LA QUESTION DE LA PRÉSIDENCE
ciliation. Les pères avaient encore la mémoire fraîche des engagements pris le 7 novembre : « Si le pape cède, avaient-ils dit, (( il n'est pas un d'entre nous qui ne lui baise les pieds, comme « à saint Pierre, qui ne l'honoré comme le vicaire de Jésusce Christ; il sera le chef du concile; tous les regards se tourne- «. ront vers lui ; chacun cherchera à lui complaire, à lui obéir et, « autant qu'il se peut faire sans péché, à le servir '. » C'était bien le moment d'obtenir l'admission des présidents qui, représentant le souverain pontife, devaient être les traits d'union entre le saint-siège et les pères. Je rappelle qu'Eugène IV, pour remplir cet office, avait désigné les cinq cardinaux Cesarini, Orsini, Pierre de Foix, Albergati et Foschi, l'archevêque de- Tarente, l'évêque de Padoue et l'abbé de Sainte- Justine.
Le 5 février avait été le jour des grandes effusions pacifiques. Les nonces présents à Bâle attendirent au 15 pour présenter les bulles de nomination des présidents. Ce court espace de temps suffît pour refroidir l'enthousiasme général et donner aux pères le loisir de la réflexion 2.
1. Monum. Concil., II, 511. — D'autre pari, Simon Charles, envoyé à Rome pour obtenir du pape son adhésion au concile suivant les termes du décret, avait été chargé de lui porter les assurances suivantes : « ... Item, et luy dira que le Roy, en demonstrant par effect le bon vouloir que par singulière affection a tousjeux eu envers N. S. P. le Pappe et son estât, se emploiera en toute faveur à la surtée de son dit estât, et par manière qu'il soit veneré et obey comme estre doit, et que, si aucunes chouses avoient esté faictes ou traitées à Baalle à son préjudice et desplaisance, fera devoir de les faire modérer, et par si bons moyens que en ce il apersevra la bonne volentié du Roy, lequel, tant comme Dieu luy donera vie, luy obeyra comme à vray pappe, en gardent son honneur et justice envers tous... » Charles Vil faisait dire, de plus, à Eugène IV qu'il avait donné à ses ambassadeurs à Bàle l'ordre de le favoriser de toutes les manières. En audience secrète, Simon Charles devait de nouveau exprimer au pape « la grant amour et faveur que le Roy a envers luy » et lui faire, au nom de Charles VII, « telle promesse qui convendra » (Bibl. Laurentienne, plut, xvi, ms. 13, fol. 131 v").
2. Monum. Concil., II, p. 602; J. Haller, III, 28. — Dès le 5 février, Georges Cesarini écrivait de Bâle à Mathieu Correr, secrétaire du marquis de Mantoue : « Adhuc productumnon est in médium, tamen a longe sentitur quod Papa créât .v. présidentes, dominum S. Crucis, dominumS. Angeli, archiepiscopumTarentinum, episcopum Paduanum et abbatem S. Justine. Ego tamen credo, ut videor comprendere. non admittentur nisi cardinales. De hac re tamen nil apertum est adhuc... » (Archivio Gonzaga de Mantoue, Carteggio degï inviati ed altri ne' Svizzeri,
Avant tout, le concile tenait à ne pas compromettre les fruits de sa victoire . Au degré de puissance où il était parvenu, n'étaitce point s'abaisser que de recevoir des présidents qui, à l'exception de Cesarini, lui étaient imposés par Rome? Ces bulles, rédigées suivant un modèle connu, ne paraissaient guère conformes aux principes de Constance (la remarque en fut faite par le cardinal Branda) : elles conféraient aux présidents le pouvoir de proposer, d'ordonner, de conclure « au nom et en vertu de l'au- « torité du saint-siège, avec Y assentiment du concile » l. Etait-ce donc au pape seul qu'appartenait la plénitude du pom^oir ? Il y avait là quelque chose de choquant, aux yeux du cardinal Correr, quelque chose qui rappelait l'esprit de la bulle Deus novit 2. Admettre Cesarini et Albergati, passe encore, et à condition, ajoutait le cardinal Cervantes, qu'ils fussent reçus en vertu d'une délégation du concile ! Mais les autres cardinaux nommés étaient suspects : Orsini, par son intransigeance, Pierre de Foix, par son rôle dans le Comtat, Foschi, par son caractère. Eugène IV lui-même continuait d'inspirer de vagues soupçons, et l'archevêque de Tours ne jugeait pas prudent de se soumettre à sa tutelle. L'abbé de Vézelay, tout plein des souvenirs du concile de Sienne, considérait la présence de présidents apostoliques comme un danger de dissolution. D accord avec Correr, l'archevêque de Lyon demandait que, si l'on recevait quelques-uns de ces présidents, ce ne fût qu'après qu'ils auraient renoncé à toute juridiction. Martin Berruyer, Nicolas de Cues, Gilles Carlier, Denis de Sabrevois, Jean Beaupère, Bertrand de Cadoène, Jour-
E xvn, n° 3.) — Le même Georges Cesarini répétera à Mathieu Correr 'le 19 février : « Video negotium in magno discrimine : nam multe allegantur cause quare recipi non debeant. » [Ibid.) Enfin, dans un rapport envoyé de Bâle au marquis'de Mantoue le 11 mars, je lis ces mots inquiétants : « La generatione Gallica, la quai è moite forte in questo sacro Concilio, non voriano per modo alcuno li diti Presidenti fosseno amessi ; anze zerchano [per] tute le vie del mondo la destrutione del Santo Padre, e voriano che nova ellecione si facesse, per che sperano che la Chiesa rimaria di quà da Monte. » (Archivio Gonzaga de Mantoue, loc. cit.)