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GARANTIES CONTRE LES PRÉSIDENTS

point osé exiger d'Eugène IV. G' est ce qui faillit rompre l'accord.

Certes, les présidents (j'entends ceux qui avaient rejoint Cesarini à Bâle) se montrèrent accommodants. Ils promettaient de respecter le règlement du concile, se résignaient à n'exercer de juridiction coactive qu'avec la permission des pères, garantissaient de toutes manières la sécurité des suppôts, consentaient à ce que les actes fussent expédiés au nom et sous le sceau du concile, pourvu que mention y fût inscrite de leur présence. Ils admettaient, chose plus grave, que si aucun d'eux ne voulait conclure conformément au vœu des députations, un autre le fît à leur place, et qu'à leur défaut la présidence revînt au premier des prélats. Ils allaient même jusqu'à se prêter aux formalités de l'incorporation et ne refusaient point le serment d'obéissance aux décrets du concile qui avait tant choqué notamment les Anglais.

Cependant, en dépit de cette bonne volonté évidente, quand le sacrifice exigé d'eux intéressait la doctrine, leur embarras était extrême.

On imagina de renouveler une fois de plus les décrets de Constance : ils supplièrent que cela n'eût lieu ni la veille, ni le jour de leur admission.

Le plus intrépide fut celui dont on se méfiait le moins, ce saint cardinal Albergati qui, sous sa robe de chartreux, portait un cruel cilice '. Revenu à Bâle depuis plusieurs mois 2, il n'avait jamais voulu se faire incorporer, manifestant à tout propos son horreur pour le schisme 3. Au cours d'une chaude

1. Vespasiano da Bisticci (A. Mai, Spicilei/. Roman. ,1, 162).

2. Le frère Augustin de Leonessa écrivait, de Bâle, le 3 août 1433 : « Recepta est domus pro cardinali S. Crucis, et expectatur. Sed habetur pro suspecte, quia illi prelati qui venerunt ex parte Pape multis dixerunt quod ipsi mittebantur ad dominum S. Crucis. » (Bibl. Laurentienne, plut, xvi, ms. 13, fol. 89 V.)

3. Deutsche Reichstaysakten, XI, 83, 87. — Le pape, écrit-on le 11 mars au marquis de Mantoue. a pour lui la grâce de Dieu, le dévouement d'Albergati, la bonne volonté de l'Empereur et la sollicitude continue des ambassadeurs Vénitiens

discussion, il dévoila le fond de sa pensée. On devrait bien, osat-il dire, charger de pieux et savants personnages d'examiner ces fameux décrets de 1415, pour voir s'ils avaient été fondés sur de justes motifs, si les pères de Constance avaient eu le droit de les édicter.

Ce fut un toile. On cria au scandale, on s'écarta avec horreur du saint homme. Ces légats n'avaient pas la même foi que les pères, et ils prétendaient les présider ! Oui ou non, croyaient-ils que le pape fût subordonné au concile dans les trois cas ?

« Nous croyons ce que croit l'Eglise catholique » : ce fut leur réponse énigmatique.

Mauvaise défaite ! N'étaient-ils pas prélats? Ne devaient-ils pas connaître l'objet de leur croyance ? Qu'entendaient-ils, d'ailleurs, par « Eglise catholique » ?

Les présidents se révoltèrent. Ils n'étaient pas des hérétiques pour qu'on leur fît subir un pareil interrogatoire. Ils n'avaient point reçu du pape mandat de faire une profession de foi.

On insista : s'ils refusaient de parler au nom du souverain pontife, au moins pouvaient-ils s'expliquer en leur nom particulier. — « Nous ne reconnaissons pas ces décrets, nous ne les « reconnaîtrons jamais ! » La vérité avait fini par jaillir de leur bouche, quelque dangereuse qu'en fût la manifestation.

On pense bien que cet aveu sincère ne facilita point l'entente. Les pères, de leur côté, se disaient prêts à mourir pour sauvegarder la foi en ces décrets contestés.

Sigismond, cette fois, était scandalisé de l'attitude des présidents. Pourquoi le concile de Constance n'aurait-il pas même autorité que les autres conciles œcuméniques, dont les canons étaient révérés à l'égal des quatre évangiles ? C'est ce que le

(Arch. Gonzaga deMantoue, Carteggio degV inviati ed' altri ne' Svizzeri, E xvn, n° 3). Eugène IV lui-même écrivait, le 11 avril, qu'Albergati avait prouvé sa sagesse et la sûreté de son jugement; il le savait dégagé de passion et croyait superflu de lui indiquer comme il devait se comporter à Bâle (Rinaldi, IX, 173).

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