J. Haller
Les pères députent vers le pape 385
du concile, Jean Bachenstein et Mathieu Ménage, chargés de lui notifier, à la fois, les décisions relatives à l'union grecque et à la concession d'indulgences, puis le décret du 9 juin portant suppression des annates. Il leur donna audience et s entendit faire la leçon par l'un deux, simple docteur en droit1.
Tous les conciles étaient égaux, au dire de Bachenstein, avaient droit au même respect : ceux dont saint Grégoire avait jadis révéré les canons à légal de l'Evangile n'étaient point supérieurs à ceux de Constance et de Bâle. Or, de ces deux derniers, l'un avait proclamé l'obligation, même pour le pape, d'obéir aux conciles dans les questions de foi, d'union et de réforme; l'autre avait restauré notamment la pratique des élections canoniques. La façon dont le pape observait, ou plutôt violait cette décision venait d'être récemment le sujet de plaintes graves dans une diète allemande; deux des Electeurs de l'Empire avaient écrit pour supplier le concile d'y porter remède. Les pères, en effet, ne se sépareraient point avant d'avoir assuré l'exécution de leurs ordonnances : il y allait de l'existence même de la discipline ecclésiastique. Ils n'insistaient pas moins sur l'observation du décret réformateur qui venait de supprimer les annates. Ils se montraient disposés, d'ailleurs, à pourvoir, dans l'avenir, le pape et les cardinaux de quelque honnête compensation ; ils y songeaient déjà : ils s'en occuperaient surtout s'ils voyaient le pape exécuter réellement leurs décrets et révoquer les mesures contraires.
Eugène IV, embarrassé, chercha du moins à gagner du temps. Il se contenta d'abord de mettre sous les yeux de Bachenstein et de Ménage un papier annonçant que, après en avoir délibéré avec
1. Monum. Concil., II, 788. — Les harangues de ces ambassadeurs furent prononcées le 14 (ras. 1982de Douai, fol. 471 r° ; Ampliss. collect., VIII, 839), le 20 (Monum. Concil., II, 812) ou le 24 juillet 1435 (J. Haller, I, 94). Leurs demandes sont indiquées dans le ras. plut, xvi, 13, de la Bibl. Laurentienne, fol. 182 r° (« Oratio et ambassiata facta per primum in ordine oratorum Concilii Basiliensis adD.N. Papam anno Domini M CCCC [X]XXV » ) et fol. 188r°(« Oratio et petitio oratorum Concilii super indulgentiis pro facto Grecorum »).
Le Pape et le Concile. 25
les cardinaux, il transmettrait sa réponse le plus tôt possible à Bâle par envoyés spéciaux : promesse qu'il confirma dans des lettres adressées le 9 ou le 13 août au concile *. Le lendemain, il donna publiquement aux deux ambassadeurs, sur chacun des points qu'ils avaient traités, une réponse qui n'en était pas une. La réduction des Grecs avait toujours été l'objet de ses désirs, le but de ses efforts. Au sujet des indulgences, il prêterait son concours à tout ce qui tendrait à la gloire de Dieu. Les élections, les annates, les évocations en cour de Rome, le rappel même des officiers de la curie, dont on se plaignait, c'étaient autant de questions fort graves qui avaient besoin d'être étudiées. L'insuffisance des pouvoirs de Bachenstein et de Ménage rendait l'envoi de légats encore plus nécessaire. D'ailleurs, à tous égards, on n'aurait qu'à se louer de ses dispositions . Il ne faisait plus qu'un avec le concile : c'était un père et ses enfants.
Un père, repartit Ménage, qui possédait son Ecriture sainte, ne donne pas à ses enfants une pierre au lieu de pain, un serpent au lieu de poisson, un scorpion en guise d'œuf2. Le concile implorait du pape « le pain de la concorde », et ne recevait de lui qu'une « pierre de dureté ».
Cependant Eugène IV s'en tint à ces vagues assurances. La réponse écrite qu'il fit remettre aux ambassadeurs le surlendemain n'en disait pas davantage3.
Bref, malgré les égards respectueux dont ils furent entourés, ayant le pas, dans les cérémonies, sur les ambassadeurs et sur les archevêques 4, Bachenstein et Ménage emportèrent de Florence une impression pénible, non seulement parce que, en guise de réponse, ils n'avaient obtenu que des phrases dépourvues de sens, mais
1. Lettre de Bachenstein et de Ménage du 12 août 1435 (ms. 1982 de Douai, fol. 472 ; Ampliss. collect., VIII, 845; Monum. Concil.,11, 815). Lettre du pape (ibid., p. 816; Cecconi, p. dcvi).