RESPONSABILITÉ DES PÈRES
s'emplit de cris; des hommes apparurent aux créneaux, sur la tour, proclamant la capture du gouverneur ; Riccio lui-même, du chemin de ronde, suppliait les Romains de venir prendre possession de la citadelle. Quelques-uns se risquèrent et trouvèrent Offida enchaîné avec quatre de ses officiers, implorant la pitié. Ils revinrent annoncer cette heureuse nouvelle, retournèrent au Château accompagnés d'autres notables. Toute la foule des Romains s'apprêtait à les suivre, quand les bombardes placées sur les plates-formes se mirent à tonner ; les portes soudain se refermèrent, et, délivré de ses fers, le rusé Balthazar compta ses prisonniers : ils étaient onze, dit-on, dont huit bourgeois notables *. Eugène IV en conçut d'heureuses espérances pour le recouvrement de ses biens et la délivrance de son neveu 2.
Au dehors, François Sforza gardait une attitude équivoque, d'une part, prétendant vouloir sauver le pape et le réconcilier avec le duc de Milan, d'autre part, ménageant les Romains révoltés et leur offrant de leur envoyer un capitaine pour défendre leur liberté. Cependant, par crainte de perdre le fruit de ses conquêtes, il persistait à barrer la route aux deux condottieri enrôlés à la solde du Visconti. Mais Piccinino réussit à tromper sa vigilance : il se rapprocha de Rome, et le peuple conclut avec lui, ou plutôt avec Philippe-Marie par son intermédiaire, une alliance de cinq ans : c'était l'avenir assuré, semblait-il, à la république romaine 3.
Dans ce bouleversement des Etats de l'Eglise, le concile avait, certes, une grande responsabilité. S'il n'avait point agi, il avait
1. Fl. Biondo, déc. III, lib. 6, p. 489 ; Infessura, p. 32. Le récit de N. délia Tuccia (p. 136, 142) est quelque peu différent: un mannequin représentant Balthazar d'Offida aurait été projeté du haut du Château dans le Tibre, ce qui aurait fait croire à la révolte de la garnison. Cf. Platina, fol. 125 v°; saint Antonin, Chron., tit. XXII, p. 528.