‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 360 sur 396 · Mansi, XXIX · texte numérisé non relu

Mansi, XXIX

les pères pour attirer l'argent à eux, abus si criant, paraît-il, que plusieurs souverains ne voulaient point le tolérer dans leurs états K

Eugène avait exhorté les pères à concentrer leurs efforts sur les trois œuvres qui faisaient l'objet réel de leur mission, la pacification, la réforme et l'union : mais il régnait à Bâle un esprit si particulier que ces œuvres elles-mêmes, comme on va le voir, ne purent être abordées sans que mainte atteinte fût portée aux prérogatives du saint-siège.

Ainsi la pacification : rien de plus légitime ni de plus louable que les démarches du concile, dès 1432, pour mettre un ternie aux guerres qui désolaient la France. Il s'était contenté d'abord d'exhortations 2 et de l'envoi de délégués aux conférences de Semur et d'Auxerre 3. Plus tard, quand, saisi d'émulation à la vue des continuels efforts de la papauté, il voulut être aussi représenté dans les négociations par un prince de l'Eglise et fixa son choix sur le cardinal de Lusignan 4, le désir d'assurer à cet ambassadeur une situation au moins égale à celle d'Albergati, envoyé de nouveau par Eugène IV en France, le porta à conférer à Lusignan le titre et les pouvoirs de légat a latere. Jamais

1. Rinaldi, IX, 204, 207. — Alphonse V d'Aragon, en effet, par lettre datée de Girgenti, le 23 avril 1434, refusa de laisser percevoir dans ses états les droits apostoliques au profit du concile (ms. 198'2 de Douai, fol. 359 r° ; J. Ametller y Vinyaset J. Collell, Alfonso V de Aragon en Italia, I, 419-420). Il ne manqua pas, d'ailleurs, de faire valoir ce refus auprès du pape. Le concile aurait voulu instituer des collecteurs dans ses états, pour y percevoir les revenus de la Chambre apostolique et y lever des subsides: le roi n'avait autorisé qu'une levée exceptionnelle de 5.000 florins (ibid., p. 429). Cf. un mémoire rédigé, en 1437, à l'intention du roi d'Angleterre : « Item, quod sapit speciem furti et rapine, pecunias in multis partibus débitas Camere apostolice. .. collegerunt et exegerunt, facientes aquietancias pro multo minori summa quam esset débita Sedi apostolice. Fecerunt collectorem in Hibernia quendam magistrum Henricum Herman, cujus bullas pretensas manibus meis palpavi, qui tamen non fuit ausus exercere ibi illud officium sine licencia regia, et ita bullas, ut credo, deposuit pênes dominum Rofensem modernum. » (Bibl. Vat., ms. lat. Vat. 4136, fol. 219 r°.)

2. Lettre du 3 mars à tous les chrétiens de France (Bibl. nat., ms. lat. 1575, fol. 48 v°, et, sans date, Ampliss. collect., VIII, 33). J. Haller, I, 262 ; II, 74, 111, 200, 309.

Page 1