‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 305 sur 396 · TRIOMPHE DES PÈRES DE BALE · texte numérisé non relu

TRIOMPHE DES PÈRES DE BALE

la paix et afin que le concile pût accomplir sa mission, il se résignait à exaucer une demande qui lui semblait pourtant de nature à rabaisser quelque peu le saint-siège. Les pères, espérait-il, prendraient eux-mêmes dorénavant la défense de la papauté : il y allait moins de l'intérêt d'un homme que de celui de Dieu. Que tous les dissentiments passés fussent donc ensevelis sous l'oubli ! Qu'on ne songeât plus qu'à la foi, à la réforme et à la paix 1 ! Le vénitien Donato fit également entendre un appel à l'esprit de charité. Il certifiait les bonnes intentions d'Eugène, qu'il connaissait, disait-il, de longue date, et trouvait même quelque chose de miraculeux dans son cas, la guérison inespérée de son œil et de son côté paralysés. Enfin, au nom du concile, Cesarini rendit grâce à Dieu, sans oublier de remercier le pape, les nonces, le doge, les Vénitiens, et, le lendemain, dans une session où Sigismond parut de nouveau environné de tout l'éclat de la majesté impériale, le concile admit et approuva la dernière bulle Dudum sacrum, reconnaissant qu'Eugène IV lui avait donné satisfaction. Le Te Deum retentit, toutes les cloches de la ville se mirent à sonner ; l'Empereur arma chevaliers les ambassadeurs de Venise. Les nonces pleuraient de joie2.

« Jamais, écrivait un Allemand quelques jours plus tard, « jamais victoire plus éclatante ne fut remportée depuis la nais- « sance du christianisme. L'Eglise a triomphé dans son auto- « rite ; elle a vaincu ses adversaires. Voilà qui sera pour elle « une aide et un encouragement jusqu'à la fin des siècles... Je

1. Monum. Concil., II, 561, 562 ; J. Haller, I, 76 ; III, 17.

2. Monum. Concil., II, 563, 56i; J. Haller, III, 19, 20. Cf. Chronic. Foroliv. (Murât., XIX, 90 i). — Le 15 février, le doge de Venise, en envoyant aux Florentins, « ad gaudiumet exultationem omnium fidelium christianorum », copie de ce décret deBâle, ajoutait : « Ex quibus clare et aperte dignoscitur ipsum Summum Pontificem firmum et indubitatum in sede sua remanere, ut débet. » (Bibl. Laurentienne, plut, xvi, ms. 13, fol. 122 r°.) — Il est assez étrange que le même décret n'ait été notifié au chapitre de Bourges que plus d'un an après, le 9 mai J i35 (Arch. du Cher, G 3781, fol. 247 v°).

« crois très fermement que le monde n'a point obtenu de plus « grande grâce depuis l'incarnation du Christ *. »

Ainsi, d'un côté, soumission apparente et contrainte, de l'autre, triomphe enthousiaste et joyeux. C'est dans ces conditions qu'après deux ans d'une lutte soutenue, de part et d'autre, avec même constance, même ténacité, même conviction, se réalisait l'union du pape et du concile. L'aurore de l'année 1434 se levait au milieu d'épanchements d'autant plus remarqués qu'ils succédaient à plus d'emportements furieux, à plus d'injurieuses et menaçantes clameurs.

1. Lettre d'Ulrich Stôekel clu 19 février 1434 (J. Haller, I, 76). Cf. Monnm. Concil., II. 559.

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