J. Haller, III
MÉFIANCE Qu'iNSPIREXT LES PRÉSIDENTS 321
dain Morin parlèrent dans le même sens. Parmi les députés à qui l'affaire était soumise, et qui matin et soir s'assemblèrent avec les cardinaux dans le couvent de Saint-François, il n'y eut guère que l'évêque de Digne, Pierre de Versailles, l'abbé de Cîteaux, Jean Picart, le provincial des Dominicains de Lombardie, Jean de Montenero, et l'ambassadeur castillan Jean de Torquemada qui fissent valoir, avec le cardinal Capranica, des raisons conciliantes, telles que le besoin de ne pas multiplier d'inutiles désobéissances.
Cesarini lui-même fut d'avis de n'admettre ses collègues que sous certaines garanties, en leur déniant tout exercice de juridiction coactive et en stipulant le maintien des règles jusqu'alors observées dans la tenue du synode. Il y avait cependant quelque chose de changé dans l'attitude du légat. A partir de sa grande humiliation de décembre 1433, la papauté ne trouva plus en lui cet adversaire impétueux qui menait gaiement les troupes bàloises à l'assaut des prérogatives romaines '. Cesarini prêcha le calme dans la commission. Il ne dépendit pas de lui qu'on ne s'y plaçât sur un terrain de conciliation. Quand il vit le vent tourner du côté de l'intransigeance, il se retira sans conclure.
Le fait est que, sur cinquante et un suffrages exprimés, il y en eut deux pour l'admission pure et simple, dix pour l'admission conditionnelle des présidents, trente-neuf pour le rejet des bulles. Après treize jours de délibérations, on put donc rendre compte à Sigismond des résultats : la commission était d'avis de
1. Dans un rapport adressé, de Bâle, au marquis de Mantouc le 11 mars 1434, les paroles suivantes sont rapportées comme ayant été prononcées par Cesarini peu de jours auparavant : « Voi sapete bene che, avanti che nostro signore il Papa confirmasse questo sagro Concilio, jo me fasia forto per lo Concilio contra di lui, perché me pareajusto e de far el dcbitomio. Hora que tanto humanissimamente se è mosso a la confirmatione de quello, jo lo volgio tenere et adorare per mio santo Padre. » L'auteur du rapport ajoute : « E cossi conforto cadauno. » (Archivio Gonzaga de Manloue, Carteggio degV inviali ed allri ne' Svizzeri, E xvn, n° 3.)
Le Pape el le Concile. -'
n'admettre qu'Albergati et Cesarini et de ne point les admettre en vertu de leurs bulles (1er mars) '.
L'Empereur fut fort ennuyé. L'observation exacte des principes de Constance, c'était bel et bon : mais, pour l'amour de Dieu, qu'on prît garde au scandale ! Albergati allait refuser la présidence, du moment que ses, collègues en étaient exclus, et Cesarini serait tenté sans doute d'en faire autant : plus de présidents, plus de concile, débandade générale, défaut complet d'autorité chez les rares suppôts qui resteraient ! Et les engagements pris par Sigismond envers le pape, sur l'invitation même du concile, qui songeait à s'y conformer? Le roi de France, le duc de Bourgogne, les Electeurs de l'Empire avaient tous écrit à Eugène dans le même style. L'Empereur, si les pères ne faisaient point honneur à sa parole, n'avait plus qu'à se retirer, et les Electeurs n'étaient déjà que trop enclins à rompre avec Bàle. Plutôt que de courir ces dangers, ne valait-il pas mieux recevoir les présidents, en les mettant hors d'état de nuire, donner satisfaction au pape sur ce point, tout en sauvegardant l'autorité conciliaire? Il ne s'agissait que de prendre ses précautions. L'évêque d'Olmûtz, porte-parole de l'Empereur, eut alors une expression heureuse : les présidents, dit-il, au milieu du concile, seraient comme ces cadres qu'on fixe au mur avec des clous, et qui ne bougent plus"2.
Ce fut un trait de lumière. On ne s'appliqua plus, dans les députa tions, qu'à organiser un système de garanties propres à rendre les présidents du pape inofîensifs. On fit mieux : on voulut les compromettre ; on tâcha d'obtenir d'eux, au sujet de la suprématie conciliaire, une reconnaissance expresse qu'on n'avait
1. Monuin. Concil., Il, 606-608, 610, 614 ; Relatio may. Johannis de Seyohia in depulatione Fidei facla, super maleria biillaruni de presidenlia (Bibl. Vat. , ms. lat. Palat. 600, fol. 1-31). Cf., dans le même ms. (fol. 31), un opuscule de Nicolas de Cues, De auctoritate presidendi in Concilio generali.
2. Monum. Concil., II, 629-631 : J, Haller, III, 37: Musée britannique, ms. Harlev 3767, fol. 162 v\