‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 318 sur 396 · DISCUSSION SIR LES DÉCRETS DE · texte numérisé non relu

DISCUSSION SIR LES DÉCRETS DE

naïf monarque ne parvenait point à comprendre, et déjà, prévoyant l'échec de ses démarches conciliantes, il proposait de n'admettre à la présidence qu'un des huit légats désignés par le pape, l'orthodoxe Cesarini '.

Ce dernier n'était pas loin de partager ce sentiment. En tout cas, il estimait que ses collègues, après avoir manifesté de pareilles opinions, ne pouvaient plus être présidents à moins de donner chacun une adhésion expresse aux principes de Constance. Il ne les dispensait même pas d'assister en personne à la session où allaient être renouvelés ces décrets. Les nonces représentaient le pape ; celui-ci et le synode ne faisaient plus qu'un. Le moment était critique : on allait voir consolidée à tout jamais l'autorité des conciles généraux, ou bien ce seraient, au contraire, les idées de la bulle Deus novit qui triompheraient !

Vainement les Vénitiens intervinrent, rappelant les promesses faites au pape par Cesarini lui-même. Vainement l'abbé de Sainte- Justine objecta l'impossibilité de rien décider sans la permission d'Eugène : il était même douteux que le saint-père approuvât les concessions déjà faites. Quant à l'abbé, il n'avait jamais, grâce à Dieu, été noté d'hérésie, et il aimait mieux, personnellement, renoncer à la présidence que subir un examen au sujet de sa foi. Sur ce, Cesarini, impitoyable, remarqua que Louis Barbo pouvait être quitte de cet examen en un instant: croyait-il, oui ou non, que les décrets de Constance fussent justes et catholiques? Mais non : l'abbé décidément, préférait renoncer à la présidence. D'où le cardinal Cervantes conclut logiquement : « C'est une « question de foi ; il faut de la lumière. L'aveu des présidents « montre déjà clairement que leur croyance n'est pas la « nôtre ~. »

1. Monvm. Concil., II, 631, 634, 636, 637 ; J. Haller, III, 42, 45.

2. Monum. Concil., II, 640. — Il convenait, disait-il aussi, que le saint- siège reconnût l'autorité des conciles, pour qu'un pape ne fût pas libre de détruire l'Église au gré de sa volonté. L'adhésion du pape au concile impliquait son assentiment aux décrets.

Cependant Albergati, appelé encore une fois, fut mis en demeure de s'expliquer dans la chambre de l'Empereur. Il le fît en ces termes : « J'ai dit que, si le concile n'était pas aujourd'hui

< assemblé, il faudrait le réunir, ne fût-ce que pour déterminer ( le sens des décrets de Constance sur l'autorité des conciles.

< Je veux toujours garder la foi catholique et obéir à notre sainte

< mère l'Eglise. En ce qui concerne ces décrets, je ne prétends c pas m'élever contre eux : je me conforme aux décisions du

< concile de Constance et du concile de Bâle canoniquement

< assemblé ; je me conforme à ces décrets de la manière que les

< comprend et les admet V Eglise, selon la doctrine des saints et

< des anciens docteurs *. » Par cette déclaration, qui fut d'ailleurs jugée insuffisante, le pieux cardinal se rapprochait d'Antoine de Roselli, et indiquait la solution qui avait déjà probablement les préférences de la cour de Rome : ne point renier les décrets de 1415, mais tâcher de les interpréter dans un sens favorable à la doctrine traditionnelle. C était une attitude déjà plus conciliante que celle qu'il avait adoptée, ainsi que ses collègues, lors des précédents débats. Mais ces hésitations, ces tâtonnements, ces scrupules montrent assez que les présidents de 1434 n'avaient, pas plus que les nonces de 1433, d'instructions précises au sujet de la manière de résoudre l'angoissante difficulté que soulevaient les décrets de 1415.

L'hiver s'acheva au milieu de ces discussions pénibles, et les meilleurs esprits constataient tristement que le concile n'abordait toujours pas la réforme 2. De concession en concession,

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