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CONCESSIONS FAITES PAR LES PRESIDENTS

les présidents, livrés à eux-mêmes, en vinrent à accepter les conditions suivantes, proposées par l'Empereur1. Ils se feraient incorporer et prêteraient, en leur nom privé, le serment imposé à tous les membres du concile, auquel serait ajouté désormais une clause visant tout spécialement les décrets de Constance. Ils seraient admis à la présidence sous les réserves déjà stipulées. Enfin ils n'assisteraient que s'ils le voulaient bien à la session où seraient renouvelés les décrets de 141 S. Cet arrangement, approuvé le 7 avril dans les députations, semblait clore le débat, quand soudain une nouvelle exigence des pères, ou plutôt le besoin qu'ils éprouvèrent de définir nettement la situation, faillit amener une rupture.

iVu projet de décret on ajoutait une phrase expliquant que les actes du concile passés sous la présidence du premier dés prélats auraient même valeur que les actes passés en la présence des présidents. C'était enlever à cette dernière toute signification. Les présidents pouvaient s'abstenir, se retirer : leur désapprobation n'empêcherait rien, n'arrêterait rien ; remplacés aussitôt, ils ne pourraient même pas ralentir le torrent qui emportait l'Eglise vers des destinées inconnues.

Albergati, parlant au nom de ses collègues, fît observer que le projet de décret avait été discuté, arrêté, porté même par lettre à la connaissance d'Eugène, et qu'il n'y avait plus moj^en d'y rien changer. On ne pouvait surtout pas leur demander de concessions nouvelles : ils n'en avaient que trop accordé. Les reproches déjà leur arrivaient de Florence.

1. Le 5 avril, d'après le ms. Harley 3767 (fol. 193 r°) du Musée britannique. — Vers le 9 avril, on craignait, à Bâle, que la nouvelle de l'accord conclu par le pape avec Sforza (v. plus loin, p. 334) ne rendît confiance aux présidents et ne les portât à rompre les engagements déjà pris : « Li prefati Presidenti sono rimase d'acordo una volta segondo la firmatione di dicti capitoli. Ma hora se dubita per questa novella soprazonta de lo acordo del Papa al conte Francescho, che non siano insuperbiti, zoè li tre, Taranto, Padoa e S. Justina. Ma, se vorano contradire a quello che una volta hanno confirmato, credo ne cazera una grande errore. » (Archivio Gonzaga de Mantoue, Cartegyio deyV inviati ed altri ne' Svizzeri, E xvn, n° 3.)

Sigismond, lui, s'étonnait de l'étonnement des présidents. Il avait toujours compris que l'effacement de la papauté était un fait acquis, et qu'il serait loisible aux pères de se passer, quand ils voudraient, de la coopération des représentants du pape. Autrement, ceux-ci n'auraient qu'à se tenir à l'écart, sous un prétexte quelconque : ils annihileraient l'œuvre de l'assemblée. En se voyant si bien compris, Albergati voulut partir ; on eut grand'peine à le retenir.

Cesarini, à son tour, s'efforça de démontrer que la clause ajoutée au projet était implicitemejit contenue dans les conventions primitives ; ou bien que faisait-on, sinon se jouer des conciles? Albergati, cette fois, s'élança vers la porte, et ses collègues le suivirent.

Le désarroi était à son comble. L'Empereur ne voulait plus se mêler de rien ; Cesarini trouvait « horrible » qu'on laissât repartir les présidents de la sorte. On convint de renoncer à l'addition projetée ; en revanche, les présidents reconnaîtraient devant les députés que la clause était de droit. Ils refusèrent. Au moins qu'ils tissent cette déclaration devant Sigismond ! — Encore une fois, non ! L'on se contenta alors d'ajouter quelques mots indiquant, d'une manière vague, que les conditions mises à l'admission des présidents « auraient dans tous les cas leur force et « leur effet». Les présidents finirent par accepter ce texte obscur.

Au dernier moment, une opposition imprévue surgit encore. Un des ambassadeurs du comte d'Armagnac, Raymond d'Aressy, prieur de la Daurade, signala l'extension abusive donnée à certains mots d'un des décrets de 1415, seu ad ea pertinentibus { ; on en arrivait à forger un dogme contraire à la foi, au droit et à la vérité : avant de rien innover, il importait de bien définir le sens de ces mots. Pour sa part, il ne consentirait au renouvellement de ce décret qu'après avoir reçu de nouvelles instructions de

J. V. plus haut, au début de l'Introduction..

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