‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 365 sur 396 · SUPPRESSION DES ANNATES · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DES ANNATES

La question était vieille. Vingt ans auparavant, l'un de ceux quelle enflammait encore le plus, le vieux Jean Mauroux, l'avait fait trancher parla « nation française » du concile de Constance '. Trois années durant, mais surtout depuis la fin du mois de novembre 1433, elle avait occupé le concile de Bâle 2. Elle parut longtemps insoluble. Trop d'intérêts se sentaient menacés : certains prélats demandaient grâce pour les taxes consacrées par des coutumes locales ou pour les dons offerts librement. Suivant eux, il fallait distinguer entre les profits illicites et les droits légitimes, se garder d'arracher le froment avec l'ivraie, ne pas se bercer de l'espoir irréalisable de ramener les mœurs du clergé à la simplicité primitive : des évêques prêchant l'évangile pieds nus, c'était fort beau en théorie, peu souhaitable dans la pratique 3. Philippe de Coëtquis estimait que la dignité d'un archevêque exigeait qu'il ne procédât à la visite de son diocèse qu'avec une suite de trente chevaux : pour soutenir un tel train et pour entourer le culte de l'éclat nécessaire, il importait que le clergé conservât des ressources. Puis une condamnation générale de toutes les taxes avait l'inconvénient de jeter le blâme sur de très saints prélats qui en avaient joui innocemment, de justifier les attaques dont le clergé était l'objet, de donner raison aux théories hussites 4.

Chose curieuse, ces arguments semblaient perdre toute leur force dès qu'on les faisait valoir en faveur du saint-siège. L'abondance des ressources entre les mains du pape ou du sacré collège n'avait que des inconvénients : que dis-je? c'était la cause

1. La, Fr. et le Gr. Sch. d'Occid., IV, 416. Jean Mauroux rédigea vers cette époque son Contra traclatum domini episcopi Cadicensis (ms. lat. 6490 de Munich, fol. 231-211 ; cf. J. Haller, I, 112), réfutation d'un mémoire composé sur la question des annates par Jean Gonzalès, évêque de Cadix (ms. cité, fol. 223-230 ; édité à tort sous la date de 1416 par H. Finke, Forschungen u. Quellen zur Gesch. des Konstanzer Konzils, p. 283-287 ; cf. J. Haller, I, 111).

2. Monum. Concil., II, 552, 555, 557, 558. Cf. J. Haller, 1,82.

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