LES PÈRES IMPOSENT LEURS VOLONTÉS AUX GRECS
Ces raisons convainquirent, en grande partie, une des députa tions, mais les autres n'admirent pas que le concile pût se déjuger, surtout pour adopter un projet venant de Rome, et qui ne lui laissait qu'un rôle secondaire. Au nom de toute l'assemblée, Gesarini conclut au maintien pur et simple de la convention du 7 septembre.
Déjà deux des nonces protestaient contre cette conclusion, quand Garatoni, mieux informé des intentions conciliantes d'Eugène, fit savoir que le pape demeurait neutre dans le débat, se bornant à former des vœux pour la réussite de l'union. Gênés, de leur côté, par les promesses faites en septembre, les Grecs reconnurent, et prouvèrent au moyen d'un acte écrit, que Jean Paléologue, malgré sa préférence marquée pour le projet de Garatoni, se résignerait à accepter les offres du concile. Quant au patriarche de Constantinople, il s'était, paraît-il, engagé à entreprendre le voyage d'Occident, dût-il se faire porter à bras l.
Les pères alors n'hésitèrent plus. Le o mai 1435, ils firent savoir au pape que, de l'aveu des Grecs eux-mêmes, l'union ne pouvait se réaliser d'une manière durable sans l'intervention d'un concile général : les intérêts de la foi ne devaient point être confiés à de simples légats. Constantinople, perpétuellement menacée par les Turcs, ne pouvant recevoir un concile pour le moment, les pères maintenaient purement et simplement leurs décisions du 7 septembre 14342.
Cet entêtement, principalement justifié par le désir de faire jouer au concile un rôle considérable, tout fâcheux qu'il était au point de vue de l'union, avait son côté méritoire: il entraînait des frais dont les pères assumèrent courageusement la charge. Ils commencèrent par se cotiser et réunirent entre eux environ 12.000 ducats 3 ; mais qu'était-ce là auprès des sommes nécessaires pour
J. Monum. Concil. ,11, p. 785-788 ; Concil. Basil,, III, 317, 372 et suiv., 389; V, 116-118, 125.