GUERRE FAITE AU NOM DU CONCILE
Le pape n'eut d'autre ressource que de rééditer les anathèmes et la sentence de confiscation fulminés deux ans plus tôt contre les Colonna (9 octobre)1, puis de se plaindre à l'Empereur de la perfidie d'adversaires qui, pour vaincre sa juste résistance, livraient les États de l'Église à l'incendie et au pillage. Ces dernières expressions feraient croire qu'il prenait au sérieux la prétendue mission dont Fortebraccio se disait investi par les pères. Cependant le pape invitait le concile, ainsi que Sigismond, à désavouer ces forfaits (13 octobre)2.
Vainement, après Attendolo, Eugène appela à son secours l'adroit Vitelleschi, avec tout ce que celui-ci entretenait de troupes dans la Marche: Fortebraccio sut lui tenir tête3, et bientôt la nouvelle du soulèvement de Pesaro obligea le belliqueux évêque de Recanati à reprendre à marches forcées le chemin de sa province4. Presque aussitôt Assise tomba au pouvoir de l'ennemi, qui réussit enfin à mettre la main sur Tivoli 5. Parvenu à ce point de son récit, le secrétaire Flavio Biondo compare l'Etat pontifical à un vieil édifice qui croule.
Fortebraccio avait-il bien en mains des pouvoirs du concile? Avant de répondre à cette question, il convient de remarquer
1. Theiner, Codex diplomat. dominii tempor. S. Sedis, III, 322.
2. Rinaldi, IX, 158. — Dès le mois de juin, Sigismond s'était plaint à Bâle qu'il y eût des légats créés, des capitaines délégués, des gouverneurs de terres nommés par le concile (Deutsche Reichslagsakten, XI, 34).
3. Plusieurs fois on le crut vaincu, et l'on envoya à Rome des bulletins de victoire (FI. Biondo, p. 473). La nouvelle même de sa défaite totale parvint à Bàle ; voici ce qu'écrivait, le 3 octobre 1433, l'évêque de Nevers au chancelier Rolin : « De novis Rome heri venit nuntius qui retulit Forstbrache capitaneum esse destructumper gentes Pape. » (Bibl. nat., ms. lat. 1518, fol. 19.)