‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 361 sur 396 · LE CONCILE NOMME UN LEGAT A LAÎERE · texte numérisé non relu

LE CONCILE NOMME UN LEGAT A LAÎERE

aucun concile n'avait eu cette idée. C'était, non seulement une dérogation aux usages, mais un manque de respect envers le pape et une inconvenance à l'égard de ses représentants, qui n'avaient même point été prévenus. Les présidents protestèrent. Amédée de Talaru fît des réserves au sujet des droits de la couronne de France. Tous les cardinaux présents à Bâle estimèrent que rien ne justifiait une si étrange innovation. Les pères, en affublant Lusignan d'un tel titre, lui déléguaient, entre autres pouvoirs, celui de conférer des bénéfices : c'était un droit appartenant exclusivement au pape, et qu'eux-mêmes ne s'étaient guère arrogé jusqu'alors '. Cesarini trouvait inopportun de s'immiscer de la sorte dans le gouvernement de l'Eglise, quand le pape n'était ni hérétique, ni impuissant, ni dément. Rien n'y fit : le cardinal de Lusignan partit de Bâle précédé de la croix, symbole visible de sa mission de légat a laterc (mai 1434) ~.

Il en fut de même de la réforme.

Quand, après tant de mois et d'années employés surtout à lutter contre la papauté, on commença dé s'en occuper un peu sérieusement, c'est, suivant le langage de l'époque, la « réforme « du chef », c'est-à-dire de la cour de Rome, qu'on mit à l'ordre du jour. Il fallait bien, comme explique Jean de Ségovie, prendre sa revanche du concile de Sienne, où les présidents auraient dit : « Ne touchez point au chef, si vous réformez les (( membres 3. » A Bâle, on n'était guère pressé de réformer « les '< membres » : mais « le chef » inspirait une sollicitude singulière.

Eugène IV, à vrai dire, s'était montré lui-même partisan de cette réforme. Dès les premières semaines de son pontificat, il

1. Il en fut autrement par la suite. Ainsi voit-on le concile décider, les 9 et 10 mars 1436, malgré l'opposition des présidents, qu'il conférera à Nicolas Lami un canonicat de Tournai (J. Haller, IV, 76-78). Dès le 24 décembre 1 43 i, Jean Berardi reprochait au concile de conférer des bénéfices (Concil. Basil., V, 111).

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